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Vers l’octroi d’indemnités pour les diplômés-chômeurs ?

La Dépêche | 13 juillet 2018 à 17 h 44 min | Mis à jour 13 juillet 2018

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Voilà qui promet d’être révolutionnaire et inédit au Maroc. La Commission des Finances et du Développement social à la Chambre des Représentants s’apprête à discuter une proposition de loi visant à indemniser les diplômés chômeurs.

 

Déposée au parlement par le groupe du PPS en décembre 2017, ce texte est resté jusqu’à ce jour dans l’oubli, avant d’être programmé en discussion pour la prochaine réunion de cette commission, le lundi 16 juillet 2018.

 

Composée de dix articles, cette proposition de loi prévoit d’octroyer la (modeste) somme de 1.200 dirhams par mois aux chômeurs lauréats des universités, des instituts d’études supérieurs et des centres de formation professionnelle, à titre d’indemnités pour une durée d’une année, renouvelable six mois supplémentaires. Pour les six mois qui suivent la première année, et si le diplômé-chômeur n’a toujours pas trouvé de travail, cette l’indemnité se retrouve réduite à 600 dirhams mensuels. Elle n’est par conséquent plus versée après une année et demie de chômage complet.

 

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Ce texte de loi propose aussi de créer un registre spécial où seront inscrits les bénéficiaires de ces indemnités, à condition qu’ils soient diplômés et en situation de recherche de travail. Le groupe du PPS à l’origine de cette proposition de loi souhaite ainsi que la gestion des indemnités revienne au ministère du Travail, ou alors à un « organe spécifique, uniquement chargé de ces indemnisations ».

 

Une douce utopie ?

Si sa programmation en réunion d’une commission parlementaire constitue déjà une initiative salutaire, cette proposition de loi a encore du chemin à faire avant son application effective. Un texte de cette ampleur – qui remet en cause l’essence même du système de sécurité sociale marocaine -, a toutefois peu de chances d’aboutir. Car souvent, une loi d’une telle envergure parvient sous forme de projet de loi élaboré par le gouvernement, qui fait ensuite appel à sa majorité au parlement pour le faire adopter. Ainsi, stratégie politique oblige, on voit mal le gouvernement El Othmani laisser passer un texte aussi généreux que celui-ci au nom d’un groupe parlementaire, plutôt qu’au nom de la majorité gouvernementale, elle-même affaiblie par bien des dissensions.

 

S’il n’est pas repris et revendiqué par le gouvernement, ce document, aussi important soit-il, risque donc, et à jamais, d’être purement et simplement oublié.

 

 

Le diplôme, cette paradoxale régression

Paradoxalement, au Maroc, plutôt que d’être un élément d’ascension sociale, la détention d’un diplôme augmente le risque de se retrouver au chômage : actuellement, 854.000 diplômés n’arrivent pas à trouver de travail alors que seuls 251.000 non-diplômés sont au chômage, selon une étude du HCP. Pour les premiers, le taux de chômage est de 16,9%, soit 4,5 fois celui des non-diplômés. C’est-à-dire qu’en somme, un Marocain a plus de chances de trouver du travail s’il n’est pas diplômé. La baisse du taux d’emploi et d’activité est en effet expliquée suivant cette étude par la faible création d’emplois en comparaison avec la croissance de la population en âge de travailler, mais aussi par une formation peu qualitative de la main d’œuvre, voire l’inadéquation de cette main d’œuvre face aux besoins du marché du travail. Certaines filières, en effet, n’ont que peu de valeur sur ce marché…

 

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Autre écueil, la perte de valeur que connaissent certaines filières, et donc la non-reconnaissance de leur diplôme, en raison de la basse qualité de la formation dispensée par des écoles d’enseignement privé qui prolifèrent.

 

A côté de ces déficits en termes de formation, le marché du travail connaît aussi une baisse des offres d’emploi de la part des entreprises à même d’absorber le flux annuel des diplômés. Toujours est-il que l’octroi d’indemnités à 854.000 diplômés actuellement sans emploi pourrait être une ébauche de solution au chômage de ces personnes, ne serait-ce que pour leur assurer un revenu minimum alors qu’ils recherchent du travail.

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