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Pourquoi je regrette d’avoir refait ma virginité

La Dépêche | 13 avril 2018 à 18 h 10 min | Mis à jour 5 mai 2018

Propos recueillis par

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Si la virginité chez la future mariée ne revêt plus dans la société marocaine actuelle la valeur sacrée qu’elle avait dans le Maroc d’autrefois, beaucoup de familles traditionnelles continuent à y attacher une grande importance, poussant leur fille ou leur future belle-fille à reconstruire secrètement son hymen pour échapper à une honte certaine. Peu importe le prix, pourvu que le passé s’efface et que l’honneur soit sauf…Yasmine nous raconte son histoire.

 

Avant toute chose, je tiens à conseiller aux filles d’éviter cette pratique. Un mariage qui se base sur un mensonge ne peut pas durer, d’autant plus qu’une femme qui n’a pas la force de s’assumer ne pourra jamais être sereine pour mener une vie de famille saine. Quant aux hommes qui se croient futés en “débusquant une vierge” pour épouse, sachez que déflorer une fille ne confirmera pas votre virilité. Ce sont vos actes de bienveillance et de bravoure qui feront de vous un homme digne de ce nom…

 

 

Premier rapport, première gifle

J’avais 19 ans quand j’ai décidé de faire cette opération. Un choix alimenté par de fortes croyances culturelles et une éducation conservatrice.

J’ai eu ma première relation sexuelle avec pénétration à l’âge de 18 ans, mais je n’ai pas saigné. Hakim, le garçon avec qui j’ai eu ce premier rapport, ne cessait pas de me répéter que je n’étais pas vierge quand je l’ai connu.

 

J’ai beau lui assurer que je n’avais jamais couché avec un homme avant lui, il refusait de me croire, insistant sur le fait qu’une pucelle devait obligatoirement saigner lors de la première pénétration.  

 

Quelques mois plus tard, n’en pouvant plus du harcèlement quasi-quotidien qu’il me faisait subir, j’ai commencé à me demander si je n’avais pas été violée dans mon enfance, une agression que mon inconscient aurait refoulée. J’ai alors décidé d’en parler à ma mère, elle qui m’a élevée et vue grandir détenait peut-être un secret indicible sur les premières années de mon existence…

 

Maman est une femme traditionnelle, néanmoins elle peut faire montre d’une grande ouverture d’esprit quand il le faut. Jusque-là, je n’avais pas eu le courage de lui parler de mon aventure avec Hakim, malgré le fait qu’on partageait tout. Mais la pression devenait intenable, j’avais besoin d’une réponse pour retrouver la paix, aussi dure soit-elle à entendre.

 

Mon récit a perturbé ma mère, mais elle m’a affirmé que je n’avais jamais subi d’attouchements de quiconque étant enfant. Elle a aussitôt pris rendez vous avec un gynécologue pour comprendre l’absence de saignement, en espérant que je sois encore vierge.

 

LIRE: Quand Fatima Zara enlève son voile, c’est la révolution…

 

Une leçon d’anatomie féminine

Je me suis rendue chez le médecin en sa compagnie. Après la consultation, le gynécologue nous a expliqué que les saignements ne survenaient pas forcément au premier rapport. Il arrive même que la fille ne saigne jamais, la forme et la résistance de cette membrane variant d’une femme à l’autre. Il nous a fait comprendre aussi que certains filles naissaient avec un hymen facile à rompre, tandis que d’autres étaient dotées d’un hymen complaisant (élastique) qui se laisse dilater sans se rompre au premier contact. Sans oublier les filles qui naissent dépourvues de cette membrane, ou qui ont un  hymen tellement souple et fin qu’elles ne saignent jamais, ce qui était probablement mon cas.

 

Avec ma mère, on trouvait tout ça un peu injuste. C’est vrai que j’avais eu des rapports sexuels avec Hakim, mais même si je n’avais jamais couché avec un homme auparavant, comment aurais-je pu prouver ma virginité à celui-ci qui voudrait m’épouser ?  

 

Ma mère m’a demandé de garder mon calme en attendant de trouver une solution.

