Quand une rencontre sur Tinder vire au cauchemar

La Dépêche | 17 juillet 2017 à 17 h 51 min | Mis à jour 19 juillet 2017

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Quand une rencontre sur Tinder vire au cauchemar
© Sami Ameur
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Lina, Ahmed et Fatima Zahra pensaient passer un bon moment ou peut-être tomber sur l’homme ou la femme de leur vie en surfant sur des sites de rencontres. Mais leurs rendez-vous ont viré au cauchemar. Témoignages entre traumatisme et honte.

Si c’était à refaire, Lina*, jeune Casablancaise de 24 ans, n’aurait jamais installé Tinder sur son smartphone. Un jour d’été 2016, la jeune femme discute sur l’application de rencontres avec un Marocain, et accepte de le rencontrer. “Je me suis mise sur mon 31. J’avais un a priori positif sur Karim. Il m’avait dit qu’il étudiait au Canada. J’ai parcouru ses photos qui donnaient l’impression que c’était un mec de bonne famille", raconte-t-elle. Lina, qui était partante "pour prendre un café" avec cet inconnu ne se doutait pas que son après-midi allait prendre une toute autre tournure.

"Ils avaient l’air cool"

"Au départ, quand on parlait sur Tinder, il était galant et très gentil. Cela m’a naturellement mise en confiance", nous raconte-t-elle, la voix grave. Son match (c’est le nom donné à la personne avec qui elle a discuté sur Tinder) insiste pour venir la chercher en voiture, Lina cède.

 

Sauf que le jeune homme en question n’est pas tout seul, ce qui n'inquiète pas pour autant la jeune femme. "Il y avait un mec sur la banquette arrière. Je ne me suis pas fait de souci parce qu’ils avaient l’air cool et avaient mon âge". Les deux se font la conversation, avant que l’ami de son rencard ne souhaite s’acheter quelque chose à manger. "Il descend prendre un truc au McDo, puis propose qu’on aille chez eux pour aller manger à la maison. Je m’inquiète un peu vu que la maison se trouvait dans un quartier très excentré", raconte-t-elle.

"J’étais à deux doigts de me faire violer"

Une fois à la maison, les choses commencent à déraper. "Il a essayé de m’embrasser de force, j’ai résisté. J’ai mis un bon quart d’heure à le calmer parce qu’il me touchait partout. Après ça, il a commencé à m’insulter, me disant que je devais savoir à quoi m’attendre, vu qu’on s’était rencontrés sur une application dédiée aux plans c... J’ai fini par lui échapper et je me suis enfuie de l’appartement."

 

La suite? Paranoïa et dégoût. "Je voulais juste rencontrer de nouvelles personnes. Je me rends compte que j’étais à deux doigts de me faire violer. Je me sentais humiliée, sale. C’était une expérience très traumatisante. Pendant une bonne période, j’ai supprimé tous les profils des réseaux sociaux et des sites de rencontres parce que j’avais peur."

Les hommes aussi

Hassan*, jeune responsable dans un cabinet d’audit, avait fixé un rendez-vous avec une femme rencontrée sur la même plateforme. "Elle était plus âgée que moi, mais ça ne me posait pas de problème. Lors de notre première rencontre, nous avons bu un café et le courant est passé. Elle cherchait un partenaire sexuel uniquement, et ça m’arrangeait", raconte-t-il.

 

Après une seconde rencontre chez elle, Hassan vit un cauchemar. "Elle m’appelait chaque soir, ça duré plusieurs semaines, se rappelle-t-il. Un jour, elle s’est pointée dans un bar que je fréquentais, elle m’a fait une scène devant tout le monde parce que j’ignorais ses appels. Le personnel de sécurité a fini par la mettre dehors, mais elle m’a quand même attendu à la sortie".

 

Hassan discute une dernière fois avec sa partenaire éphémère, et, ivre, la suit chez elle. "Elle m’avait dit que ce serait la dernière fois et qu’elle me ficherait la paix après. Une fois chez elle, alors qu’on était dans son lit prêts à passer à l’acte, elle me donne plusieurs coups violents à la tête. Elle a également essayé de m’étrangler, j’étais terrorisé". Hassan arrive quand même à prendre ses vêtements et à se sauver.

