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L’UBER et l’argent d’UBER Maroc

La Dépêche | 16 juin 2017 à 12 h 32 min | Mis à jour 21 mars 2018

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Uber Maroc fait le plein d’utilisateurs mais le chemin vers la réussite est semé d’embûches: litige avec les autorités, bras de fer avec les chauffeurs de taxi, difficultés à constituer une flotte pérenne… La plateforme de mise en relation entre clients et chauffeurs parviendra-t-elle à atteindre sa vitesse de croisière?

 

« Tous les jours, c’était le même topo: en sortant du boulot vers 18h, je poireaute dans la rue et vois défiler les taxis, qui ne prennent même pas la peine de s’arrêter pour la plupart. Quand il y en a qui daigne freiner, je lui indique ma destination, il lève sa main pour me montrer son chemin, et sans prononcer un mot, il démarre en trombe et poursuit sa route ». Mais ça, c’était avant. Depuis le lancement d’Uber Maroc en octobre 2014, Youssef, cadre trentenaire, a recours à la plateforme de mise en relation entre clients et chauffeurs en moyenne deux fois par jour.

On doit être un des seuls pays au monde où c’est le taxi qui demande où l’on va, et qui refuse de vous prendre si le trajet ne lui convient pas »,

ironise le jeune homme, qui a réussi à convertir ses proches. « Même mes parents s’y sont mis. Ils utilisent Uber de temps en temps, durant les heures de pointe par exemple, où il est plus agréable de se faire conduire, surtout à Casa, ou pour aller à l’aéroport quand ils voyagent et qu’ils n’ont pas envie de payer le parking durant une semaine ». Youssef, tout comme les 140 000 utilisateurs qui ont fait confiance à Uber depuis que le service est disponible au royaume, a la tête de l’emploi: jeune, urbain, actif, avec un revenu qui l’autorise à payer une prestation environ 30% plus chère que celle des taxis rouges de la capitale économique. Mais désormais, Uber compte emprunter un autre chemin, et ratisser plus large.  

 

Le paiement cash, espèce répandue

« Nous allons continuer à renforcer notre flotte et à améliorer la qualité de nos services pour servir tous les Casablancais de toutes classes », affirme Meryem Belqziz, directrice générale d’Uber Maroc. Autrement dit, Uber compte désormais étendre son marché et s’attaquer à la classe moyenne, qui constitue le gros des troupes.

Le rouleau compresseur Uber, parti à la conquête du monde depuis 2009 a d’abord introduit le paiement en espèces au Maroc, préféré par 4 utilisateurs sur 10. Une manière de toucher les utilisateurs non bancarisés, ou plus simplement, de contourner la défiance qu’ont des Marocains par rapport au paiement en ligne ?  « Les deux », répond Meryem Belqziz, qui précise que le paiement en espèces est spécifique à certains pays comme l’Inde, le Pakistan, ou encore, les pays d’Amérique Latine, où l’usage du paiement électronique est moins répandu.

 

Des tarifs revus à la baisse et des promotions attractives

Payer autrement que par carte, c’est bien. Payer moins cher, c’est encore mieux. Uber annonce continuellement une baisse de ses tarifs à la baisse, histoire de pousser à la consommation et de fidéliser sa clientèle. « Il est certain que les prix ont baissé, d’environs 30% aussi bien pour Uber Select que UberX (gamme de service Uber la moins chère, ndlr) », nous confie Issam, chauffeur Uber.

Et pour être encore plus attractif, Uber multiplie les promotions en tous genre. « Il y a souvent des codes promo, une offre de 300 Dhs réservés aux clients qui ont l’habitude de se déplacer en Uber, il y a aussi des périodes de soldes où le tarif minimum d’une course est réduit de 50% », énumère Abderrazzak, chauffeur Uber.

Soit, reste qu’au Maroc, le prix d’une course Uber est supérieur à celui du taxi classique. Une anomalie? Pour Meriem Belqziz, la question ne se pose pas dans ces termes:

Le prix des taxis au Maroc est anormalement bas, ce qui explique la malheureuse précarité de nombreux chauffeurs de taxis et la mauvaise qualité de beaucoup de véhicules »,

argue-t-elle. Ce qui n’a pas empêché le management d’Uber de lancer le 8 mai 2017 le service uberTAXI, permettant aux utilisateurs de commander un taxi rouge, et de payer leur course en cash…

 

Recrutements en masse

Avec 12.000 chauffeurs inscrits sur la plateforme depuis son lancement (chiffre communiqué par le management de l’entreprise), Uber affiche des statistiques à rendre jalouse l’ANAPEC. Il faut dire que la procédure d’inscription est particulièrement simple: il suffit en effet de se loguer sur le site, de renseigner son nom, son âge, la marque et le numéro d’immatriculation du véhicule. « Il faut aussi télécharger en ligne sa CIN, une photo de profil, sa carte grise, son permis, renseigner son RIB… », liste Abderrazzak, chauffeur Uber. En deux clics trois validations, le compte est créé puis validé par les équipes d’Uber. Détail important, les chauffeurs doivent montrer patte blanche: « Les chauffeurs doivent apporter la preuve d’un casier judiciaire vierge », confirme Meriem Belqziz, avant de suivre une formation spécifique. Côté répartition des revenus, Uber laisse aux chauffeurs 75% du chiffre d’affaires généré. « Quand c’est un paiement en espèce, Uber prélève à la base, mais quand c’est un paiement en ligne, le virement se fait chaque mercredi », détaille Abderrazak, qui apprécie particulièrement les primes offertes par la plateforme: « Il n’est pas rare qu’Uber nous offre un bonus de 100 à 200 dhs, en fonction du nombre de courses que nous faisons », affirme-t-il.

