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"La réforme du champ religieux au Maroc n'a pas eu lieu"

La Dépêche | 20 août 2017 à 17 h 11 min | Mis à jour 20 août 2017

Propos recueillis par

Cette semaine, des attentats en Espagne et en Finlande ont fait plusieurs morts et une centaine de blessés. Leur point commun? Ils ont été perpétrés par de jeunes Marocains. Quelle lecture en faire? L’analyse du politologue Hassan Aourid, auteur de L’impasse de l’islamisme.

 

L'ensemble des attentats en Espagne et en Finlande ont été perpétrés par des Marocains et revendiqués par Daech. Selon vous, comment expliquer l'omniprésence des Marocains dans ces attaques?

Cela interpelle les politiques de l’Etat sur la restructuration du champ religieux. Cela prouve que la réforme, qui avait pour but de moderniser les musulmans, et donc les Marocains, n’a pas eu lieu. Même si le moment est tragique, il est fondamental aussi de se pencher sur les politiques d’intégration, qui ont échoué aussi. Chaque être humain a une culture, et il faut voir si elle est compatible avec le pays d’accueil. Sinon, nous aurons des problèmes de rejet, de violence et d’extrémisme, comme c’est le cas aujourd’hui.

Les services de renseignements des pays attaqués vous semblent-ils impuissants face à la menace terroriste, qui semble pouvoir frapper à tout moment?

Le terrorisme est un phénomène mutant. Dans ce sens, il a développé d’autres armes. Aujourd’hui, les terroristes n’ont plus besoin d’explosifs, ils utilisent des voitures. Par conséquent, la réplique devrait elle aussi faire preuve d’intelligence. Il faut travailler sur l’être humain. Et cela passe notamment par un filtre d’intégration.

Les terroristes avaient entre 17 et 20 ans. Est-ce que leur âge est un facteur qui a facilité leur radicalisation?

Incontestablement. Le recrutement des terroristes sur Internet est très courant chez Daech. Et ils ciblent souvent des personnes vulnérables: des jeunes, des immigrés et des repris de justice. À cet âge-là, on est plutôt facile à convaincre, surtout quand il y a une faiblesse psychologique qui rend les proies faciles.

Le Maroc est épargné depuis plusieurs années. Est-ce dû selon vous à l'efficacité de notre système sécuritaire?

Les autorités font certainement preuve de vigilance, mais le problème de la violence extrémiste est plus complexe. Il ne peut être réduit à l’approche sécuritaire. Personne n’est à l’abri de ce genre de violences. Nous le vivons dans le cadre d’un phénomène planétaire et globalisé.  L’approche sécuritaire est donc insuffisante. Il est impératif de se pencher sur les problèmes d’éducation, et de le faire en concert avec nos amis les Occidentaux.

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