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Moi, Meryem, 21 ans, pasteure, chrétienne et marocaine

La Dépêche | 7 avril 2018 à 14 h 16 min | Mis à jour 7 avril 2018

Propos recueillis par

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Meryem est une jeune fille de Ouarzazate convertie au christianisme, qui aspire à vivre librement sa foi au milieu de ses concitoyens musulmans. Elle nous raconte son cheminement spirituel, ses craintes et ses espoirs.

 

Issue d’une famille profondément musulmane, j’ai grandi dans la piété et dans l’amour d’Allah. Pratiquante de mon plein gré durant toute mon adolescence, j’étais la petite fille modèle qui suivait scrupuleusement les pratiques religieuses de ses aînés.

Il y a quatre ans de cela, en colonie de vacances, j’ai rencontré une Syrienne de mon âge, Soraya, qui partageait ma tente et avec laquelle je me suis naturellement liée d’amitié. Un soir, alors que tout le monde était au camping, je l’ai vue isolée dans un coin, immergée dans la lecture d’un livre : c’était la Bible en arabe…

 

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LIRE: Comment je me suis converti au christianisme

 

Une rencontre bouleversante

N’ayant pas mentionné sa religion jusqu’alors, je la pensais musulmane, comme tous les Syriens de ma connaissance. Je me suis assise à côté d’elle pour discuter, curieuse de connaître les convergences et divergences de nos religions respectives.

Au début, j’ai tenté de défendre les convictions qui étaient les miennes à l’époque, mais Soraya, qui avait une profonde connaissance religieuse et spirituelle, m’a attentivement écoutée avant de mettre en relief certaines incohérences dans mes propos. Sa démarche était humaine, et ses propos percutants : ses paroles m’ont littéralement chamboulée. Issue d’une famille chrétienne qui avait fui la guerre en Syrie pour se réfugier au Maroc, elle avait une aura captivante, beaucoup de charisme et un argumentaire qui tenait la route.

C’est donc grâce à elle que j’ai découvert la Bible et appris à la déchiffrer…

 

 

LIRE: « Le voile est chrétien avant d’être musulman »

 

 

Nouvelle foi, nouvelle vie

La lecture de ce livre sacré m’a plongée dans une longue introspection, au terme de laquelle j’ai constaté à quel point je n’étais pas épanouie dans ma vie. Mes croyances étaient confuses et truffées de contradictions. Il y avait dans ma pratique religieuse du conformisme social et de l’hypocrisie mêlée à de l’ostentation malsaine : prier pour être bien perçue par les autres et pour se donner bonne conscience, non par dévouement réel et sincère à l’Eternel. Les discours évangéliques me procuraient un apaisement que je n’avais jamais ressenti jusque-là, je n’ai pas longtemps hésité à prendre contact avec la communauté chrétienne… des musulmans convertis, pour la plupart.

Grâce à ces rencontres, avec Soraya puis Jésus, j’ai pu redonner un sens à ma vie en épousant le christianisme.

Depuis ma conversion, qui s’est faite secrètement à Agadir, je vis très sereinement et je me sens bien dans ma peau.

 

L’habitude et le conditionnement font que je continue à suivre certains coutumes musulmanes, comme le ramadan. Je respecte la foi de mes parents et de mes proches, j’ai tout simplement compris que le christianisme était fait pour moi, c’était ce qui manquait dans ma vie…

 

 

Vivre heureuse, vivre cachée

J’ai 21 ans, et je vis pleinement ma foi, choisie et non subie. Mes sœurs aînées respectent mon choix et me couvrent auprès de mes parents, qui heureusement ne sont au courant de rien.

Mon père est musulman très pratiquant et peu tolérant, il prendrait ma conversion comme une trahison ou au mieux comme de l’apostasie et de la mécréance éhontées.

Je préfère donc éviter l’affrontement et vivre ma foi dans le secret, chacun y trouve son compte.

 

 

Au lycée, j’ai eu le malheur de contredire un jour ma professeure d’éducation islamique concernant une question théologique. Scandalisée, elle a arrêté net le cours et convoqué aussitôt l’administration, clamant que j’avais des idées dangereuses et que je semais la fitna. Ce genre d’anecdotes m’a fait comprendre que pour vivre en paix, rien ne sert d’exhiber ses croyances dans la rue : pour vivre heureux, vivons cachés.

Je dirige aujourd’hui un groupe de prière de vingt personnes, qui se réunit deux fois par semaine pour étudier les livres saints et prier Dieu.

Je suis fière des responsabilités que j’endosse en tant que membre de l’Eglise du Sahara.

Nous vivons relativement en paix, tant que nous ne nous aventurons pas à étaler nos convictions. Des acteurs de la société civile, comme Mustapha Soussi, tentent aujourd’hui d’instaurer un débat au sein du gouvernement autour des droits des minorités religieuses. En attendant, la discrétion est le secret de notre tranquillité.

 

LIRE: 4 questions au coordonnateur du Comité marocain des minorités religieuses

 

Je suis étudiante à l’université, je suis viscéralement attachée à mon pays et je ne compte pas le quitter. Ma culture est foncièrement marocaine, c’est elle qui m’a faite et qui fonde mon identité. J’aime aussi ma religion, et j’aimerais ne plus me sentir en danger à chaque fois que j’en parle en dehors du cercle restreint de mes coreligionnaires. Ma foi et ma relation à Dieu ne regardent que moi. C’est le sens de la liberté de conscience pour laquelle j’œuvre patiemment. Et je suis optimiste car, au rythme auquel progressent les choses, nous, Marocains chrétiens, vivrons libres et en paix dans un avenir proche, inchallah

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