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Éducation: La taxe de tous les doutes

La Dépêche | 8 janvier 2018 à 20 h 55 min | Mis à jour 21 mars 2018

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Les universités et le secondaire qualifiant publics marocains sont en passe d’exiger des frais de scolarité à tout candidat à une inscription. Le gouvernement semble vouloir donner à la formule consacrée « enseignement obligatoire jusqu’à 16 ans » un sens inédit à partir duquel l’État est en droit de réclamer une participation aux frais qu’engendre toute formation.

 

Les partis politiques, à l’exception du Parti socialiste unifié (PSU), comme à l’accoutumée, applaudissent à cette nouvelle manne qui, à leurs yeux, va donner à notre éducation un nouveau souffle.

 

LIRE: Éducation: L’État marocain nous mène-t-il droit dans le mur?

 

Le Conseil supérieur de l’Éducation, fort de ses experts, avait déjà sonné l’hallali de la gratuité de l’enseignement public en des termes plus académiques mais non moins explicites. Un peu plus de sous et l’enseignement en sortira miraculeusement plus fort, plus rigoureux, voire plus juste ajoutent les plus optimistes: les riches peuvent payer et doivent payer.

 

On  nous explique la différence entre égalité et équité, leur argument est en béton, et le Chef du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, linguiste à ses moments perdus, nous fait découvrir le sens des mots et, par extension, celui de la justice.

 

L’enseignement supérieur et secondaire qualifiant sont gratuits et demeurent gratuits, assène-t-il. Il a tout simplement instauré « une taxe d’inscription destinée aux familles aisées et dont les classes pauvres, vulnérables ou moyennes seront exonérées ». Que nenni, le gouvernement n’a pas touché à la gratuité.

 

On comprend mal d’ailleurs pourquoi dans un même élan de justice et d’équité, la même taxe ne concernerait pas les riches au niveau du primaire et du collège. Les riches nombreux, comme chacun sait, à se bousculer aux portes de l’enseignement public  marocain et à profiter gracieusement d’un standing académique hors pair ont alerté le gouvernement qui,  en bon samaritain, met fin à cette infamie.

 

LIRE: Que faut-il changer dans l’école marocaine?

 

Il n’est naturellement pas venu à l’esprit de notre gouvernement de trouver des sous ailleurs que dans l’éducation publique. L’écart entre les hauts salaires et les bas salaires ne l’ont pas inquiété, l’absence d’un impôt sur les grosses fortunes non plus, le fait que, pauvre ou riche, le citoyen paie tout produit acheté au même prix n’a pas effleuré son esprit, mais l’enseignement oui, là se niche le diable.

 

Plus sérieusement, quelques questions méritent d’être posées :

-Fort de cette taxe d’inscription, qu’il faudra d’ailleurs quantifier et en principe ajuster aux revenus des ménages, le gouvernement compte-t-il maintenir sa subvention habituelle au même taux, l’augmenter quand même dans le dessein de faire avancer l’enseignement, la réduire pour  soulager le budget  de l’État?

-Sur quelle base et quels critères le gouvernement compte-t-il faire la différence entre riches et pauvres et où situe-t-il le curseur?

-Puisque une nouvelle taxe sera appliquée, pense-t-il possible d’exiger des établissements de nouveaux services au profit des élèves et des étudiants ? Attend-il de cette taxe des répercussions positives sur la qualité de l’enseignement ou s’agit simplement d’un impôt déguisé supplémentaire?

La liste des questions possibles est longue. Mais une seule vraie question taraude les esprits. Qu’est-il fait de concret pour sortir notre enseignement public de son coma ? Le temps presse et le ciel s’obscurcit.

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