Au final, les chauffeurs Uber parviennent à gagner entre 1000 et 2000 dhs la semaine, en fonction du volume horaire travaillé. Séduisant. Mais en réalité, les choses sont un peu plus complexes…

 

500 drivers en activité

Si Uber affiche au compteur plusieurs milliers de chauffeurs inscrits depuis son lancement, la plateforme ne compte en réalité que 500 drivers en activité. L’entreprise enregistre par conséquent un fort taux de turn over. La raison première, selon les nombreux chauffeurs que nous avons sondés? Un souci de rentabilité.

La plupart d’entre nous ne sont pas propriétaires de leur véhicule. Nous ne faisons que les louer »,

regrette Abdelkrim, qui a jeté l’éponge au bout de quelques mois, parce qu’il ne parvenait plus à joindre les deux bouts. « Une simple Dacia en location coûte 200 dhs par jour. Sur un mois, on se retrouve à payer 6000 dhs de loyer, à reverser 25% des revenus à Uber. Ajoutez à ça l’essence… En gros, à la fin du mois, il ne me restait que 4000 dhs. A ce prix là, autant travailler pour un propriétaire d’agrément de taxi », conclut notre homme. Pour Meriem Belqziz, l’objectif de la société est « d’attirer les chauffeurs qui ont un véhicule et qui peuvent gagner convenablement leur vie et de trouver des solutions de financement pour ceux qui n’en ont pas.  Notre objectif est et sera toujours de maintenir un niveau de revenus attractif pour les chauffeurs car sans cela, ils quitteraient la plateforme ». Une ambition qui semble difficilement conciliable avec la pression exercée à la baisse sur les prix, pour attirer de nouveaux clients.

 

Travail au noir…

Mais alors, pourquoi ne pas recourir au crédit auto, pour réduire les charges? « Bah tout simplement parce qu’on ne remplit pas les conditions. Il faut être salarié pour décrocher un crédit, ce qui n’est pas notre cas, poursuit Abdelkrim. Ou alors avoir une entreprise qui génère des rentrées d’argent régulières ». Sauf que si certains parmi les chauffeurs ont effectué les démarches pour obtenir le statut d’auto-entrepreneur, l’écrasante majorité travaille au noir. Et quand bien même les chauffeurs auraient le statut d’auto-entrepreneur, cela ne changerait pas grand chose. De fait, la loi 16/99 stipule que seules les sociétés disposant d’un agrément sont autorisées à exercer une activité de transport.

il y a un vide juridique concernant l’activité des plateformes technologiques de transport. C’est pour cela que nous plaidons pour une loi qui régisse le secteur »,

objecte Meriem Belqziz, qui reste évasive sur la proportion de chauffeurs Uber travaillant pour une société disposant d’un agrément de transport. En attendant que la loi change, le litige demeure avec la Wilaya de Casablanca, qui s’était fendue d’un communiqué expliquant que « l’activité d’Uber Maroc n’est pas autorisée et expose toutes les personnes qui y travaillent ainsi que les chauffeurs engagés dans le cadre de cette fonction à des punitions ».

 

Guet-apens, amendes etc.

Et en matière de punitions, il faut dire que les chauffeurs Uber sont servis. « Il ne se passe pas un jour sans qu’un collègue ne se fasse violenter par les chauffeurs de taxi, qui se font justice eux-même, nous confie Abdelkrim, qui comme la plupart de ses collègues, refuse désormais de prendre des clients à partir de lieux sensibles comme Casa Port, le Morocco Mall ou encore certains grands hôtels. Bien qu’Uber ait tenté de fédérer les petits taxis en leur proposant d’utiliser sa plateforme, une très large majorité des taxis drivers de Casablanca s’oppose à l’implantation de la plateforme et mène une guerre sans répit à ses chauffeurs, qu’ils qualifient de « Khatafa », voleurs de place.

 

Chaque jour, des chauffeurs de taxis font de fausses réservations, et une fois que le chauffeur VTC arrive, ils grimpent dedans en se faisant passer pour des clients, lui prenne sa clé de voiture, le menace »,

raconte Abderrazzak. « S’il te voit déposer un client et en récupérer un autre, ils prennent en photo ta voiture et ta plaque d’immatriculation, et dès qu’ils ont l’occasion, ils t’arrêtent, t’encerclent avec leur voiture et appellent la police, qui embarque ta voiture à la fourrière ». Résultat des courses: « une amende de 6000 dhs, un passage devant le tribunal et une voiture immobilisée pendant 15 jours… » Quant aux clients, il se retrouvent bien malgré eux au centre d’embrouilles…qui leur feraient presque regretter le taxi…

 

 

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