Lorsque l’on entend parler d’artisanat de luxe, on pense souvent à des objets faits à la main, qui ont demandé du temps, et beaucoup de savoir-faire pour obtenir un résultat unique et rare. On aurait tendance à songer que les objets et produits fabriqués à l’aide de machines ne pourraient pas porter la plus-value qui leur donnerait accès à une réputation prestigieuse.

Depuis la révolution industrielle, nous assistons à un duel entre la Silicon Valley et l’artisanat régional, en supposant que les deux ne pourront jamais faire équipe. D’un côté, nous avons les traditionalistes, pour qui rien ne remplace le savoir-faire local, les « petites mains » et les méthodes ancestrales, et de l’autre, nous avons les pro-tech, ceux qui ne voient d’avenir qu’en une surproductivité qui ne peut être portée que par les hautes technologies.

Dans ce combat impétueux, peut-on trouver, un jour, un terrain d’entente ?

Ce qui définit le luxe, c’est bien souvent la rareté et l’authenticité. Dans un monde industrialisé, où tout est fait par des machines, à la chaîne, la rareté se fait de plus en plus rare ! Mais l’authenticité, elle, ne disparaîtra probablement jamais.

Qu’est-ce que l’on entend par authenticité ? Il s’agit des matières premières, ou de la marque de fabrique. Par exemple, l’or, les diamants et pierres précieuses. Même si nous réussissons à fabriquer des bijoux à l’aide de machines, les diamants sont et resteront emblématiques du luxe. Jamais nous ne verrons un solitaire vendu une dizaine d’euros, et ce, même s’il n’a pas été fait à la main par un grand joaillier.

Mais peut-on vraiment parler d’artisanat ? Telle est la question… selon la définition dans Wikipédia, l’artisanat se présente comme «  la transformation de produits ou la mise en œuvre de services grâce à un savoir-faire particulier et hors contexte industriel de masse : l’artisan assure en général tous les stades de sa transformation, de réparation ou de prestation de services, et leur commercialisation »

La fabrication industrielle de masse n’est donc clairement pas en adéquation avec les valeurs portées par l’artisanat.

Peut-on alors au moins conjuguer les deux à la fois ?

Louis Vuitton y a pensé ! Selon le célèbre créateur de maroquinerie de luxe, on peut concilier les deux. Comment ? En continuant de fabriquer des sacs en cuir à la main, favorisant le travail des petits fermiers et le savoir-faire français, tout en y intégrant des éléments high-tech . En 2020, l’enseigne compte sortir son premier sac à main connecté appelé « canvas of the future » avec deux écrans tactiles flexibles intégrés où l’utilisateur pourra diffuser des images ou des vidéos depuis son smartphone.

Nous pouvons également penser à la cosmétique de luxe.

En effet, la cosmétique est typiquement un domaine dans lequel on peut concilier l’artisanat, avec des matières premières fabriquées par des petits producteur locaux aux quatre coins du monde, mais manufacturés et transformés dans des laboratoires où les hautes technologies et la chimie sont employées. Ou encore pouvons-nous les emballer dans des contenants luxueux, aux design bien particuliers et pensés sur des logiciels de DAO.

Nous pouvons citer l’exemple de la marque « La prairie », une enseigne de cosmétiques de luxe, utilisant la technologie moléculaire pour transformer ces matières premières issues de l’artisanat ou des joyaux de la nature en cosmétiques innovantes.

Luxe of nature nous montre également que, même sans transformations préalables, nous pouvons vendre des matières premières fabriquées artisanalement (ici des huiles végétales), dans des coffrets aux designs luxueux et modernes.

Les high-tech peuvent donc être les meilleures amies de l’artisanat de luxe. En effet, elles peuvent être là pour mettre en valeur un produit d’artisans qui n’aurait pas connu de succès si elles n’étaient pas intervenues. Les exigences des consommateurs étant de plus en plus difficiles, il faut que les artisans usent de différents stratagèmes pour les séduire. Le secteur de la haute technologie peut apporter ce petit truc en plus qui empêchera l’artisanat de vieillir et le rendra toujours aussi attractif, même dans un nouveau monde hyperconnecté.