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Younes Masskine, l’ancien bras droit de Bouachrine prend son fauteuil

La Dépêche | 8 mai 2018 à 20 h 29 min | Mis à jour 8 mai 2018

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Laissé vacant après l’incarcération de Taoufik Bouachrine, le poste de directeur de publication du quotidien Akhbar Al Yaoum a finalement trouvé preneur. Portrait de Younes Masskine, successeur légitime et attendu de son ex-boss.   

 

Younes Masskine. Son nom ne vous évoque sûrement rien. Pourtant, celui qui a été promu le 4 mai dernier directeur de publication d’Akhbar Al Yaoum, est l’une des chevilles ouvrières du quotidien arabophone mis en difficulté depuis l’arrestation de son fondateur le 23 février dernier au siège du journal à Casablanca.

 

Poursuivi pour des crimes d’agression, de harcèlement sexuel, de viol et de traite humaine, Taoufik Bouachrine avait entamé la procédure de passation de la direction du journal dès son arrestation, nous affirme l’un de ses avocats, puisqu’il savait « qu’il n’allait pas s’en sortir« .

 

C’est une nomination à laquelle il fallait cependant s’attendre. Akhbar Al Yaoum se trouvait en blocage administratif depuis la mise en garde à vue de son patron, qui coïncidait avec la fin du mois et la période de versement des salaires, que seul le directeur de la publication est habilité à autoriser en vertu de la loi. « A la demande de Taoufik, nous avions rassemblé les pièces nécessaires pour lui permettre de déléguer la signature des virements à un autre cadre de la société« , nous confie la même source.  

 

Successeur de choix

Derrière de nombreuses enquêtes et dossiers politiques réalisés par Akhbar Al Yaoum, sur le PJD notamment, Younes Masskine est depuis plusieurs années le bras droit et le protégé de Taoufik Bouachrine.

 

LIRE: Affaire Bouachrine: Les 5 zones d’ombre de l’enquête

 

Mais aujourd’hui, du haut de ses 35 ans, l’ancien journaliste d’Al Massae hérite d’un journal affaibli et éprouvé depuis le déclenchement du scandale Bouachrine, puisque plusieurs salariées ou anciennes collaboratrices du journal sont citées dans les PV de la police, en qualité de victimes ou de déclarantes. Cas auxquels s’ajoute celui de Afaf Bernani, journaliste à Akhbar Al Yaoum, condamnée par la justice pour « dénonciation d’une infraction qu’elle sait ne pas avoir existé » suite à ses accusations contre la police judiciaire pour une présumée falsification de ses déclarations.

 

“Il devient difficile pour ce journal, sa rédaction, ses techniciens et ses employés, de séparer l’expérience douloureuse que subit le collègue Taoufik Bouachrine de ses choix éditoriaux, de ses opinions sur la politique, l’économie ou la société”. C’est avec ces mots que le nouveau patron d’Akhbar Al Yaoum a décrit dans son éditorial du 4 mai, la « crise » par laquelle passe le journal. Le quotidien arabophone a fini par augmenter son prix de vente pour assurer sa survie, quitte à y perdre une partie de son lectorat. Depuis le 1er avril, Akhbar Al Yaoum se vend en effet à 5 dirhams dans les kiosques au lieu de 4 dirhams.

 

Un journaliste qui dérange

Recruté à Al Massae dès sa création en 2006, le jeune journaliste originaire de Rabat a réussi au fil des années à s’imposer comme l’une des figures phares de la presse écrite arabophone au Maroc. Après un bref passage à Medi 1, il intègre l’équipe de lancement d’Akhbar Al Yaoum, le quotidien réputé proche du PJD, dont la courbe de croissance grimpe irrésistiblement depuis l’accession au pouvoir de la formation islamiste.  

 

Mais avant de quitter Al Massae, alors dirigé par le polémiste Rachid Nini, Masskine a été condamné en 2009 par la justice, en compagnie de trois autres journalistes d’autres supports, à payer une amende de 100.000 dirhams pour des propos « attentatoires et diffamatoires » à l’encontre du colonel Mouammar Kadhafi, à la suite d’une plainte déposée par l’ambassade de Tripoli à Rabat. Mais les démêlés judiciaires du jeune éditorialiste ne se sont pas arrêtés là. En 2011, suite à un article publié dans Akhbar Al Yaoum sur un présumé « clientélisme dans la nomination des gouverneurs et walis« , Masskine fut convoqué par la police de Rabat pour diffusion de « fausses informations ».

 

LIRE: Justice, rumeur et vérité

 

Souvent invité sur les plateaux télé pour débattre de questions politiques, Younes Masskine a eu, du moins depuis 2011, à interviewer à deux reprises l’ancien chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. Des entretiens dominés par des échanges tendus. On se souvient ainsi, sur Al Aoula à quelques semaines des élections de novembre 2011, du show déployé par l’ex-leader du parti de la lampe sur une question du jeune journaliste dans la mythique émission Hiwar (Dialogue). Interrogé par Masskine sur sa capacité à diriger le pays au cas où il serait désigné chef du gouvernement, l’intraitable cador du PJD avait rétorqué: « Bien sûr que je suis prêt et capable, j’ai l’impression que tu me sous-estimes!« , avant d’esquisser son fameux sourire moqueur.

 

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