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Cette Tunisie qui nous ringardise

La Dépêche | 16 septembre 2017 à 15 h 39 min | Mis à jour 7 octobre 2017

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Cette Tunisie qui nous ringardise

L'exception c'était nous. Les réformes c'était nous. Une Constitution révolutionnaire c'était nous.
Le code de la famille c'était nous. Nous nous détachions du peloton des pays arabes.

 

Les effluves meurtriers du printemps avaient contourné notre géographie. Nous allions faire fructifier notre stabilité pour nourrir notre démocratie. Nous allions aimanter les investissements étrangers et attirer les touristes.

 

L'avenir c'était nous.

 

Le monde arabe était tout ouïe, nous observait avec les yeux de chimène. La Tunisie, la Libye et l'Egypte, ravagés par la révolution, avaient remonté le temps jusqu'au Moyen Âge. Notre stabilité nous ouvrait un boulevard.

 

La croissance ce serait nous.

 

L'égalité, inscrite noir sur blanc dans notre Constitution, ce serait nous. Le dialogue des cultures, la tolérance, les multiples affluents, le vivre-ensemble et le juste milieu ce serait nous.

 

Et puis rien.

 

Et puis Zineb dans un bus. Et puis des lois organiques et un blocage gouvernemental. Et puis, une belle région, le Rif, qui crie famine et qu'on punit. Et puis un journaliste qui croupit dans les geôles de l'oubli et de l'indifférence.

 

Et puis la Tunisie qui éclôt de la chrysalide du tumulte, belle, majestueuse. La Tunisie qui tisse son étendard démocratique avec la patience d'un artisan sûr de son fait. La Tunisie et les Tunisiens qui congédient poliment leurs barbus.

 

La Tunisie, meurtrie par la haine sauvage, qui se reconstruit. La Tunisie qui se façonne une citoyenneté, une liberté, des droits et bientôt de l'essor, des exportations, de l'industrie, un menton haut, une fierté d'être tunisien, de conquérir la science et les marchés.

 

Cette Tunisie qui nous ringardise.

 

Cette Tunisie qui sépare pacifiquement la mosquée et l'Etat. Cette Tunisie qui respecte ses femmes. Cette Tunisie pour qui l'égalité pure et parfaite n'est pas de l'encre sympathique sur une charte que l’on dit fondamentale.

 

Cette Tunisie où la femme pourra vivre, se promener, hériter, être libre de son corps et son esprit. Cette Tunisie qui rétablit un ordre naturel. Cette Tunisie qui nous ringardise, qui fait ressortir, par un contraste cruel, notre inertie, notre point mort devant l'avenir, notre immobilisme théorisé en leitmotiv national.

 

Pourtant, l'exception, ce devait être nous.

 

Les réformes, ce devait être nous. La Constitution révolutionnaire ce devait être nous. Nous...

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