Je me fais livrer de la drogue par la poste au Maroc

La Dépêche | 22 juin 2017 à 15 h 52 min | Mis à jour 23 juin 2017

Propos recueillis par

Je me fais livrer de la drogue par la poste au Maroc
@Sami Ameur
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Hamza, un Casablancais de 23 ans, achète régulièrement des narcotiques sur internet et se les fait livrer jusqu’à l’appartement où il habite avec ses parents. Incroyable mais vrai. Il nous explique comment c’est possible.

 

Mon grand frère est un hacker. J’étais un jeune trop curieux pour mon propre bien et j’avais décidé de le suivre dans son délire. Il m’a appris à pirater les cartes bancaires, mais je ne l’ai pas fait assez longtemps pour avoir des problèmes avec les autorités. C’est comme ça que j’ai découvert le dark web.

  • Une arme à feu en vente à… Casablanca

Comment le définir? Supposons qu’internet est un iceberg. La partie visible est celle que tout le monde connaît: Google et compagnie. La partie submergée est le deep web, qui comprend 90% du contenu web mais qui est inaccessible via les moteurs de recherches. Et tout au fond, dans les abysses, c’est le dark web auquel on ne peut accéder qu’à travers Tor, un réseau informatique permettant l’anonymisation de la navigation web.

Là, on peut entrer en contact direct avec les dealers, les hackers, les producteurs de contenus pédopornographiques, les vendeurs d’organes, les marchands d’armes…

D’ailleurs, une fois je suis tombé sur un gars qui vendait, à Casablanca, un pistolet contre l’équivalent de 9000 dirhams.

  • Je joue contre des bitcoins

C’est en voyant un ami commander des drogues en ligne pendant trois ans, sans jamais avoir de problèmes, que j’ai décidé de tenter le coup. Dans ce monde-là, on paie avec des bitcoins, une monnaie virtuelle qui permet d’effectuer des transactions dans l’anonymat. Même si on peut les acheter avec des dirhams via un compte Paypal, je ne l’ai jamais fait.

Je joue beaucoup en ligne, et quand j’atteins un score très élevé, je vends mon compte joueur sur le dark web. J’ai eu mes premiers bitcoins en vendant mon compte sur Dofus, un jeu en ligne sur lequel se connectent plusieurs dizaines de millions de personnes à travers le monde. Je peux dire que je travaille pour mon argent, car il faut comptabiliser plusieurs centaines de jeu pour qu’un compte soit vendable.

  • De l’ecsta dans un masque pour le visage

Il existe plusieurs site de vente de drogues dans le deep web, mais je suis fidèle à un site en particulier parce que j’y ai la possibilité de converser avec le dealer en personne. Une fois la transaction effectuée, il m’explique le processus de livraison. L’adresse de l’expéditeur est toujours celle d’une société fictive basée en Europe. Les enveloppes sont spéciales: elles sont rembourrées de sorte à camoufler le contenu et contiennent un bout de métal pour passer inaperçu dans le scanner.

Quand la marchandise est difficilement dissimulable, le dealer fait preuve de créativité.

Une fois j’ai reçu de l’ecstasy cachée dans un masque pour le visage. Les agents de douane ne sont pas autorisés à ouvrir les emballages de cosmétique.

  • Un livreur maroco-marocain

Les délais de livraison varient selon la quantité. Par exemple pour 50 timbres de LSD et les petites quantités de cristaux de MDMA, il faut compter 15 jours. Ils me sont livrés par mon facteur dans une petite enveloppe qui passe inaperçue.
Pour les plus grosses quantités, le dealeur envoie la commande par vagues, question de discrétion. Il faut donc s’attendre à recevoir, par intermittence, beaucoup de courrier indésirable dans sa boîte aux lettres: des brochures et des catalogues européens, dont certains contiennent les timbres de LSD.
Quand on commande de la marijuana, ce n’est pas le facteur qui toque à la porte mais un contact du dealer, bien marocain, qui la remet en mains propres. Ils ont leur stock à Ketama, ce qui réduit considérablement les délais de livraison.

  • A vos risques et périls

Cela fait deux ans que je commande mes drogues sur internet et je n’ai jamais eu le moindre problème. Je ne compte plus les fois où j’ai reçu chez moi DMT, MDMA, LSD… sans jamais être embêté. Mais si ce monde facilite l’accès aux narcotiques, il est aussi chronophage et dangereux.

C’est comme le terrier du lapin blanc dans Alice au pays des merveilles: le moment même où l’on tombe dedans, il est déjà trop tard pour s’en extirper.

Et il faut se mettre régulièrement à jour. Les URL des vendeurs – déjà longues et compliquées pour brouiller les pistes – changent souvent pour éviter les piratages. Et il faut avoir les tripes solides. C’est un coin où l’on tombe sur des images et des vidéos d’une extrême violence (les snuff movies ne sont pas vraiment une légende…) et l’on y croise de vrais criminels. Ce qui peut commencer par l’achat de quelques feuilles de weed peut se terminer en tragédie.

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