fbpx
Publicité Publicité Publicité
Publicité
Publicité

Plus Cro-Magnon que Marocains

La Dépêche | 10 juin 2017 à 17 h 27 min | Mis à jour 21 mars 2018

Par

Publicité

Ma première expérience avec le darwinisme fût au collège. Le surnom de l’une des surveillantes — lente et un peu bête, aux arcades saillantes et aux lèvres épaisses — était “al insan al qadim”, littéralement l’humain ancien.

Puis, comme l’écrasante majorité des Marocains, j’ai gardé de la théorie de l’évolution cette idée scandaleuse selon laquelle les ancêtres des humains étaient des singes, sans chercher à comprendre comment cela pouvait être possible.

Aujourd’hui, j’ai honte d’avoir viscéralement cru que nous sommes fait de la même substance que les tajines et les bols de harira.

Au-delà de l’élan patriotique accompagnant chaque annonce de “nous sommes les premiers dans quelque chose”, voir les Marocains s’intéresser à la théorie de l’évolution fait chaud au coeur. Oui, même quand c’est Cheikhsar qui affirme ironiquement qu’en l’espace de 300.000 ans, “un cafard peut évoluer en crocodile et un singe en humain”.

Ça ne marche pas vraiment comme ça, restons donc sur la nationalité mesfioui du premier humain jamais déterré et soyons-en fiers même si au fond nous y sommes pour rien.

N’en déplaise aux détracteurs de la théorie de l’évolution, plusieurs de nos sports nationaux puisent leurs racines dans la préhistoire. Par exemple, le tberguig, qu’on déteste adorer, a permis l’émergence de sociétés complexes à travers le langage. Selon Nicholas Emler, auteur d’une étude sur la pratique, ce sport national est “essentiel” car il nous permet de collecter des informations sur des personnes que nous n’avons pas encore rencontrées.

Le Tberguig, résume-t-il, “c’est ce qui nous différencie des autres animaux”.

La hchouma, quant à elle, était essentielle il y a 100.000 ans. Dans une époque où il n’y avait ni nations, ni forces de l’ordre, ni sécurité sociale, ni épargne ou supermarchés, avoir une bonne réputation était une question de vie ou de mort. Pour que les membres d’une communauté traitent bien un individu — en le nourrissant, le protégeant des prédateurs et contribuant à l’éducation de sa progéniture —, il fallait qu’il leur montre patte blanche, qu’il les rassure sur sa santé physique, son intégrité et sa sociabilité. La hchouma est ce truc qui nous pousse à cacher des choses sur nous-même pour éviter le rejet de notre communauté, et qui est utilisé par cette dernière contre nous quand elle juge que nous menaçons l’ordre établi. Cela explique pourquoi certains décès nous surprennent alors qu’ils sont l’issue d’une longue bataille contre une maladie cachée, ou pourquoi on a du mal à raconter ses déboires avec la justice.

Si maintenant on sait que l’espèce humaine est plus vieille que nous le pensions, beaucoup de nos comportements, que nous croyons maroco-marocains, ne datent pas d’hier non plus.

Abonnez-vous à notre newsletter

Restez informé ! Dès maintenant et en quelques clics, inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter et recevez en exclusivité nos derniers articles.