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Polygamie: J’ai épousé un homme marié sans le savoir

La Dépêche | 5 janvier 2018 à 16 h 03 min | Mis à jour 21 mars 2018

Propos recueillis par

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Au Maroc, on compte encore plusieurs milliers de cas de polygamie chaque année, alors que la Moudawana tente d’en réduire la pratique. Sans le savoir, Sophia, 21 ans, a convolé en « justes » noces avec Ayoub, un homme déjà marié, amoureux et pieux sur le papier, qui a réussi à tromper sa vigilance et l’administration. Retour sur une love story qui a viré au cauchemar.

 

 

Je m’en rappelle comme si c’était hier: ce soir-là, mon téléphone sonne, le nom de mon mari s’affiche, je décroche, croyant lui parler. Mais c’est une femme à l’autre bout du fil. Sur le coup, je ne comprends pas ce qui se passe, je suis paniquée. Mon interlocutrice est agressive, elle me lance d’emblée: « Tu vas tout de suite me dire qui tu es et pourquoi tu appelles mon mari ».

 

Elle ne tarde pas à m’insulter, à me traiter de tous les noms, en proférant des insultes que la bienséance m’interdit ici de vous répéter. Je stresse, je perds mes mots, et je finis par me taire. Je me tais pour bien entendre ce qu’elle a à dire. Rapidement, je réalise qu’elle sait que mon mari mène une double-vie, qu’il l’a dupée, tout comme il m’a dupée.

 

Elle a fini par découvrir le pot au rose, en remarquant mes appels répétés sur son téléphone. Jusque-là, elle ignorait mon existence, tout comme j’ai ignoré la sienne pendant longtemps…

 

Lire: J’ai été maîtresse d’un homme en couple sans le savoir.

 

Double-vie…

Je fais de mon mieux pour garder mon calme, mais je finis par exploser quand j’entends mon mari parler à côté, qui ne fait rien pour me défendre ni pour la raisonner. Je lui dis : « A lalla, si c’est ton mari, c’est aussi le mien », et je raccroche. Elle essaye de rappeler à plusieurs reprises mais je ne décroche pas j’ai préféré temporiser, prendre conseil auprès de ma mère.

 

Comment j’ai connu Ayoub? À travers un ami. Il était sérieux, du moins en apparence, gentil, mais surtout très pieux. Dès le premier jour où il m’a vue, il m’a dit qu’il voulait se marier, qu’il n’était pas là pour jouer.

Cela m’a plu. J’étais une jeune étudiante de 21 ans, un peu naïve, je croyais encore au prince charmant.

Très vite, il m’a imposé le voile, du moins, il m’a expliqué que c’était une condition sine qua non pour que notre relation continue. J’ai accepté, et une semaine plus tard, il est parti demander ma main…

 

« Fêter le mariage, c’est Haram »

En arrivant chez mes parents, il n’était accompagné que de son ami. Il a justifié cela par le fait que son père était décédé et que sa mère était malade. Mon père a accepté de lui donner ma main. D’emblée, Ayoub a annoncé la couleur, expliquant qu’il ne voulait pas de fête de mariage, car selon lui, c’était Haram. Cela faisait-il partie de son stratagème? Je l’ignore. Souhaitait-il faire un mariage à moindres frais? Ou alors rester discret. Mystère. Toujours est-il que mon père n’a rien trouvé à redire à cela.

 

Quelques jours plus tard, nous nous sommes rendus chez l’adoul. Sa mère n’était toujours pas là, mais son ami, ou complice, c’est selon, était présent. C’est là que nous avons scellé notre union.

 

Les hôtels comme nid d’amour

Depuis le début, Ayoub était clair. Il n’avait pas les moyens de m’offrir un toit. J’ai accepté là aussi, et nous avons décidé de vivre séparés, le temps que nos situations respectives s’améliorent. J’ai vécu chez mes parents, lui chez les siens. Ayoub est commerçant. Il était donc amené à beaucoup voyager. Du coup, pour passer plus de temps avec lui, je le suivais dans ses déplacements, et presque chaque week-end, je l’accompagnais.

On partageait nos nuits dans des chambres d’hôtel un peu cheap.

Le dimanche soir, il me déposait chez mes parents, et il rentrait chez lui. Enfin, ça, c’est la version officielle, car je pense qu’il rejoignait sa première épouse.

 

Rythme de vie suspect 

Après les deux premiers mois, je commençais à avoir les premiers soupçons. Je ne me trouvais pas de place dans sa vie,  c’était devenu lourd pour moi d’accepter cette relation et je trouvais son comportement suspect. Pourquoi ne me proposait-il jamais d’aller dormir chez ses parents? Pourquoi restait-il parfois plusieurs jours sans m’appeler et sans répondre à son téléphone? Je m’en suis ouvert à lui, on a parlé, et il a été franc.

Sans me ménager, il m’avoue avoir une autre femme et des enfants.

Il m’assure que dans son cœur, je suis la seule et unique femme qu’il aime. Que j’ai beau être sa seconde épouse, je reste sa préférée.

