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« Mes tatouages racontent mon histoire »

La Dépêche | 10 octobre 2017 à 18 h 40 min | Mis à jour 21 mars 2018

Propos recueillis par

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Passionné de tatouage depuis son adolescence, Hamada, un jeune r’bati a décidé d’en recouvrir tout son corps… lui-même. Autour d’un café, il nous a raconté comment cette addiction a commencé, et ce que signifient les motifs qui lui collent à la peau.

 

« Mon premier tatouage, je me le suis fait à 12 ans chez un pote. Un démon sur le torse. Je l’ai fait recouvrir plus tard. À mon retour à la maison, mon père m’a bien engueulé, il était très énervé. Puis ça s’est calmé.

 

© Youssef Roudaby

 

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Une fois, ma mère m’a prié d’arrêter de rajouter des tatouages, parce que c’est haram. Mais bon, il y a des choses beaucoup plus graves qui sont interdites par la religion. Le tatouage est un art pour moi. Je suis croyant, et cela ne m’empêche pas de me faire tatouer ou tatouer les autres.

 

 

Depuis que je suis gosse, j’ai une fascination par les tatouages que je voyais dans les films. Je savais que je voulais m’en faire dès que j’en aurai l’opportunité. Comme j’ai grandi à Casablanca, les gens étaient plus ouverts, donc ça choquait moins… Après, mes parents ont déménagé à Khemisset, c’était donc plus compliqué car les petites villes sont plus conservatrices. J’ai donc décidé de m’installer à Rabat.

 

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C’est un mec de Casa, qui s’appelle Zakaria, qui m’a appris à tatouer et m’a offet ma première machine. J’avais 14 ans lorsque je l’ai rencontré, il avait aimé mes dessins. Un an plus tard, j’expérimentais déjà le tatouage… sur mon propre corps.

 

« Ma peau est un journal intime »

Mes tatouages racontent mon histoire. Ma peau est comme un journal intime pour moi. À chaque fois que je vis quelque chose d’intense, que ce soit positif ou négatif, je ressens le besoin de me faire un tatouage. C’est un moyen de ne pas oublier les histoires importantes de ma vie. Toutes les expériences méritent d’être immortalisées.

 

© Youssef Roudaby

 

Là je suis marié depuis quatre mois. Ma femme était d’ailleurs une cliente. Elle était venue pour un tatouage. Nous avons discuté, puis, nous avons bu un café après la séance. De fils en aiguilles, on a commencé à se fréquenter. Dernièrement, je me suis fait tatouer son portrait sur la cuisse, et je lui ai fait un tatouage de mon visage sur son dos. C’était cool.

 

Avec ma femme, on est bien. Je sais que je n’aurais pas pu être avec une femme conservatrice qui ne comprendrait pas mes choix. Heureusement que je suis bien tombé. Nous sommes tous les deux dans des disciplines artistiques. Moi tatoueur, elle prof de danse. On se complète un peu.

 

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Est-ce qu’il m’est déjà arrivé de regretter un tatouage? Oui, mais bon, rien n’est irréversible. Je l’ai modifié, enfin, je me suis tatoué de nouveau dessus. C’était un auto-portrait avec ma meuf de l’époque. Quand j’avais 18 ans, je suis sorti avec une nana et j’étais très amoureux d’elle. C’est là que j’ai dessiné notre portrait avec la date et l’heure de notre rencontre sur ma jambe. Après cinq ans, ça a capoté, et c’est là que j’ai dessiné une femme morte à côté pour marquer la fin de cette relation.

 

 

« Ma peau est devenue une espèce de brouillon sur lequel j’apprenais »

Aujourd’hui, je n’arrive plus à compter le nombre de tatouages que j’ai. A part celui que j’ai sur l’épaule, et le tout premier démon que je me suis fait à 12 ans, j’ai tout fait moi-même. Dès que j’ai pu me procurer une machine à tatouer, j’ai commencé à expérimenter sur mon propre corps. Ma peau était devenue une espèce de brouillon sur lequel j’apprenais au fur et à mesure. Quand ça n’allait pas, je recouvrais avec un autre tatouage.

 

© Youssef Roudaby

 

Je n’ai jamais vraiment dû faire face à une réaction violente dans la rue. Par contre, des regards bizarres, j’y ai droit quotidiennement. Les gens ne comprennent pas, alors que toute la génération de nos grands-parents était tatouée. Il y en a d’autres qui viennent me parler et trouvent ça cool. D’autres me demandent la signification de mes tatouages.

 

Après, qu’on aime ou qu’on aime pas, je m’en fiche. Je n’ai jamais fait attention à ce que disaient les gens. Ça m’importe peu. Depuis tout jeune, je fais des choses qui me plaisent et tant que je ne fais de mal à personne, je ne vois pas pourquoi je devrais me soucier de l’avis des autres.

 

« On renoue peu à peu avec notre héritage »

Aujourd’hui, je suis gérant d’un spa à Rabat, où je fais également du microblading (technique de maquillage semi-permanent des sourcils à l’aide du tatouage, ndlr). J’ai reçu une formation pour ça. Ça m’a également appris beaucoup de choses sur le tatouage et m’a permis de m’améliorer.

 

 

En plus de mon job au spa, j’ai entre cinq à six clients par mois qui veulent des tatouages. J’ai aussi des clients du spa qui viennent se faire tatouer. Soit je les tatoue chez moi, soit je fais ça à domicile. Mes clients me demandent surtout des citations qui leur tiennent à coeur, des motifs tribaux. C’est ce qui est en vogue en ce moment. Les citations en arabe marchent très bien aussi.

 

© Youssef Roudaby

 

Je sais que ce n’est pas pour tout de suite, parce qu’il faut des moyens pour ça, mais j’aimerais bien ouvrir un studio de tatouage dans l’avenir. Car je ne me vois pas faire autre chose. Les gens en veulent de plus en plus et c’est une véritable passion pour moi. Au Maroc, le tatouage est dans notre culture, et on renoue peu à peu avec cet héritage que nos parents ont décidé de bouder. »

 

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