 

J’ai donc été voir Hakim pour lui rapporter les explications du médecin, afin de lui prouver que je ne mentais pas, qu’il était l’unique et le premier et qu’il pouvait venir demander ma main. Il en a ri et traité ma mère de “dégénérée” d’avoir “avalé ces sornettes sans broncher”. Il a ensuite juré qu’il n’épousera jamais une fille qui n’a pas su préserver son honneur, concluant sur un ton méprisant:

 “C’est peut être vrai ce que tu racontes, mais si tu m’as laissé te dépuceler, c’est que tu aurais laissé n’importe quel autre le faire. Tu es impure, ce côté en toi ne convient pas à mes valeurs

 

Passé le choc de la rupture, je me sentais souillée et idiote, culpabilisant de ne pas avoir su garder le contrôle de mon corps et de mes pulsions.

 

 

Créer un hymen pour sauver l’honneur

Trois mois après, un ami de la famille âgé de 42 ans s’est présenté pour demander ma main. Cet événement inattendu m’a chamboulée, je ne savais pas comment remédier au problème qui avait conduit à ma rupture avec Hakim.

 

On a fêté nos fiançailles en attendant la cérémonie de mariage, prévue trois mois plus tard. J’ai de nouveau aborder le sujet avec ma mère. L’heure était venue d’expliquer à mon futur époux mon absence d’hymen, sans évoquer bien-sûr “l’épisode Hakim”.

 

Maman passait ses journées sur internet à éplucher les témoignages de filles ayant la même particularité anatomique que la mienne, dans le but de donner une version crédible à Nabil*, mon fiancé. Elle tombe alors par hasard sur le récit d’une Marocaine vivant en France qui évoque son opération de reconstruction de l’hymen. Elle la contacte aussitôt, et la jeune femme ne tarde pas à lui répondre, lui envoyant le contact d’un gynécologue sur Casablanca susceptible de faire l’opération.

 

 

On a pris rendez-vous et avant d’entrer voir le gynécologue, on a essayé de se renseigner sur les tarifs auprès de la secrétaire. Celle-ci nous a affirmé qu’il n’y avait pas de prix fixe et que chaque cas se traitait de façon isolée.

 

Après avoir discuté avec le médecin, l’espoir nous est revenu. Il nous a proposé deux types d’opération, l’une provisoire à 3000 dirhams qu’il pouvait réaliser lui-même dans son cabinet, et l’autre définitive, dont le prix variait entre 8000 et 10 000 Dhs mais qui se faisait chez un chirurgien esthétique.

 

Après trois jours de réflexion, on a opté pour l’intervention la moins chère, afin de ne pas mettre la puce à l’oreille de mon père en dépensant une somme trop grande, mes parents ayant un seul compte bancaire commun.

J’ai pris rendez-vous pour l’opération trois jours avant la cérémonie de mariage. On m’a mise sous anesthésie locale, le médecin m’a alors expliqué qu’il allait coudre mon hymen avec un fil résorbable qui s’élimine automatiquement après quelques jours. Une fois l’intervention achevée, le docteur me recommande de ne pas faire beaucoup d’efforts physiques afin de ne pas défaire les sutures.

 

 

Une bien étrange nuit de noces…

Lors de la petite fête intime organisée pour mon mariage, mes cousines m’ont obligée à danser sur du chaâbi. En me déhanchant, j’avais l’impression de sentir les points de suture se dégrafer. J’étais terrifiée et le sourire radieux de mon père me mettait encore plus mal à l’aise. Je craignais tellement de le décevoir…

 

Une fois la cérémonie terminée, sur le chemin de l’hôtel où nous devions passer notre nuit de noces, je sentais mon coeur s’affoler dans ma poitrine, frisant l’arrêt cardiaque.

 

Dans la chambre, au moment du passage à l’acte, ma respiration se fait très saccadée, j’ai du mal à cacher mon affolement. Nabil essaie de me détendre:“ Tout va bien se passer”, me dit-il d’un air calme et détaché. Une fois l’épreuve passée, il va prendre sa douche sans piper mot.

 

Sur le coup, j’ignore ce qu’il a en tête.

