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Les Rohingyas affluent dans les hôpitaux du Bangladesh

La Dépêche | 9 septembre 2017 à 10 h 37 min | Mis à jour 9 septembre 2017

Les Rohingyas affluent dans les hôpitaux du Bangladesh
©EPA/STRINGER

Torturés et mutilés, les blessés les plus graves parmi les quelques 270.000 réfugiés ayant fui la Birmanie sont évacués au Bangladesh. Reportage dans l'hôpital public de Chittagong, le plus grand du sud du pays.

Sanglé dans son lit, Mohammad Toha ne peut plus bouger: les infirmières bangladaises ont dû attacher le jeune Rohingya, qui se tord de douleur lors de ses phases de réveil, entre deux piqûres de morphine. L'adolescent de 16 ans a été touché en plein visage quand les militaires birmans ont ouvert le feu sur les habitants de son village près de Maungdaw dans le nord-ouest de la Birmanie. "Il a pris une balle juste au-dessus de l'oeil et est gravement blessé. Il souffre énormément", explique son père qui se tient à ses côtés à l'hôpital public de Chittagong, le plus grand du sud du Bangladesh.

C'est ici que sont évacués les blessés les plus graves parmi les quelque 270.000 réfugiés ayant fui la Birmanie.

Des dizaines de villageois tués par balles

Non loin de lui, Bashir Ullah a eu davantage de chance: sa blessure à la jambe est moins grave. "Ils ont commencé à tirer dans tous les sens alors que nous nous sauvions. Je suis tombé et j'ai pris une balle dans la jambe, explique-t-il. J'ai eu de la chance. J'ai été touché par balles mais je n'ai pas perdu beaucoup de sang. Sinon je serais mort bien avant d'arriver à trouver un endroit comme ici". Arrivé il y a une semaine, il assure que des dizaines de villageois ont été tués par des tirs de l'armée birmane alors qu'ils tentaient de fuir.

Des accusations invérifiables

Hossain Jahur, 22 ans, dit lui avoir été "battu et torturé" par des soldats birmans, qui ont forcé les habitants de son village à s'asseoir au sol lors d'un raid en pleine nuit. "J'ai essayé de m'enfuir, mais un soldat m'a jeté un engin explosif dessus. Cela m'a mutilé la main", accuse-t-il en montrant sa main bandée. Des accusations impossibles à vérifier sur le terrain côté birman, l'accès à la zone de conflit étant limité par l'armée. Malgré sa blessure, il a marché jusqu'à la frontière pour fuir. "L'armée birmane veut pousser les Rohingyas à partir (...) pour eux, nous ne sommes que des chiens", affirme-t-il.

Outre les blessures, beaucoup sont tombés malades à force de marcher pendant des jours, sans suffisamment d'eau et de nourriture, dans la boue, sous la pluie. Certains ont été blessés lors de l'explosions de mines au passage de la frontière.

Manque de moyens

Kamal Uddin, un chirurgien de l'hôpital, assure manquer de moyens pour traiter les patients blessés par balles. "Nous avons du mal à offrir le meilleur traitement à ces victimes. Le sort de ceux qui sont gravement blessés est incertain", dit-il. Les organisations humanitaires tirent aussi la sonnette d'alarme par rapport aux besoins de santé. Médecins sans frontières (MSF) évoque "des blessures liées à la violence, des plaies gravement infectées" chez de nombreux réfugiés. L'ONG a annoncé la mise en place d'une deuxième salle d'hospitalisation dans l'une de ses deux cliniques existantes dans la région de Kutupalong, pour faire face à l'augmentation de patients.

Enfin une réaction de la Birmanie

Le Bangladesh a exhorté la Birmanie à endiguer l'exode. Environ 27.000 bouddhistes et hindous ont également fui leurs villages. Ils ont pour la plupart trouvé refuge dans les monastères et les écoles un peu plus au sud de la région.

Les médias officiels ont annoncé la mise en place par le gouvernement birman de camps pour accueillir les musulmans rohingyas déplacés à cause des troubles. Une première depuis le début de la crise il y a 15 jours.

"Les personnes déplacées qui sont actuellement éparpillées pourront recevoir une aide humanitaire et des soins médicaux", organisés par la Croix-Rouge locale, a indiqué ce samedi le quotidien Global New Light of Myanmar.

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