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Mariée par la Fatiha, je me suis retrouvée à la rue

La Dépêche | 24 octobre 2017 à 18 h 01 min | Mis à jour 21 mars 2018

Propos recueillis par

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Sacré lover ce cheikh Fizazi, à croire Hanane, cette jeune femme de 19 ans qu’il aurait courtisée sur Facebook avant de l’épouser par la Fatiha, puis de la répudier aussi sec… Une pratique encore largement répandue au Maroc selon l’association Solidarité féminine, qui recueille chaque année plusieurs femmes abandonnées par leur mari d’un soir. Alors étudiante, Naoual* a succombé aux charmes d’un homme pieux, qui l’a laissée tomber une fois enceinte. Récit d’une idylle qui a tourné court.

 

Je pense parfois à mettre fin à ma vie. J’ai perdu ma jeunesse et mon avenir, ma famille m’a rejetée.Tout cela, parce que j’ai cru à la validité du mariage coutumier.

 

Alors que j’étais étudiante à la Faculté de Lettres d’El Jadida, j’ai fait la connaissance d’un camarade de classe qui paraissait très timide et courtois. Il était connu pour sa piété et son apprentissage des 60 hizb du Coran.

 

 

Le temps passait et nous devenions très proches, jusqu’au jour où il m’a déclaré sa flamme. Je n’avais jamais eu de relation amoureuse avec un homme auparavant.

 

LIRE: Mon calvaire de mère célibataire au Maroc…

 

Dieu est notre témoin

Avec le temps, notre relation prenait une nouvelle dimension. Il me suivait partout et me parlait de mariage. Il passait son temps à me citer des versets coraniques et des hadiths sur le mariage coutumier.

 

Il me disait que, même s’il n’y avait pas d’acte de mariage, dieu en serait témoin. Le mariage par la Fatiha est admis en islam, poursuivait-il. J’ai fini par céder.

Il a profité de ma méconnaissance de la religion pour me persuader que le mariage coutumier était conforme à l’islam.

 

Le mariage s’est fait chez lui. Nous étions seuls, sans témoin. Il m’a demandé de dire « je te marie mon âme et te l’offre au nom de dieu », ce que j’ai répété. Il a fait de même et nous étions « mariés ».  Et je dois dire que je me sentais mariée.

 

Sexe, Coran et prières

Une fois l’union prononcée, j’ai perdu ma virginité en toute conscience et avec consentement. J’étais apeurée au départ bien sûr mais il m’a assuré que c’était halal. Je venais chez lui souvent et, très vite, nous avons commencé à vivre comme de vrais époux. Il m’apprenait le Coran et m’expliquait les versets. Nous allions ensemble à la mosquée.

 

Pendant ce temps, je continuais à mentir à mes parents en prétendant que je passais la nuit chez mes copines. Je vivais les meilleurs moments de ma vie, croyant qu’un jour nous allions nous marier « officiellement ».

 

De la fac à la rue

Tout allait à merveille, jusqu’au jour où je suis tombée enceinte. Pourtant, je prenais la pilule contraceptive, mais dieu en a voulu autrement. Il est devenu fou de rage et m’a violemment battue avant de me mettre à la porte.

 

C’est la dernière fois que je l’ai vu. Il a changé de numéro de téléphone dans la foulée et a déménagé de là où il habitait, sans dire prévenir personne. J’ai passé des semaines à le chercher, sans succès.

 

J’étais incapable de raconter mon histoire à ma famille. J’avais peur du qu’en dira-t-on, puisque mon père est très respecté dans notre quartier. Il aurait pu me tuer.

J’ai passé quelques jours chez une amie avant de rentrer à Casablanca. J’ai vécu dans la rue pendant des semaines, avant que des bienfaiteurs m’emmènent chez mama Aicha (Aicha Chenna, présidente de l’association Solidarité Féminine, ndlr). Elle m’a prise en charge, mon fils et moi, et m’a aidé à trouver un travail dans un restaurant. Je dois beaucoup à cette dame.

 

 

Aujourd’hui, mon fils de 8 ans va à l’école. Je travaille dur pour qu’il ait une vie meilleure que la mienne. Ma famille? Mon père et mes deux frères refusent de me voir et interdisent à ma mère de me rendre visite. Je l’appelle de temps en temps pour prendre de ses nouvelles mais je rêve qu’un jour, ils puissent m’accepter avec mon fils.

 

LIRE: “On nous dit qu’il n’y a pas de violence contre les femmes”

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