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Au Maroc, la corruption augmente de manière spectaculaire

La Dépêche | 28 septembre 2017 à 12 h 22 min | Mis à jour 29 septembre 2017

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Dans son dernier « rapport global sur la compétitivité 2017-2018 » publié le 27 septembre, le Forum économique mondial pointe du doigt les failles de l’économie marocaine, qui ont fait perdre une place au royaume par rapport à l’année précédente.

 

Le Maroc se classe 71e sur 137 pays étudiés. Il est le 9e pays de la région MENA après Israël, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman, la Jordanie et l’Iran, et le deuxième en Afrique après l’Afrique du Sud, devançant l’Algérie et la Tunisie.

 

Les pays étudiés par le Forum économique mondial sont classés selon 12 indicateurs: les institutions, l’infrastructure, l’environnement macroéconomique, la santé et l’éducation primaire, l’éducation supérieure, l’efficacité du marché, le développement du marché financier, la préparation technologique, la taille du marché, les facteurs d’innovation et de sophistication, la sophistication des business et l’innovation.

 

Si le Maroc réalise ses meilleurs scores au niveau des institutions (49e), des infrastructures (54e) et de son environnement macroéconomique (55e), il reste faible au niveau de l’efficacité du marché, où il est classé 120e sur 137 pays, l’éducation supérieure (101e) et l’innovation (94e).

 

La corruption monte en flèche

Le Forum économique mondial classe la corruption en tête des facteurs entravant l’environnement des affaires au Maroc. Sur une échelle de 1 à 16, le curseur de la corruption monte à 15,1, alors qu’il était de 10,5 l’année précédente.

 

Un fléau en nette augmentation au Maroc selon la fondation qui siège à Genève, alors que le royaume a lancé en mai 2016 sa stratégie nationale de lutte contre la corruption. « Ces statistiques prouvent que les stratégies sur lesquelles communique le gouvernement ne sont simplement pas mises en application », déplore l’économiste Mehdi Lahlou, professeur d’économie à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (Insea) à Rabat, interrogé par La Dépêche.

 

 

Selon notre interlocuteur, « il y a un véritable fossé entre le discours et le comportement que l’Etat n’arrive pas à combler, ce qui se répercute sur les statistiques des instances internationales et des observatoires fiables marocains ». Pour l’économiste, ce pas en arrière, malgré les différents programmes lancés, se voit également dans « les indicateurs de pauvreté, de l’éducation et de la lutte contre l’illettrisme ».

 

Autre problème de taille: la « bureaucratie gouvernementale inefficace ». Un constat qui sonne comme une confirmation des reproches faits à l’administration lors du dernier discours du trône. Là encore, le Maroc monte à 13/16, alors qu’il était à 12,7 l’année précédente. « Le discours du trône s’est attaqué frontalement à l’administration. Malheureusement, il n’y a eu aucune retombée significative », regrette Mehdi Lahlou.

 

« Un discours ne suffit pas à changer certaines pratiques bien ancrées. »

Selon le professeur d’économie à l’Insea, seule « une révolution institutionnelle » pourrait permettre au Maroc d’en venir à bout de ce problème. « Une fois le discours passé, le gouvernement est retombé dans la même léthargie, ce qui explique ce recul significatif ».

 

Une main-d’oeuvre « pas assez instruite »

Le Forum économique mondial estime également que la main-d’oeuvre marocaine « n’est pas suffisamment instruite », ce qui contribuerait à ce recul de l’économie marocaine de manière globale. Même si le Maroc améliore son score sur cet indicateur, passant de 13 à 10,3/16, il y a encore des efforts à faire, estime la fondation, qui déplore également la qualité de l’enseignement supérieur au pays.

« Il y a un véritable décalage entre la réalité et les programmes de l’enseignement au Maroc », estime Mehdi Lahlou. « Le système éducatif dans sa globalité est rétrograde et ne suit pas les évolutions technologiques. C’est normal que l’on ait une main-d’oeuvre pas assez éduquée aux sorties des écoles supérieures », analyse-t-il. Mais comment y remédier? « Tant que l’on a pas résolu la question de l’enseignement, nous nous dirigeons inévitablement vers une faillite totale », tranche l’économiste.

 

Au niveau du classement global, la Suisse garde sa première place, suivie des Etats-Unis (+1), de Singapour (-1), des Pays-Bas, de l’Allemagne et de Hong Kong. Cette région administrative chinoise a fait un bond de trois places en un an. En bas de l’échelle, on retrouve le Yémen (137e), la Mozambique (133e), le Tchad (135e), le Liberia (134e) et la Mauritanie (133e).