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Festival de Salé: Un invité qui dérange

La Dépêche | 29 septembre 2017 à 19 h 07 min | Mis à jour 21 mars 2018

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Deux semaines après la polémique provoquée par la participation de la chanteuse israélienne Noam Vazana au festival Tanjazz, le même scénario se répète au Festival international du film des femmes de Salé, auquel participe l’artiste israélienne Simone Bitton.

 

Le Groupe national pour le soutien de la Palestine, association basée au Maroc, opposée farouchement à toute relation avec l’État hébreu, s’est fendue d’un communiqué critiquant l’invitation de la cinéaste israélienne d’origine marocaine au Festival, qui se prolonge jusqu’au 30 septembre, et qui honore les professionnelles du cinéma dans la région.

« Encore une fois, les serviteurs de la normalisation au Maroc insistent pour provoquer les sentiments du peuple marocain et ses positions à l’égard de l’entité sioniste en accueillant ses représentants et détenteurs de nationalité (…) lors de différentes célébrations », peut-on lire dans un communiqué daté du 29 septembre, soit quelques heures après la tenue de la master class de Simone Bitton, animée par le journaliste Reda Benjelloun, officiant à 2M.

Simone Bitton est « présentée comme étant maroco-israélienne dans une tentative apparente de falsifier l’histoire et justifier la normalisation (…), tout en la qualifiant de ‘militante pour la cause palestinienne’ par l’un des présentateurs de programmes sur 2M (Reda Benjelloun, ndlr) », accuse le communiqué du Groupe national pour le soutien de la Palestine.

 

« Il faut construire des ponts entre les hommes, pas des murs »

Dans les faits, la réalisatrice israélienne Simone Bitton est bien marocaine. Née à Rabat, elle s’exile avec sa famille à 11 ans, en 1966, en Israël. Un exil qu’elle ne comprendra jamais, selon ses propos rapportés dans un portrait que le quotidien français Libération lui a consacré en octobre 2004, à l’occasion de la sortie de son premier long-métrage, « Le mur ».

 

Et si Simone Bitton est présentée comme une « militante pour la cause palestinienne » par les organisateurs du festival, c’est qu’elle l’est véritablement. La cinéaste israélienne a dédié une bonne partie de son oeuvre à critiquer les décisions de l’État hébreu. D’ailleurs, son premier film, « Le mur », s’oppose fermement à l’érection de la barrière de séparation israélienne. « Le gouvernement Sharon, qui associe illuminés religieux et racistes d’extrême droite, n’a rien compris à l’Histoire. Il faut construire des ponts entre les hommes, pas des murs », disait-elle à Libération au lendemain de la sortie de son film.

 

« Elle a un passeport israélien, et alors? »

Contacté par La Dépêche, le directeur du Festival international du film des femmes de Salé Abdellatif Laassadi se dit « exaspéré » par cette polémique. « Qu’ils disent ce que bon leur semble. En tant que festival, nous avons fait le choix artistique de l’inviter, c’est notre droit. C’est une juive Marocaine née à Rabat. Elle a un passeport israélien, et alors? Elle n’est pas sioniste. Ça s’arrête là », tranche-t-il. « Ceux qui provoquent ces polémiques ne sont ni plus ni moins que des extrémistes. »

 

Et alors que sa master class du jeudi s’est passée sans incidents, la cinéaste Simone Bitton participera à un « dialogue de cinéastes » avec Hicham Lasri samedi 30 septembre à l’hôtel Farah à Rabat. Le cinéaste est également « choqué » par les réactions négatives que suscite la participation de la cinéaste israélienne à un festival marocain.

 

Une polémique « complètement stérile »

« Nous vivons au rythme de la dénonciation depuis quelques années. C’est juste dévitalisant pour la nation, fatigant pour tout le monde et complètement stérile », estime le réalisateur de « C’est eux les chiens ». Celui qui a déjà projeté ses films en Israël comme en Palestine se dit fermement opposé au boycott culturel de l’État hébreu.

« Ce n’est pas en s’enfermant que l’on va trouver une solution, mais en s’ouvrant aux autres et en dialoguant. Je pense qu’il faut communiquer, et la communication passe aussi par la musique, le cinéma et l’art de manière général », nous dit-il. « Une partie de notre identité est juive aussi, il ne faut pas qu’on l’enterre sous prétexte que celle-ci ne doit pas exister ou que c’est de la normalisation. »

 

Pour rappel, la cinéaste Simone Bitton est la seule cinéaste à avoir réalisé un film sur le poète palestinien, figure de la résistance, Mahmoud Darwich. « C’était quand même pas mal, pour une Israélienne, de tirer le portrait du poète national palestinien. Je n’ai peut-être pas assez remercié Mahmoud de m’avoir accordé sa confiance pour le seul film jamais réalisé sur lui… », racontait-elle il y a treize ans dans les colonnes de Libération.

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