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Une petite histoire de l'Aïd El Kebir du temps de Hassan II

La Dépêche | 2 septembre 2017 à 9 h 57 min | Mis à jour 7 octobre 2017

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Une petite histoire de l'Aïd El Kebir du temps de Hassan II
© Sami Ameur

Quand, en 1996, Hassan II décide d’annuler l’Aid El Kebir, les Marocains, bon gré mal gré, obtempèrent mais sont aussitôt pris d’une frénésie acheteuse.

 

Leur cible: autant de viandes que possible. Très vite, les abattoirs de Casablanca deviennent le théâtre d’une formidable hystérie populaire. Suite au discours royal, une police des prix est vite mobilisée en vue de contrôler l’adéquation de l’offre et de la demande.

 

Puisque la pénurie ne menace plus, très rapidement, le kilo de viande ovine passe de 80 à 54 dirhams. Les abattages, à l’arrêt pendant plusieurs semaines, augmentent de 83 % entre le lundi 26 mars et le mardi 2 avril. La demande, elle, explose dans des proportions bien plus importantes.

 

 

Du coup, certaines fringales demeurent inassouvies. Beaucoup doivent attendre plus de 16 heures pour se procurer deux gigots et quelques abats. L’engouement est tel que des spéculateurs peu vertueux, s’improvisent détaillants en viandes.

 

Ayant créé une bulle en accumulant de substantiels stocks de bétail dans l’optique de doper les prix, les "channaka" n’ont d’autre choix que d’abattre leur cheptel pour ensuite l’écouler sur le marché noir. Dans les sinuosités des vieilles médinas, des étals de fortune fleurissent. Rognons, jarrets, colliers, rumsteck, sont bradés à la va-vite.

 

Le pavé irrégulier des ruelles ruisselle d’une fine rivière d’hémoglobine tandis qu’en campagne, nombreuses sont les familles qui sacrifient chèvres, vaches et tout ruminant propre à la consommation. Il faut noter, afin de jauger le degré de motivation de nos compatriotes, qu’au même moment, l’Europe est en pleine crise de vache folle.

 

La psychose, mondiale n’épargne pas le royaume. Peu importe, rien ne résiste à la frénésie de la fête. De la viande dans les tagines, il flottera. Résultat des courses: bien que reposant sur un système D forcé, l’Aïd El Kebir eut quand même lieu.

 

Sur le plan du symbole, 1996 entrera dans les annales comme étant l’année où Hassan II annula l’Aïd, ce rituel islamique coulé dans le marbre. Comme bien souvent, l’histoire ne retenant que l’écume des choses, on met l’emphase sur le caractère choc, l’audace, voire la témérité de la décision royale.

 

En réalité, le choix de Hassan II a permis d’éviter une crise alimentaire à nulle autre pareille. Empêtré dans les affres de la récession depuis deux ans, le Maroc, finira l’année sur une note positive. Il plut abondamment vers le mois de novembre et par conséquent, la croissance reprit de plus belle. 11 % à l’issue de 1996. Deux moralités, un petit sacrifice en vaut bien un grand! Et parfois, il est utile de savoir prendre le mouton par les cornes.

 

Aïd moubarak said à tous.

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