Le Maroc épinglé par Human Rights Watch

La Dépêche | 6 septembre 2017 à 11 h 20 min | Mis à jour 7 septembre 2017

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Le Maroc épinglé par Human Rights Watch
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"Le roi Mohammed VI devrait ordonner une enquête sérieuse et probante sur les accusations de torture portées par des manifestants du "Hirak" du Rif contre la police marocaine", a déclaré Human Rights Watch dans un communiqué publié mardi  5 septembre.  L’ONG rappelle que les médecins légistes "ont constaté des lésions accréditant les accusations de violences policières" après avoir examiné des détenus du Rif.

 

Selon le Code de procédure pénale marocain, rappelle HRW, "aucune déclaration préparée par la police ne peut être admise comme preuve si elle est obtenue sous la contrainte ou par la violence". En pratique cependant, regrette-t-elle, "les tribunaux condamnent régulièrement des inculpés sur la base d’"aveux" contestés, sans ouvrir d’enquêtes sur les allégations de torture et autres mauvais traitements".

 

"Le roi Mohammed VI a affirmé lors de la Fête du Trône que les Marocains ont le droit, et même le devoir, d’être fiers de leur appareil sécuritaire", a observé Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen Orient et Afrique du Nord de HRW. "Ne seraient-ils pas encore plus fiers si les allégations d’abus policiers donnaient lieu à des enquêtes crédibles, et si les tribunaux refusaient de condamner sur la foi d’aveux douteux ?".

 

Le jugement

 

Human Rights Watch qui a examiné le jugement de 62 pages rendu par le tribunal de première instance d’Al Hoceima au terme du procès collectif de 32 manifestants allégués, indique que les verdicts de culpabilité prononcés le 14 juin contre les 32 personnes, jugés selon la procédure de flagrant délit, "sont fondés sur leurs "aveux" à la police – " "aveux” qu’ils ont pourtant tous réfuté devant le juge et le procureur".

 

L’organisation pointe du doigt "le refus du tribunal d’ordonner des examens médicolégaux", qui selon elle, semble "incompatible" avec les obligations du Maroc en vertu de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. L’expertise médicale demandée indépendamment par le CNDH et préparée par deux médecins légistes réputés "pourrait accréditer les accusations des prévenus contre la police", souligne-t-elle.

 

Selon le document publié par HRW, beaucoup de prisonniers ont déclaré que "certains policiers avaient couvert l’objectif des caméras de vidéosurveillance de la préfecture de police d’Al Hoceima avant de les passer à tabac", eux ou d’autres détenus. L’un d’entre eux, cité par l’ONG, a déclaré que "des officiers l’ont emmené dans une salle de bain, lui ont retiré sa chemise avant de lui attacher les jambes avec, puis l’ont frappé sur la plante des pieds". "Presque tous ont déclaré avoir été, ainsi que leurs proches, couverts d’injures et de propos orduriers", poursuit la même source.

 

"Une majorité de manifestations sans heurt"

 

Amnesty International déjà avait adressé, en juillet dernier, un mémorandum au chef du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, où elle critiquait la gestion du hirak par les autorités.  Dans une déclaration à ladépêche.ma,  Mustapha El Khalfi, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, avait rejeté les accusations de l’ONG, affirmant que "66 expertises médicales ont été faites", et que "la majorité écrasante de près de 800 manifestations s’est passée sans heurt".

 

 

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