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Au tribunal de la rumeur

La Dépêche | 2 mars 2018 à 13 h 01 min | Mis à jour 21 mars 2018

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Il y a un peu plus de quatre mois, le roi nous avait promis un « séisme politique ». Et nous n’avons effectivement pas tardé à être servis : quelques jours après, un communiqué congédiait l’un des ministres les plus puissants du moment, Mohamed Hassad, et huit autres hauts commis de l’Etat. Tous ont payé pour des erreurs commises dans la gestion du projet Manarat Al Hoceima, lui-même considéré comme un facteur déterminant dans l’aggravation de la crise sociale dans le Rif.

 

Des têtes sont donc tombées, le concept de reddition des comptes et de responsabilité est passé par là. La foule peut désormais huer ceux qu’hier elle portait aux nues. La Justice n’a pas eu son mot à dire, c’est la Cour des comptes qu’on a consultée.

Mais qu’importe puisque, ici bas, dans notre beau pays, seul compte le tribunal de la rumeur : si les puissants vous abandonnent, elle aura tôt fait de vous rattraper et de vous broyer.

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Si, au contraire, ils décident que vous servez encore leurs intérêts, la rumeur restera murmure et s’éteindra peut-être aux pieds de votre splendeur.

 

Des têtes ont donc roulé et certains puissants ont chuté de leur piédestal. Mais a-t-on pour autant de quoi se féliciter ? Y voit-on plus clair sur les causes du Hirak ? L’Etat a-t-il pris le parti de pardonner aux citoyens qui ont fait les frais de la mauvaise gestion publique de ce mouvement social ?  Que nenni ! Les militants embastillés dans le cadre de la répression du Hirak sont toujours sous les verrous et leur procès, repoussé jour après jour, a des allures de farce où la Justice est le clown d’une bien mauvaise parodie.

 

La longue litanie de nos malheurs ne s’est pas arrêtée il y a quatre mois. Pendant que l’Etat réglait leur compte à certains de ses commis, la classe politique, atterrée, ne savait sur quel pied danser. Hassad, l’ex-tout puissant, ne pouvait plus – pour le moment – faire figure de ministre modèle. Mais, heureusement, d’autres titulaires de maroquins n’ont visiblement rien à se reprocher. Qu’importe que la rumeur accuse Aziz Akhannouch ou Moulay Hafid Elalamy, les ministres businessmen qui font notre fierté, d’être empêtrés jusqu’au cou dans d’inextricables conflits d’intérêts qui favoriseraient toutes sortes de délits d’initiés. Pour le moment, le vent souffle de leur côté et cette rumeur ne fait que les effleurer sans les atteindre.

 

LIRE: Le séisme politique accouche d’un champ de ruines

 

Ilyas El Omari, grand manitou du PAM, est lui aussi passé à la trappe. La rumeur s’est abattue sur lui et ne l’a plus lâché. D’où vient son argent ? Comment un homme venu de nulle part a-t-il pu atteindre de tels sommets ? Pourquoi n’a-t-il pas gagné les dernières élections malgré tous les moyens mis en oeuvre ? Tout le monde pose publiquement ces questions mais se garde bien d’essayer d’y répondre. Car c’est le propre des rumeurs qui ne peuvent prospérer que dans l’opacité et le doute. Ainsi El Omari n’est-il plus le joker du pouvoir. Il est devenu une carte parmi d’autres, une carte qu’on rejouera peut-être quand la nouvelle pioche aura été épuisée.

 

C’est aussi ce qui risque d’arriver à Abdelilah Benkirane. Silencieux pendant deux mois, l’homme a mis en scène son retour à la tribune. Et dans le vide ambiant, sa présence est remarquée, sa parole écoutée et son retour désiré. Est-ce suffisant pour un vrai come-back ? Tendons bien l’oreille et la rumeur nous le dira puisque, au pays de la responsabilité et de la reddition des comptes, c’est encore elle qui juge, condamne… et récompense.

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