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Verdict des procès du Hirak, vers un No Future pour le Maroc?

La Dépêche | 27 juin 2018 à 12 h 55 min | Mis à jour 27 juin 2018

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« Dix ans, a-t-on dit, comme pour sonner l’apocalypse, saper les racines, ensabler les chemins, balayer la marche. Nos cœurs ont continué à battre au même rythme et nos larmes étaient pour le chant de l’espoir »*.

Ces phrases auraient pu être écrites par l’un des prisonniers du Hirak. Mais elles sont de Abdellatif Laâbi, poète condamné avec ses compagnons d’Ila Al Amam à des peines presque similaires, voici déjà 45 ans.

L’histoire se répète, non comme une farce pour paraphraser Marx, mais comme une véritable tragédie, sans nom.

Les jugements énoncés ce mardi 26 juin à la Chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca, tard dans la soirée, sont, indéniablement, un coup dur pour l’histoire du pays. Pour ceux qui croyaient encore à l’ouverture de la parenthèse d’une transition démocratique. Pour certains, ces espoirs sont déchus, pour d’autres, les doutes sont affirmés.

 

 

Lire aussi: Des détenus du Hirak écopent jusqu’à 20 ans de prison ferme

 

Aujourd’hui, et sans la distanciation que seul le temps peut nous accorder, il est bien difficile d’augurer des tenants et des aboutissants de ces condamnations. On sait toutefois d’ores et déjà que des manifestations spontanées ont marqué la nuit à Al Hoceima, que les familles ne sont pas prêtes de lâcher l’affaire et que le comité de défense affirme être prêt à faire appel, après concertation avec les accusés.

Autant de signes pour nous dire que le dossier n’est toujours pas clos et que l’ombre des prisonniers du Hirak planera encore sur l’actualité nationale durant les prochains mois.

Personne, évidemment, ne voudrait que notre pays devienne instable. Mais en ces temps troublés, faut-il en vouloir aux Marocains, et tout particulièrement à ceux de la classe moyenne émergente, dont le quotidien consiste à survivre et non à vivre ?

Faut-il en vouloir, aussi, à ces familles des détenus du Hirak, dont les enfants sont aujourd’hui traités comme des criminels récidivistes, condamnés à des dizaines d’années de prison ? Ou faut-il en vouloir, encore, aux populations de toute une région autrefois enclavée et qui ont désormais toutes les raisons de croire qu’elles sont isolées du reste du pays ?

A dire vrai, les responsabilités ne sont pas à chercher dans le bilan de tel ou tel gouvernement, ce que certains n’hésiteront pas à faire, l’occasion pour eux de régler – à tort ou à raison – quelques comptes avec l’Exécutif en place.

Il ne s’agit même pas de faire le bilan des deux gouvernements précédents. L’état du Maroc, aujourd’hui, est à mettre sur le dos de plusieurs décennies de mal-gouvernance, de corruption, d’autoritarisme et de comportements mafieux. Plusieurs décennies après l’indépendance, nous récoltons, en ce moment même, tout ce que ce système a semé durant ces 62 années.

Nous n’avons plus que nos yeux pour pleurer, pour constater l’étendue de ces dégâts qui remettent en cause notre avenir commun. Nous n’avons plus que nos voix enrouées pour appeler à l’avènement d’une ère plus prometteuse, pour nos enfants.

Et en guise d’épilogue, ce parallèle entre fiction et réalité. Dans une courte série américaine, Ascension, plusieurs personnages vivent enfermés dans un vaisseau générationnel dont le voyage doit durer 100 ans. Une trop longue période qui finit par exaspérer l’équipage, surtout les plus jeunes.

Arrivés à la moitié du voyage, ceux-ci, lassés, commencent à se rebeller et n’hésitent pas à taguer un peu partout dans le vaisseau un message fort en sens, signe le plus patent de leur pessimisme : « No Future ». Contrairement à ce que leur affirment les autorités, plus le temps passe, plus ils en sont à penser qu’il n’y a plus aucun avenir à bord.

La comparaison entre cette série et la réalité marocaine est très tentante. On continue en effet, aujourd’hui encore, à nous asséner qu’il y a une destination pour nous tous. Alors que dans les faits, le Maroc semble de plus en plus devenir le pays du No Future.

 

 

* Abdellatif Laâbi, Le Chemin des ordalies, 1982

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