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Data brokers : les nouveaux grands méchants du data-capitalisme

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“C’est le marché gris de la donnée”, comme le définit Olivier Tesquet, journaliste spécialisé dans le numérique. Les data brokers, ou courtiers en données, collectent des informations sur les individus pour les revendre. Ils forment une industrie discrète qui pèse très lourd, et dont la plupart des internautes ignorent tout. Voici comment elle fonctionne et comment vous en protéger.

Qu’est-ce que le data brokerage ? 

Le data brokerage consiste à collecter des données personnelles et à les commercialiser auprès d’entreprises privées : annonceurs, grandes enseignes, mais aussi banques et assurances. 

On parle souvent d’identité numérique, formée grâce aux traces que chaque utilisateur laisse sur Internet selon ses activités en ligne, et bien le métier de ces spécialistes de la data consiste à siphonner votre identité numérique. Les informations collectées proviennent de fichiers publics, de vos activités en ligne, mais également de l’achat de votre historique auprès des navigateurs.

Ces informations sont ensuite recoupées pour établir des profils : centres d’intérêt, niveau de revenus supposé, situation familiale, habitudes d’achat. Ces profils servent surtout au ciblage publicitaire, à l’évaluation de risques ou à la prospection commerciale.

Que représente le marché du data brokerage ? 

Des milliers d’entreprises exercent ce métier dans le monde, dont la société Acxiom, une des plus grandes, qui possédait selon cette enquête des milliers de serveurs dédiés à la collecte et à l’analyse des données de centaines de millions de consommateurs. Ces chiffres datent de plus de dix ans et sont aujourd’hui largement dépassés.

Selon Olivier Tesquet, chaque data broker détiendrait entre 3 000 et 5 000 informations sur un individu, de la constitution de son patrimoine à la race de son chien, en passant par la marque de sa voiture, ses habitudes alimentaires, ou la couleur de ses chemises.

Le volume de données produit par nos usages quotidiens (navigation, applications mobiles, objets connectés, paiements) ne cesse de croître, et avec lui la matière première de cette industrie.

Quelle est la valeur des données personnelles ? 

Pour les data brokers, l’affaire est très rentable : les listes de contacts qualifiés, par exemple selon des centres d’intérêt ou un état de santé supposé, se vendent d’autant plus cher qu’elles sont précises. Plus un profil est détaillé, plus il vaut.

Certains services proposent même de rémunérer les particuliers qui acceptent de vendre leurs propres données, issues de leurs réseaux sociaux ou de leurs transactions bancaires. D’autres, à l’inverse, facturent un abonnement pour retirer vos informations des bases des courtiers. Ces offres changent souvent et les montants sont modestes : comparez-les avec prudence et vérifiez ce que le prestataire fait réellement de vos données.

Par ailleurs, certains data brokers proposent aux consommateurs des rapports regroupant les informations en leur possession, et il est aussi possible de demander que vos informations personnelles soient retirées de leurs bases.

Le RGPD vous protège-t-il en Europe ?

En partie. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) encadre la collecte et la réutilisation des données personnelles. Il impose une base légale pour tout traitement, une information claire des personnes et leur donne des droits : accès, rectification, opposition, effacement. En France, c’est la CNIL qui contrôle son application et reçoit les plaintes.

Dans la pratique, c’est plus compliqué. Le RGPD s’applique aux entreprises qui ciblent des personnes présentes dans l’Union européenne, même établies hors d’Europe, mais faire respecter la règle face à une société dont le siège et les serveurs sont à l’étranger reste plus difficile pour les autorités. Les données peuvent aussi circuler de revendeur en revendeur, ce qui rend la chaîne difficile à remonter.

Les fuites de données montrent aussi les risques d’une concentration d’informations sensibles. Début 2021, des données de centaines de milliers de patients de laboratoires français ont ainsi été dérobées chez un éditeur de logiciels pour établissements de santé. Les données de santé sont soumises à des règles d’hébergement particulièrement strictes, et leur stockage hors du cadre européen fait régulièrement débat.

Comment protéger vos informations personnelles des courtiers en données ? 

Le meilleur moyen de limiter la collecte est d’agir à la source, depuis vos appareils connectés à Internet, tant la surveillance de nos activités quotidiennes s’est banalisée.  

Des outils performants sont aujourd’hui accessibles à tous, tels que le VPN: ce réseau virtuel et privé masque votre adresse IP et chiffre toutes les données liées à votre activité en ligne. Les services des fournisseurs de VPN sont payants, ce qui garantit une sécurisation de vos données, mais plusieurs fournisseurs proposent des essais VPN.

Le VPN ne suffit pas à lui seul. Quelques réflexes complémentaires :

  • refuser ou paramétrer les cookies de suivi, et utiliser un navigateur ou une extension qui bloque les traceurs ;
  • vérifier les autorisations accordées aux applications mobiles (localisation, contacts, identifiant publicitaire) ;
  • limiter les informations publiées sur les réseaux sociaux et régler la confidentialité de vos comptes ;
  • utiliser des adresses e-mail distinctes pour les inscriptions commerciales ;
  • se méfier des programmes de fidélité et des jeux concours qui demandent beaucoup de données.

Quelles démarches auprès des courtiers ?

Vous pouvez demander à un courtier, par écrit et en justifiant de votre identité, l’accès aux données qu’il détient sur vous, puis leur effacement ou votre opposition à leur utilisation, notamment en prospection commerciale. L’organisme doit répondre dans un délai en principe d’un mois. Conservez une trace de vos demandes.

Si la réponse est absente ou insatisfaisante, vous pouvez saisir la CNIL, dont le site propose des modèles de courrier et une procédure de plainte en ligne. Pour le démarchage téléphonique, pensez aussi à vous inscrire sur la liste d’opposition officielle.