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Voici ce que contient le rapport remis au roi sur Al Hoceima

La Dépêche | 11 octobre 2017 à 13 h 12 min | Mis à jour 11 octobre 2017

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Voici ce que contient le rapport remis au roi sur Al Hoceima
© Sami Ameur

Mohammed VI a accordé le 10 octobre une semaine supplémentaire à la Cour des comptes pour l'examen des rapports de la commission d'enquête sur les retards dans le programme "Al Hoceima, phare de la méditerranée". Mais que contenait au juste le document remis au monarque?

 

Ni fraude ni malversation. C'est la conclusion laconique du communiqué du cabinet royal, diffusé à l'issue de la présentation à Mohammed VI du rapport d'audit portant sur les retards enregistrés dans le programme de développement régional d'Al Hoceima, le 2 octobre. Soit. Mais encore?

Que contenait au juste le rapport d'audit soumis au roi?  En se basant sur des informations recueillies auprès de sources ayant participé à l'enquête, La Dépêche en révèle une partie.

 

Où est l'argent?

Première information que nous avons pu recueillir: contrairement à ce qui a été relayé par certains médias, les retards enregistrés dans la mise en place du programme "Al Hoceima, phare de la méditerranée" ne sont pas dus à "une mauvaise gestion des budgets", d'après le rapport remis à Mohammed VI. Selon nos sources, l'enquête menée par la commission désignée par le souverain, et qui comptait des membres des ministères des Finances et de l'Intérieur, révèle que Rabat n'a jamais transféré certains budgets aux autorités locales.

Conséquence, plusieurs projets à Al Hoceima accusent des retards dans leur mise en place, mais pas que: "D'autres projets n'existent jusque-là que sur le papier", assure notre source.

Exemple, une marina au littoral d'Al Hoceima, dont les études de réalisation n'ont pas encore été lancées

 

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Parmi les nombreux budgets non reçus, des sommes considérables étaient censées être versées notamment par les ministères de la Santé et du Sport à leurs délégations provinciales à Al Hoceima, pour la réalisation d'un hôpital régional (347 millions de dirhams) et d'un "grand stade" (250 millions de dirhams) dans la capitale du Rif. N'ayant pas reçu les fonds, les autorités à Al Hoceima se sont retrouvées "bloquées", comme l'a commenté notre source. Ces deux "grands chantiers", dont l'achèvement avait été prévu pour l'année 2019, n'ont finalement démarré qu'en avril 2017 pour l'hôpital, et trois mois plus tard pour le stade.

Mohammed VI mécontent des retards...

Le programme de développement de la province d'Al-Hoceima s’étale sur la période 2015-2019. Avec ce programme, Al Hoceima a rejoint les grandes villes marocaines bénéficiant de programmes similaires: Tanger, Marrakech, Salé, Tétouan, Rabat, Casablanca et Kénitra.

 

Dans sa conception, ce programme devait mobiliser des investissements de l'ordre de 6,515 milliards de dirhams. Il ambitionnait également d'accompagner le développement urbain et démographique de la province, consolider son positionnement économique, améliorer le cadre de vie de ses habitants et préserver son environnement.

 

Lors du Conseil des ministres du 25 juin 2017, le roi s'est dit "mécontent" des retards accusés dans l'exécution des projets à Al Hoceima, et a chargé une commission d'enquêter sur les causes de ces retards.

"Ne faites rien, c'est les élections"

C’est durant l’année 2016 que les chantiers du "Al Hoceima, phare de la méditerranée" devaient être lancés. Cette année allait également connaître la tenue des deuxièmes élections législatives depuis l’adoption de la Constitution de 2011. "En général, lorsqu'il y a des élections qui approchent, les projets de développement sont retardés pour éviter que les politiques ne soient accusés de mener des campagnes électorales prématurées", explique notre interlocuteur, assurant que les rapports d'enquête remis au roi précisent que plusieurs projets n'ont pas pu être réalisés en 2016 car il s'agissait d'une "année électorale".

Selon la même source, certains responsables à Al Hoceima ont "déclaré aux enquêteurs avoir reçu des instructions pour ne pas lancer des travaux".

 

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Pas de gouvernement, pas de budget

L'échec de Abdelilah Benkirane à former un gouvernement après les élections législatives de 2016 a, à son tour, contribué au retard d'exécution du programme "Al Hoceima, phare de de la méditerranée", d'après l'enquête. Le blocage gouvernemental, qui a duré six mois, avait empêché l'adoption de la loi de finances 2017 dans les délais fixés. Conséquence, pour cette année-là, aucun des projets prévus à Al Hoceima n'a reçu les fonds nécessaires à sa réalisation, causant le retard, voire la non exécution des chantiers de développement dans la capitale du Rif.

“Le gouvernement a marginalisé Al Hoceima“

 

Dans son passage à la chaîne Al Aoula le 13 juin, Ilyas El Omari, président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a accusé le gouvernement d'être à l'origine des retards dans la réalisation de projets de développement dans la province d'Al Hoceima.

 

Pour l'ancien secrétaire général du PAM, le gouvernement a intentionnellement "marginalisé Al Hoceima en privant les autorités locales des budgets nécessaires pour l'exécution des projets dans la province", considérée comme un fief électoral de son parti.

 

El Omari avait aussi affirmé vouloir créer une commission d'enquête parlementaire, pour élucider les causes du retard des projets à Al Hoceima. Cette initiative qui, selon la loi, nécessite l'approbation du tiers des membres la Chambre des représentants, a néanmoins échoué à cause de l'opposition du PJD.


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Le temps du rattrapage

Le travail de la commission d'enquête a également consisté à faire l'état des lieux actuel des projets, indique notre interlocuteur. Suite à l'appel du roi au Conseil des ministres du 25 juin 2017 à "l'accélération de l'exécution des projets de développement à Al Hoceima", le rapport de la commision note certaines réalisations. En vrac:  l'accomplissement de l'équipement en nouveau matériel du Centre régional d'oncologie d'Al Hoceima, et de la construction d'un l'hôpital de proximité à Imzouren (14 km d'Al Hoceima), dont les travaux sont achevés à 80%, ou encore la construction d'un théâtre et d'un conservatoire de musique, qui devraient vraisemblablement être livrés dans les délais prévus selon le rapport. Rendez-vous en 2019 pour juger sur pièce.

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