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Parlez-moi d’amour

La Dépêche | 9 juillet 2018 à 11 h 44 min | Mis à jour 9 juillet 2018

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Je vais vous dire une chose qui va faire du bien à beaucoup d’entre vous. En fait, je ne suis pas marocaine. Rien à voir avec les Marocains, ce que je suis. Rien à voir avec Rabat, Salé, Casablanca, Fès, Marrakech, Meknès, Tanger, Tétouan, tout le reste du Maroc, ce que je vais écrire là.

En fait, je viens d’un tout autre lieu. Je suis née dans un pays très lointain, le Bas-Rock. Je suis originaire de Sale Cré, une ville où il y a beaucoup de saints enterrés dans des sanctuaires. Ce qui fait que je suis une sale crétine, eh oui, car les habitants de ma ville sont les Sales Crétins et les Sales Crétines.

Le Bas-Rock est un magnifique pays. Je suis très contente d’être une vraie sale crétine, ce sont des habitants supérieurement considérés au Bas-Rock. Et puis, surtout, Sale Cré est une très belle ville, bordée par un fleuve qui se jette dans un océan. Il y a quelques siècles, parce qu’ils s’ennuyaient un peu à l’intérieur de leurs remparts, les Sales Crétins avaient eu une super idée : sortir du fleuve par son embouchure, s’aventurer en mer et aller capturer des bateaux qui osaient passer par là, pour emprisonner leur équipage (et accessoirement confisquer la marchandise, ils allaient se gêner).

 

Ladouce vous hurle dessus

 

Hein ? Comment ? Qu’est-ce que vous dites ? En tant que Ladouce, car c’est là mon nom de famille, je ne suis pas une vraie sale crétine ? Et pourquoi donc ? Parce que le premier Ladouce n’est arrivé à Sale Cré qu’au XIXe siècle ? Et qu’en tant que derniers arrivés, nous ne pouvons prétendre réellement au titre de vrais Sales Crétins et vraies Sales Crétines, installés là depuis des siècles ?

Je suis une vraie sale crétine. Je peux aussi vous le hurler, si vous voulez, ça, je sais très bien faire. Puisque mon ancêtre est venu s’installer à Sale Cré depuis la région de la Faille du Rift, je peux vous garantir que nous savons encore très bien hurler, nous tous, ses descendants. Et si vous n’êtes pas contents, vous pouvez aller vous rhabiller. Ça vous va ? Voilà, ils sont redevenus gentils, je suis une vraie Ladouce, une vraie sale crétine, et je suis ravie de les avoir calmés.

Ah. On vient de me susurrer à l’oreillette que je dois reconnaître que Rabat-Joie, la ville voisine de Sale Cré, est la capitale du Bas-Rock. Et puisque c’est la capitale, que je suis obligée d’admettre que les Rabat-Joyeux et les Rabat-Joyeuses sont supérieurs aux Sales Crétins et aux Sales Crétines.

Oui, mais là vous faites chier, je m’en tamponne complètement, de Rabat-Joie, c’est rien, Rabat-Joie, les Rabat-Joyeux sont nos ennemis depuis des siècles, et je suis particulièrement fière d’être une sale crétine.

 

Des gènes un petit peu bizarres

 

Mais tout comme les Rabat-Joyeux, enfin, je veux dire les vrais, les authentiques Sales Crétins, dont je fais partie, vous l’avez bien compris, se sont tellement mariés et reproduits entre eux, que nous en sommes devenus un petit peu bizarres. Une sombre histoire de gènes pas très mélangés…

C’est la raison pour laquelle Sales Crétins et Sales Crétines s’allient aujourd’hui, de préférence, avec autre chose que du Sale Crétin ou de la Sale Crétine. Bon, les gens de Rabat-Joie aussi, mais ça, je m’en fiche complètement.

Il fallait sauver le truc rapidement, sinon ça allait finir par donner des humains étranges. C’est déjà le cas chez les Sales Crétins, mais quand je regarde la nouvelle génération, je me dis que ça s’arrange légèrement. Bien sûr, ce ne sont pas tout à fait de vrais Sales Crétins. Mais bon. Ils en portent fièrement le nom, c’est déjà ça.