Tentative de Kidnapping

Fatima Zahra* non plus ne se doutait de rien quand elle a fixé un date en bas de son bureau à la fin de la journée avec un inconnu qu’elle a rencontré sur Tinder. Programme de la soirée? Un verre, pour faire connaissance. Avant de proposer à son rendez-vous de passer la récupérer, la jeune femme fait comme d’habitude: elle se renseigne sur lui. "J’ai rencontré plusieurs mecs sur Tinder, je n’ai jamais eu de problèmes. Normalement, je vérifie leur identité sur Facebook et cherche à avoir un maximum d’informations sur eux.”  Sauf que cette fois, surprise surprise...

Vers 18 heures, la jeune monte dans la voiture de son dernier match, direction le pub le plus proche. Enfin, c’est ce qu’elle pensait. Rien à signaler pendant plusieurs minutes, jusqu’au moment où elle se rend compte qu’elle est en train de se faire kidnapper. "Au départ, je ne faisais pas attention parce que j’étais trop occupée à lui parler. A un moment, je réalise qu’il ne se dirige pas vers le centre-ville comme convenu, mais plutôt vers l’extérieur de la ville".

"Il m’a promis un scandale au bureau si j’en parlais"

Fatima Zahra panique, et c’est là que le jeune homme devient froid et agressif. "Il a commencé à m’insulter et à me traiter de p... J’étais tétanisée, je ne savais pas quoi faire. Il s’est arrêté près d’un terrain vague et m’a contraint à lui faire une fellation". Totalement désarmée, la jeune femme le supplie de la laisser partir, en vain, avant de s’exécuter. "J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Il m’a ensuite menacée en promettant de me faire un scandale au travail si je portais plainte."

 

Porter plainte? Fatima Zahra ne l’a jamais envisagé. Tout comme cela ne lui a jamais traversé l’esprit d’en parler à ses proches. "J’ai mis du temps pour réaliser que j’avais été violée", dit-elle. La trentenaire vivra une période d’isolement qui a duré plusieurs mois. "Je n’arrivais pas à m’en remettre, puisque je me sentais incapable de faire quoi que ce soit. Je ne pouvais pas en parler à ma famille, parce qu’ils m’auraient dit que je l’avais cherché".

"Si j’avais porté plainte, c’est moi qu’ils auraient enfermé"

Comme elle, Ahmed*, 19 ans à l’époque, ignorait que rencontrer un inconnu avec qui il a échangé quelques mots sur Grindr pouvait être dangereux. "J’étais très imprudent à l’époque. Je faisais facilement confiance", reconnaît-il. "J’avais discuté avec un mec qui m’a immédiatement invité chez lui. Je me suis dit pourquoi pas. Il était à Salé, je suis parti de Rabat à sa rencontre. Je ne pensais pas que ça pouvait mal tourner, il avait l’air sympa."

 

Ahmed arrive dans un quartier populaire de la ville voisine de la capitale, en plein après-midi, se dirige vers la localisation que son interlocuteur lui a indiqué, et attend en bas de l’immeuble. "Tout se passe normalement, il me propose un soda, on discute un peu. Très vite, on couche ensemble, tout se passe bien, jusqu’au moment où je m’apprête à partir", raconte-t-il.

 

Le tournant de la soirée a lieu quand la rencontre d’Ahmed lui fait une révélation: "Il m’a dit qu’il était escort et a exigé d’être rémunéré. Sauf qu’il ne m’en avait jamais parlé auparavant. Je ne fréquente pas les escorts. Et puis de toute manière, je n’avais pas d’argent sur moi." Le ton monte très vite, Ahmed essaie de calmer les choses, alors que son partenaire devient plus agressif. "Il a fini par me voler mon téléphone et mon portefeuille, je suis parti en courant", rembobine le jeune homme, pour qui ce rendez-vous avait tout d’un guet-apen.

Les applications de rencontre avertissent...

“Le problème dans ce pays, c’est que l’on ne peut pas porter plainte quand on est victime de ce genre d’agression, si je m’étais dirigé vers le poste de police le plus proche, c’est moi qu’ils auraient enfermé", regrette Ahmed.

 

C’est à cause de plusieurs faits divers de ce genre que les sites de rencontres ont établi une charte d’utilisation qu’ils invitent les utilisateurs à suivre afin de minimiser les risques. Sur le site de rencontres Adopteunmec.com par exemple, le document conseille de ne pas transmettre trop d’informations personnelles, et de rencontrer la personne pour la première fois dans un lieu public. Le site de dating recommande également de prévenir un proche d’une rencontre faite à travers le site. On n’est jamais trop prudent...

 

* Les noms des personnes ayant témoigné dans le cadre de cet article ont été changés à leur demande.

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