fbpx
Publicité Publicité Publicité
Publicité
Publicité

Voici pourquoi Mohamed Boussaïd a été congédié

La Dépêche | 15 août 2018 à 20 h 40 min | Mis à jour 15 août 2018

Publicité

Il ne se doutait pas de ce qui l’attendait, ce 29 juillet, lors des festivités de la fête du Trône qui ont eu lieu dans le nord du royaume. Membre du bureau politique du Rassemblement National des Indépendants (RNI), Mohamed Boussaïd, désormais ex-ministre de l’Economie et des Finances, était lui aussi de la partie et a assisté, comme l’ensemble du gouvernement, du cabinet royal et des proches de la cour, aux festivités qui s’en sont suivies.

 

Un discours royal avertisseur

 

Pourtant, le discours du roi Mohammed VI a sonné, ce soir-là, comme un avertissement : le souverain a ainsi déclaré que « les affaires des citoyens ne doivent souffrir d’aucun report, ni aucune attente (…). D’ailleurs, les formations politiques responsables sont celles qui se tiennent aux côtés des citoyens ». Et le roi de poursuivre qu’« il est attendu des différentes instances politiques et partisanes qu’elles se montrent réceptives aux doléances des citoyens, qu’elles interagissent sans délai avec les évènements et les évolutions de la société, voire qu’elles anticipent leur émergence et non qu’elles les laissent prendre parfois inopportunément des tours inquiétants, donnant ainsi l’impression qu’elles ne sont nullement concernées par ce qui arrive ».

C’est sans doute ce manque d’initiatives prises par l’ancien ministre de l’Economie et des Finances qui lui a avant tout coûté son maroquin. Quelques instants après ce discours prononcé à Al Hoceima, le souverain a convoqué quelques membres du gouvernement pour une « réunion d’urgence » dans la même ville. Le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, était présent, entouré de quelques ministres de son équipe : Bassima Hakkaoui, ministre de la Famille et de la Solidarité, Aziz Akhennouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, mais aussi … Mohamed Boussaïd.

 

Deux rapports accusateurs

 

Nul ne sait, bien entendu, ce qui s’est dit lors de cette réunion. Mais deux jours plus tard, le 1er août, le communiqué du cabinet royal est tombé. Le texte, lapidaire et succinct, évoque le principe de « reddition des comptes » stipulé par l’article 47 de la Constitution de 2011, pour justifier ce limogeage brutal d’un haut commis de l’Etat.

Deux rapports venaient d’être présentés au roi, détaillant la situation économique du pays : l’un issu de la Cour des Comptes, dirigée par Driss Jettou, l’autre de Bank Al-Maghrib, que mène Abdellatif Jouahri. Les deux documents critiquaient d’une même voix la lenteur du ministère de l’Economie et des Finances dans les nécessaires réformes économiques à mener.

Il est évident que la raison principale ayant motivé cette décision royale a été le retard conséquent pris dans le déblocage des fonds prévus pour la restructuration infrastructurelle de la Province d’Al Hoceima, un retard dont Mohamed Boussaïd est directement responsable.

 

Un manque de réactivité

 

Par ailleurs, l’ex-argentier du royaume n’a pas su être suffisamment réactif et anticiper la gestion de la libéralisation des hydrocarbures, qui ont souffert d’une hausse répétitive des prix, néfaste pour l’industrie et entraînant une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs.

Autre casserole que traînait lourdement Mohamed Boussaïd : celle de la gestion douteuse de la cession de Saham Assurance à une compagnie sud-africaine. Moulay Hafid Elalamy, ex-patron de Saham, et lui aussi du RNI, est accusé d’avoir profité d’une mesure fiscale expressément taillée pour cette cession, par le département dirigé par Mohamed Boussaïd. Conflit d’intérêt ? Cafouillage ? Copinage ? Nul ne sait vraiment.

 

Jettou contre Boussaïd

 

Quoi qu’il en soit, exit Mohamed Boussaïd. Agé de 56 ans, il avait été nommé par le roi ministre de l’Economie et des Finances le 11 octobre 2013, un second mandat qui lui avait été confié lors de la mise en place du deuxième gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane. Plusieurs fois ministre, et notamment détenteur du portefeuille du Tourisme, Wali de la région d’Agadir, ce polytechnicien, diplômé de l’école nationale des Ponts et Chaussées, s’était vu nommer à son premier poste ministériel par Driss Jettou en 2004. Celui-là même qui n’a pas hésité, dans son rapport remis au roi, à pointer du doigt les dysfonctionnements du ministère que Mohamed Boussaïd a dirigé jusqu’au 1er août 2018. Traîtrise, coup de Jarnac ? Non : service de l’Etat.

Abonnez-vous à notre newsletter

Restez informé ! Dès maintenant et en quelques clics, inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter et recevez en exclusivité nos derniers articles.