Je me lève pour vérifier s’il y a des gouttes de sang sur le drap, mais rien, juste un peu sur mes parties intimes. J’en étale sur le drap, je ne sais pas si c’est suffisant.

 

Je m’allonge de nouveau sur le lit. Dès qu’il sort de la salle de bain, je me lève et lui dis: “On doit changer les draps, il y a du sang partout!”.  Il me rétorque que ça ne le dérange pas et qu’on les changera demain. Je vais dans la salle de bain à mon tour, je suis anxieuse, je ne sais plus quoi penser. Je reviens dans le lit, Nabil somnole déjà alors que je ne ferme pas l’oeil de la nuit…

 

Très tôt le matin, ma mère m’appelle. Je ne sais pas quoi lui dire, je ne sais pas non plus ce que pense mon tout nouveau mari. Elle demande à lui parler, il la réconforte, un grand sourire aux lèvres: “Yasmine, c’est mon joyau, elle ne manquera jamais de rien avec moi”. Il ne se doute donc de rien, quel soulagement !

 

On a passé six mois ensemble, jusqu’à ce que je découvre la double face de Nabil, qui s’est avéré un menteur et un manipulateur hors pair. J’ai ainsi appris qu’il avait une amante depuis plusieurs années et qu’il comptait prochainement la prendre comme deuxième épouse.

Une fois le pot aux roses découvert, j’exige des explications. C’est alors qu’il m’assène qu’il savait que je n’étais pas vierge avant notre mariage. Je nie et jure qu’il n’est pas encore né celui qui m’imposera la polygamie. Le ton monte.

Il me menace: “On peut divorcer si tu y tiens, mais tu renonces à tout. Tu n’exiges pas un centime de moi, sinon je dirai à ton père que sa fille respectable n’est qu’une grosse salope!

 

On a divorcé, j’ai sombré dans une longue déprime. Je m’en voulais de m’être réduite à une ridicule membrane, que la nature elle-même jugeait négligeable au point de me faire naître sans. Dorénavant, la vérité sera mon credo…

 

LIRE: Mon calvaire de mère célibataire au Maroc…

 

Le prix de la vérité

Pendant les deux ans qui ont suivi mon divorce, j’ai connu trois hommes qui sont tous venus demander ma main au bout de quelques semaines. Sauf que j’étais déterminée à commencer ma nouvelle vie conjugale sur des bases solides et saines, où le mensonge et les faux-semblants n’auraient pas leur place. Or tous m’ont quittée lorsque je leur ai raconté mon histoire.

 

Aucun d’eux n’a accepté que mon ex-mari ne soit pas le premier homme dans ma vie. Le dernier m’a carrément battue jusqu’au sang lorsque je lui ai appris la vérité. Il m’a traitée de tous les noms avant de m’agresser et de s’évaporer dans la nature.

J’avais perdu espoir en l’amour.Et je commençais à trouver que le prix à payer pour ne pas vivre avec le terrible sentiment de trahir son compagnon était bien trop cher.

Les femmes de mon entourage ne cessaient de me répéter le même adage : “Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire Yasmine”. Mais je refusais de subir le même sort encore une fois, je ne voulais pas avoir à composer indéfiniment avec cette angoisse sourde. Convaincue qu’aucun homme ne préférait la vérité au mensonge, j’ai pris la décision de ne plus me remarier…  

 

Mais le destin en a décidé autrement, et mon honnêteté a fini par payer. Lors de vacances au Moyen-Orient, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il sortait lui aussi d’un divorce douloureux. C’était un homme très croyant et moderne à la fois, aussi humble qu’instruit. Tout comme moi, il avait développé une allergie à l’hypocrisie sous toutes ses formes et cherchait une femme qui ne jugerait pas son passé. Car, disait-il, après tout, “c’est notre passé qui fait de nous les personnes bonnes ou mauvaises que nous sommes”.

 

Ensemble, nous avons réparé nos blessures respectives et entamé une nouvelle page de notre existence faite d’amour et de respect mutuel. Aujourd’hui, je suis une épouse comblée et maman de deux enfants magnifiques.

 

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