“La société marocaine connaît une crise des valeurs”

La Dépêche | 24 août 2017 à 13 h 01 min | Mis à jour 24 août 2017

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“La société marocaine connaît une crise des valeurs”
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Membre des conseils de Région et de la Ville de Casablanca, Moncef Belkhayat s’exprime sur l’affaire de l’agression sexuelle d’une fille dans un bus casablancais. Entretien.

 

Qu’avez-vous ressenti, en tant que père de famille au moment où vous avez visionné l’agression de la jeune femme dans un bus à Casablanca?

En voyant ces images, j’ai eu une sensation de dégoût, de frustration, de perplexité. Elles m’ont permis de comprendre que nous avons un problème générationnel, sachant qu’il y a beaucoup de jeunes dans la même situation que la jeune fille, mais aussi dans la situation des enfants qui l’ont agressé.

 

Et en tant que représentant de la population casablancaise?

Je me suis dit que ceci n’est pas normal. Pourquoi aujourd’hui une femme à Casablanca ne peut pas marcher sur le trottoir sans être gênée ? Nous avons besoin de poser ces questions. Comment une femme à Casablanca peut marcher dans la rue en toute liberté ? Cela nous interpelle tous en tant que citoyens.

Nous avons une crise de valeurs au sein de notre société. Ce qui est très grave, c’est qu’on ne comprend pas que le chauffeur de ce bus, qui aurait pu emmener ces enfants directement au commissariat de police, on ne comprend pas les passagers qui sont dans le bus qui ne réagissent pas. Il y a un vrai défi de valeurs, qui concerne toute une génération, et pas seulement une partie de la société. Il y a lieu de se pencher sur ces problèmes de manière générale, pointer la responsabilité de chacun. J’appelle au lancement d’un débat national sur le sujet, à savoir notre système de valeur. Ne faut-il pas rétablir le service civil, le service militaire ? Ne faut-il pas revoir les droits des citoyens et leurs obligations vis-à-vis de la société ? Il nous faut aussi définir quelle instruction civique voulons-nous pour notre société. Tous ces problèmes se posent de manière encore plus sérieuse aujourd’hui. C’est pour cela que nous avons besoin d’un débat national. Ces problèmes ne se limitent pas à Casablanca ou à certains quartiers, ce sont des défis de toute une génération de marocains.

 

Certains pointent la responsabilité de la société de transport dans cette affaire dans le sens où ses bus ne sont pas sécurisés. Les cahiers des charges pouvant être revus, pensez-vous qu’il faille désormais inclure des mesures sécuritaires dans le contrat liant M’dina Bus et la ville de Casa?

Nous étudions les possibilités qui existent pour faire toute la lumière nécessaire sur cet incident, et ce, en fonction des règlements et textes de lois en vigueur. Et en même temps, effectivement, nous considérons clairement qu’il y a un problème grave de sécurité auquel il faut remédier. Nous voulons inciter M’dina Bus à sécuriser l’ensemble des bus mis en service dans ses lignes, avec des contrôleurs sur 100% des bus. Maintenant la rentrée scolaire est pour bientôt, et les transports publics en général devront être plus sécurisés de manière à ce que les habitants puissent les emprunter de la manière la plus sûre possible.

 

Dans quel but avez-vous demandé une convocation des responsables de M’dina bus?

D’abord pour comprendre ce qu’il s’est passé ce jour-là, mais aussi pour voir quels sont les éléments qui sont prévus par la société pour la sécurité des citoyens dans les transports publics, et savoir finalement si cela est conforme au cahier de charge de la concession faite par le conseil de ville de Casablanca à M’dina bus.

 

Vous avez aussi été ministre de la jeunesse, qu’auriez-vous fait si cette affaire s’était produite durant votre mandat?

Vous savez une affaire aussi grave que celle-là va au-delà de ce qui s’est passé dans le bus. Je pense sincèrement que ça reflète une crise nationale d’éthique et de valeurs. Imaginez si ces enfants avaient mangé dans ce bus pendant ramadan. Je suis sûr qu’on aurait eu une mobilisation beaucoup plus forte. Or la non-réaction des gens dans le bus où a été agressée la jeune fille est juste innommable et inacceptable. J’aurais fait ce que je vais faire aujourd’hui, me mobiliser à titre personnel, en tant que responsable politique au RNI et comme membre du conseil de la ville de Casablanca, pour lancer un débat national sur la question, et faire en sorte que les femmes puissent circuler dans Casablanca et toutes les villes en toute liberté et sécurité.

 

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