Ce que l’on sait de l’agression sexuelle dans un bus à Casa

La Dépêche | 21 août 2017 à 14 h 47 min | Mis à jour 22 août 2017

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Ce que l’on sait de l’agression sexuelle dans un bus à Casa
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Publiée dans la nuit du dimanche au lundi, une vidéo d’une jeune fille victime d’agression sexuelle dans un bus a suscité l’indignation.

Sur Facebook, Samira Sitail, directrice de l’information de la chaîne nationale 2M, cite une source proche de la Direction générale de la sûreté nationale, indiquant que les quatre auteurs de l’agression ont été arrêtés. C'est le vol du portable d'un des suspects, retrouvé par la police, qui a permis la découverte de la vidéo, rapporte une autre source bien informée.

 

 

L'auteur de la vidéo est également suspecté par la police d'être complice de l'agression de la jeune femme dénommée Imane, atteinte de handicap mental. Comme on le voit dans la vidéo relayée sur les réseaux sociaux, la jeune fille agressée de jour dans un autobus a dû faire face à ses agresseurs sans que personne ne vienne à son aide. Le chauffeur du bus n’aurait pas réagi non plus.
Le père de la victime se trouve actuellement dans les locaux de la police de Casablanca, indique la directrice de l’information de 2M, qui prévient qu’une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances de l’agression.

 

"On dirait que l’Etat a démissionné"

Sur Internet, mais aussi au sein de la société civile, les réactions indignées se multiplient. Contactée par La Dépêche, Fouzia Assouli, la présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes, se dit sous le choc. "On dirait que l’Etat a démissionné. Nous vivons désormais dans la jungle. Nous ne sommes plus protégés", s’indigne-t-elle.

 

Selon la militante féministe, "ce n’est pas une loi contre le viol ou le harcèlement qui changera les choses". Ce qui la choque plus? "Le fait que cette agression a eu lieu au vu et au su de tout le monde, sans que personne ne bouge le petit doigt".

 

"Le harcèlement et le viol ont toujours existé, partout dans le monde. Ce qui est différent cette fois, c’est qu’on ose le commettre devant tout le monde, et que l’on n’est pas du tout inquiété. Au-delà de la question du viol, il faut se poser des questions sur la siba (anarchie, ndlr) dans laquelle nous vivons désormais."

Fouzia Assouli accuse également "une éducation en faillite" qui façonne des "enfants malades". "Quelle éducation ont eu ces enfants pour se transformer en monstres?", s’indigne-t-elle.

 

Que prévoit la loi?

Mineurs, les agresseurs vont devoir répondre de leurs actes devant la justice. Que risquent-ils légalement? "Ce qui s’est passé ne relève pas du délit, mais du crime", tranche Youssef Chehbi, avocat au barreau de Casablanca, contacté par La Dépêche.
L’avocat assure également que cette agression peut être considérée comme un viol. "La loi définit le viol comme l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci, selon l’article 486 du code pénal", souligne Youssef Chehbi. “Il ne faut pas qu’il y ait pénétration pour que l’agression soit considérée comme un viol."

 

Selon l’article 486 du code pénal, le viol est puni de la réclusion de cinq à dix ans. Une peine qui peut monter à vingt ans, "si le viol a été commis sur la personne d’une mineure de moins de dix-huit ans, d’une incapable, d’une handicapée,  d’une personne connue par ses facultés mentales faibles, ou d’une femme enceinte".

 

Youssef Chehbi précise que bien que les agresseurs n’aient pas encore 18 ans, ils restent tout de même punissables. "Il est certain qu’un juge ne pourrait pas condamner un mineur à 10 ans de prison, la procédure pénale est différente, mais cela n’empêche pas qu’il y ait un jugement", affirme-t-il. "Le fait que les agresseurs étaient en meute est une circonstance aggravante."

 

Pour l’avocat, également militant des droits de l’homme, "il y a une forme d’indifférence aggravée et dangereuse" dans la société marocaine. "Ce sont des choses qui arrivent chaque jour. C’est le résultat de la misère sexuelle qui sévit dans le pays. La seule différence dans ce cas, c’est le fait que l’agression a été filmée. Si ce n’était pas le cas, on n’en aurait probablement jamais entendu parler."

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