 

Puis, il fond en larme, me supplie de lui laisser le temps d’arranger les choses. Quand on est jeune, amoureuse, perdue, on ne prend pas forcément les bonnes décisions. Une fois de plus, j’accepte, mais lui impose de m’offrir un cadre de vie digne, à savoir une maison, et de prendre en charge le foyer.

 

Impasse…

Une fois encore, j’ai été bernée. Mon mari a fini par se ranger du côté de sa première épouse, qui continue à m’appeler fréquemment pour m’arroser d’insultes ou pour me menacer. De son côté, lui, ne fait rien, ne bronche pas, préférant « rester neutre » me dit-il. Je pense qu’il s’agissait plutôt de lâcheté. J’ai l’impression d’être devenue une étrangère à ses yeux.

 

La situation dure plusieurs semaines. Je n’en dors plus, je ne mange plus, je perds plusieurs kilos, je sens que je glisse petit à petit vers la dépression… Je finis par me ressaisir, et je décide, pour une fois de prendre les devants et de ne plus subir. Car au fond de moi, j’étais convaincue qu’il préférerait toujours sa première épouse, celle qui était là avant moi, celle qu’il semble craindre, faute de la respecter, celle que sa famille connaît, celle avec qui il vit, celle avec qui il a eu des enfants…

 

 

Lire: Mariée par la Fatiha, je me suis retrouvée à la rue

 

Une mafia derrière mon mariage

Je lui propose un divorce à l’amiable, car même si je lui en voulais beaucoup, je souhaitais tourner la page au plus vite. Lui ne veut tout simplement pas divorcer. Il pense pouvoir me garder auprès de lui, me dis-je, ne me doutant pas que la situation était encore plus grave que ce que je pensais. Je consulte mon avocat, pour me renseigner sur la procédure de divorce par « discorde ».

Mon avocat, à qui je déroule l’histoire, est très surpris du fil des événements. « Comment cet homme a bien pu se remarier sans l’autorisation de sa première épouse? », me lance-t-il.

Il m’apprend alors que pour contourner la loi, qui interdit à un homme de se marier sans l’autorisation de sa première épouse, certains parviennent à se procurer illégalement des certificats de célibat en graissant la patte à qui il faut. Pour obtenir ce document administratif qui permet ensuite d’avoir une autorisation de mariage auprès du tribunal, cela coûte environ 10.000 dhs selon mon avocat.

 

 

Tourner la page

Une fois chez l’adoul, il donne encore un petit bakchich: sur le document de mariage, ma situation matrimoniale, à savoir célibataire, était clairement mentionnée, tandis que pour lui, ils n’ont rien écrit, de sorte qu’on ne puisse pas prouver qu’il a été déclaré célibataire.

De même qu’ils n’ont pas mentionné l’adresse de sa carte d’identité sur  le document, histoire de brouiller les pistes.

Pendant quelques jours, j’ai envisagé de porter plainte, pour dénoncer ce que j’avais subi. J’ai fini par abandonner cette option, car je suis consciente qu’il connait beaucoup de monde, et qu’au même titre qu’il a réussi à se marier à mon insu et à tromper la loi, il parviendra à s’en sortir une nouvelle fois et à duper la Justice, tandis que moi, j’étais toute seule dans ma galère.

 

Devant les juges, j’ai eu l’agréable surprise d’être écoutée, j’ai l’impression qu’ils ont compris que je voulais tourner la page au plus vite et que je n’attendais plus rien de mon futur ex-mari. D’ailleurs, la procédure n’a pas trainé, et j’ai obtenu le divorce moins d’un mois après la demande.

 

 

Lire: Quand Fatima Zahra enlève son voile, c’est la révolution…

 

Rejet familial

Divorcée après quelques mois de mariage seulement, j’ai subi les regards des autres, leurs chuchotements et leurs jugements gratuits, bêtes et méchants. Même mon père s’était opposé à mon divorce, il n’y avait que ma mère pour me soutenir dans ce que je voulais. Je fais partie d’une famille conservatrice qui considère que le divorce est la pire chose qui puisse arriver à et une femme, qu’une femme doit savoir être patiente et encaisser pour remplir son rôle. Ils considéraient également que mon ex-mari n’avait rien fait de mal et que la religion lui permet cela.

Au final, j’étais considérée comme fautive, ce que je vivais comme une terrible injustice…

Ce que je pense de la polygamie? À la base, je n’avais rien contre cette pratique. Ce que j’en pense aujourd’hui, c’est que les religieux et les riches adorent la polygamie: les uns estiment que c’est un droit légitime et les autres sont convaincus que le mariage ne repose que sur leur capacité à gérer financièrement plusieurs têtes. Mais au final, la motivation qu’il y a derrière, c’est de pouvoir avoir plusieurs partenaires, de se faire plaisir, c’est tout. Et pour y parvenir, certains trahissent l’esprit des textes, d’autres ne respectent pas la loi…

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