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Les Syriens unis, le temps d’un match de foot

La Dépêche | 5 septembre 2017 à 12 h 20 min | Mis à jour 5 septembre 2017

Les Syriens unis, le temps d’un match de foot

L’enjeu est sportif: un match de la Syrie contre l’Iran, ce mardi 5 septembre, dans le cadre des qualifications pour le Mondial-2018. Mais c’est surtout la première fois depuis six ans et le début de la guerre que le pays se retrouve derrière une même cause.

 

Les habitants des territoires tenus par la rébellion, ou ceux vivant dans les zones du régime, et même les Kurdes qui aspirent à l'autonomie, rêvent d'une victoire, qui ferait oublier, momentanément au moins, un conflit qui a fait plus de 330.000 morts depuis mars 2011.

 

Syrie vs Iran

 

Dans son petit café du centre de Damas, Ali supervise les derniers préparatifs. Mardi soir il accueillera plus de 500 téléspectateurs ayant réservé pour regarder le match des éliminatoires pour la Coupe du monde, qui verra la Syrie affronter ... l'Iran à Téhéran, grand allié du régime de Bachar al-Assad.

 

 

Une rencontre décisive pour la Syrie, qui a une forte chance de se qualifier et de participer pour la première fois de son histoire à la compétition, organisée à l'été 2018 en Russie.

 

Mais le pays n'a pas son destin entre ses mains. Il faudra gagner ce match et en même temps, espérer que la Corée du Sud perde face à l'Ouzbékistan. "J'ai promis aux clients que si on gagnait, j'allais leur servir des desserts gratuitement", s'enthousiasme Ali.

 

L’équipe de toute la Syrie

 

Comme lui, de nombreux Syriens attendent avec impatience le match, cherchant à oublier le temps d'une soirée les divisions politiques et les difficultés économiques qui minent le pays en guerre. A cause du conflit, l'équipe nationale a d'ailleurs joué ses matchs à domicile en Malaisie. Et les autorités de Damas ont prévu de diffuser le match sur des écrans géants installés sur les places publiques.

 

Même à Hassaké, où la ville est tenue majoritairement par les autonomistes kurdes, les cafés se préparent pour l'événement. Sur le front à Deraa, au sud de la capitale, le soldat Sonnel négocie inlassablement avec ses camarades pour échanger son tour de garde et regarder le match tranquillement. Sans succès.

 

"Si on se qualifie, je suis sûr que le combattant qui est de l'autre côté du front, en face de moi, va entendre ma joie, et peut-être même qu'il va y répondre", poursuit Sonnel, qui s'est acheté des écouteurs pour suivre le match à la radio. "C'est l'équipe de toute la Syrie, la Syrie des opposants et des partisans" au régime, précise-t-il.

 

Et dans les territoires tenus par les rebelles, les habitants espèrent aussi la victoire. Un aveu qui se fait presque à contre-coeur, en raison des antagonismes politiques que l'on n'oublie pas.  "Il est difficile que le football ou qu'une équipe unisse le peuple, après les massacres qui ont eu lieu, les morts et les destructions", poursuit le jeune homme, qui finit par tempérer son propos: "Si on se qualifie, ce sera une victoire pour la Syrie, pas le régime".

 

Wafi al-Bahch, directeur du club de foot de Kafr Batna, localité contrôlée par les rebelles dans la Ghouta orientale, une zone rurale près de Damas, ne veut pas "mélanger le sport et la politique". "Mon rêve, c'est de voir la Syrie qualifiée au Mondial", s'enthousiasme M. al-Bahch. "Cette équipe n'est pas l'équipe d'Assad, mais l'équipe de la Syrie."

 

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