Je suis gosse de riche et je prends des drogues de pauvres

La Dépêche | 14 juillet 2017 à 17 h 00 min | Mis à jour 17 juillet 2017

Propos recueillis par

Je suis gosse de riche et je prends des drogues de pauvres
© Sami Ameur
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Anis, 25 ans, fils des quartiers huppés de Casablanca, nous raconte sa descente aux enfers causée par son addiction au qarqoubi.

J’ai grandi dans la villa familiale située dans un quartier huppé de Casablanca, mais j’ai toujours eu un rejet viscéral de mon milieu, je préférais traîner dans un quartier populaire environnant. Adolescent, je rendais visite à ma tante qui y habite, c’était une excuse pour y rester assez de temps pour me faire des amis.

Les grands du quartier fumaient et prenaient du qarqoubi (psychotrope vendu sous le nom commercial Rivotril, NDLR), et envoyaient les petits leur acheter cigarettes et cachets. C’est parti de là. Les premiers jours je faisais les courses pour eux, et puis un jour j’ai essayé. A 14 ans, je fumais déjà des cigarettes et des joints. A cet âge-là, mes parents m’ont retiré de l’enseignement privé pour me mettre dans le public, et ça a précipité ma descente aux enfers.

Parenthèse à Ketama

A 15 ans, j’étais curieux de savoir comment on fabriquait le shit, alors j’ai fugué et je suis monté à Ketama où je suis resté un an et demi. A cette période, mes parents s’étaient déjà habitués à mes absences pouvant durer plusieurs mois. J’ai travaillé dans la culture du cannabis pour bien connaître le domaine et quand je suis rentré au quartier, j’ai commencé à dealer en quelque sorte, je vendais à mes potes et à leurs potes.

Le roi de la jungle

A 17 ans, je me suis mis à la colle et aux psychotropes. Des fils de personnes haut placées, qu’on ne soupçonnerait pas d’addiction, se posaient avec moi pour sniffer. J’ai commencé à fréquenter des toxicomanes qui m’ont initié au qarqoubi.

Quand j’en prenais, je me sentais surpuissant. Personne ne pouvait me dire quoi que ce soit. Je pouvais dire et faire ce que je voulais sans mauvaise conscience. Je me suis mis à voler et à agresser les gens sans scrupules. J’en ai tellement pris que je ne me rappelle pas de ma vie entre 17 et 20 ans.

Au moment où j’ai commencé à sérieusement perdre le contrôle de ma vie, j’ai pris mes parents à part et je leur ai tout avoué, je leur ai dit que je consommais et vendais des psychotropes, que j’entrais par effraction chez des gens pour les cambrioler et financer mon addiction.

Obligé de partir

A cause des délits que j’ai commis, mes potes et moi étions recherchés par les flics. Au début, je me suis caché à Mohammedia, puis mes parents ont organisé mon départ pour la France où se trouvaient déjà mes deux frères. Nous étions un groupe de six: un a pris deux ans et demi, trois ont pris un an et demi chacun. Le cinquième et moi-même venions de familles assez aisées pour qu’elles puissent demander le nettoyage de nos casiers judiciaires et nous envoyer à l’étranger. Je ne voulais pas partir, je tenais à rester auprès de mes amis et ma famille, mais je n’avais pas le choix.

L’après tebwiqa

Avant de partir définitivement, j’ai suivi une cure de désintoxication. Quand je me suis réveillé de tebwiqa, je me suis rendu compte de tout le mal que j’ai fait, surtout à mes parents.

Je ne les ai jamais touché, mais aujourd’hui encore je culpabilise beaucoup à cause de l’inquiétude que je leur ai causée.

Je regrette tout le temps que je n’ai pas passé avec eux, les cours que j’ai séchés et ma jeunesse que j’ai gaspillée.

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