Je dois vous dire une autre chose très importante. Au Bas-Rock, il y a plusieurs villes supérieurement considérées. La première d’entre toutes est Fesse. Les Fessus et les Fessues sont la crème des habitants du Bas-Rock.

 

La Fessue souriante (mais qui a envie de grimacer)

 

Qu’est-ce qu’être un Fessu ? C’est très simple. C’est porter un nom de famille qu’on reconnaît entre mille, et arborer une mine supérieurement noble. Attention, je ne parle pas des nouveaux arrivés à Fesse, je suis en train de vous décrire les Fessus installés à Fesse depuis des siècles.

Quand elle se marie, une vraie fessue est brandie, depuis toujours, sur une sorte de palanquin. Elle porte un énorme, mais alors vraiment énorme, diadème tout en or, qui lui écrase la tête. Plein de perles sur la poitrine. Ça lui fait très mal tout ça, tellement c’est lourd. Mais tout en souffrant le martyre, elle est obligée de faire un grand sourire à la foule des invités, durant tout le temps où elle est brandie par des mecs qui doivent supporter tout son poids. Alors qu’au fond, elle n’a qu’une seule envie : faire une énorme grimace de douleur.

Les habitants du Bas-Rock, admiratifs devant ce magnifique délire fessu, se sont mis à faire pareil lors de leurs cérémonies de mariage. Ben oui, puisque les Fessus sont supérieurs à tous, les gens du Bas-Rock ont estimé fort à-propos qu’il fallait les imiter. Ce qui fait qu’on voit aujourd’hui, au Bas-Rock, des pas du tout fessues porter ce diadème hyper bizarre, hyper lourd, qui leur fait très mal, avoir une forte envie de faire une énorme grimace à la foule, mais sourire bravement quand même, brandies sur leur espèce de palanquin…

 

Cacabranlais, Cacabranlaises

 

Bon, je dois vous dire qu’il y a aussi, au Bas-Rock, une énorme ville, tentaculaire : Cacabranla. De vrais Fessus y vivent, ils s’y sont installés très tôt, et, pour certains, font partie de sa bourgeoisie, une catégorie bien souvent très arrogante. Ils se prétendent Cacabranlais, ces Fessus-là, mais tout le monde sait, à leur nom, qu’ils sont en fait de Fesse.

De toute façon, être cacabranlais, ça ne veut rien dire, tellement les habitants du Bas-Rock sont venus de toutes les régions de ce beau pays pour peupler Cacabranla. Et puis je n’en finirai jamais assez de vous asséner que seuls les habitants, depuis des siècles, des vieilles villes du Bas-Rock valent la peine d’être considérés. Mettez-vous le dans la tête, bien comme il faut.

Parce que oui, évidemment, le Bas-Rock étant un vaste pays, il y a d’autres vieilles villes dont les habitants sont bien supérieurs aux autres : Mare-à-Kékés, Mec-à-Nassi, Tina-Gini, Tintouin… Mais bon, en tant que Sale Crétine très peu sortie de Sale Cré, je ne connais pas trop. Je sais qu’ils sont bien meilleurs que le reste des habitants du Bas-Rock, et ça me va très bien.

Ouh. Je vois à l’horizon quelques fiers borbores, premiers habitants du Bas-Rock, qui croisent les bras, pas contents du tout. Ils sont en train de me faire des borborygmes pas très sympathiques, là, je ne comprends pas trop ce qu’ils disent. Mais en tant que Sale Crétine, sachez bien que je vous emmerde. Je suis évidemment supérieure à vous. Vous n’êtes rien. Contentez-vous de peupler le Bas-Rock, c’est bien suffisant.

Cela dit, je suis au regret de vous annoncer que j’aime un Fessu. Je suis une Sale Crétine, et même si je suis bien au-dessus du reste des habitants du Bas-Rock, ce ne sera pas possible.

Je dois reconnaître qu’il est très supérieur à moi, et pas parce qu’il est fessu, ça n’a rien à voir. Et là, j’ai envie de vous dire – enfin – une petite vérité : s’il est supérieur à moi, c’est parce qu’il en sait bien davantage, qu’il est nettement plus poli et policé que je ne le suis. Fessu, il n’y a rien à faire, je t’aime.

 

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