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L’écriture, les femmes, la sexualité par Leila Slimani

La Dépêche | 9 juillet 2017 à 13 h 56 min | Mis à jour 11 juillet 2017

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L’écriture, les femmes, la sexualité par Leila Slimani
©FP

En vacances en famille à Rabat, Leila Slimani a pris le temps de rencontrer ses lecteurs. La Franco-marocaine, qui a reçu l’an dernier le prix Goncourt pour son deuxième roman Chanson Douce, était à Rabat jeudi 6 et Casablanca vendredi 7 juillet à l’invitation de l’Institut Français. L'occasion de revenir sur son travail d’écriture.

 

"Je suis beaucoup moins angoissée depuis que j’écris mes romans", sourit Leila Slimani, "je déverse mes angoisses sur vous! Je n’ai pas besoin de psy!". Devant ses lecteurs, trop nombreux pour l’auditorium de la Bibliothèque nationale à Rabat, la lauréate du Goncourt 2016 parle "d’un effet de catharsis". Mais l’écriture, ajoute-t-elle, reste quand même "quelque chose d’angoissant". Et avoir reçu l’un des prix littéraires les plus prestigieux n’y change rien:

"Goncourt ou pas, la feuille blanche s’en fiche! L’inspiration, ça vient ou ça ne vient pas!

 

Seule certitude dans cet univers incertain: "L’écriture demande temps et isolement", précise la jeune mère de famille qui manque des deux ces derniers temps.

 

 

Une écriture "à l’os"

Celle dont le dernier roman, Chanson douce commence par le récit glaçant de l’assassinat de deux enfants, a évoqué son "écriture assez sèche, à l’os": "J’essaie par mon écriture d’être le plus clair possible parce que le fond est ambigu. Si à la fois la forme et le fond étaient flous, le lecteur serait perdu".

Cette écriture peut-elle être qualifiée de féminine? "Non, il n’existe pas une écriture féminine, répond l’écrivaine. En revanche, il y a des sujets peu exploités par les hommes et qui le sont par les femmes".

 

C’est important que les femmes écrivent car elles ont des choses à dire sur la condition féminine, la maternité, les inégalités, le rapport au travail…. il n’y a pas d’écriture féminine mais il y a une écriture des femmes.

 

"Sexe et Mensonges"

 

La sexualité fait partie de ces sujets. Et c’est celui du prochain livre de Leila Slimani, un essai accompagné sur l’amour et la sexualité au Maroc, "Sexe et mensonges", à paraître le 6 septembre. Elle raconte qu’elle a commencé à l’écrire après "Le jardin de l’Ogre", son premier roman: " lors de conférences au Maroc, j’ai été amenée à discuter avec des lecteurs qui sont surtout des lectrices et qui sont venus me parler de sexualité. On a commencé à discuter. Elles m’ont raconté des choses bouleversantes, assez crues, très intimes. C’était aussi une période où il y a eu au Maroc un certain nombre de scandales de moeurs - Much Love, les homosexuels de Beni Mellal, l’affaire de la jupe...

 

Et je me suis posée la question de savoir pourquoi la sexualité devenait un sujet tellement polémique au Maroc. C’est un livre qui essaie humblement d’analyser la situation mais qui, surtout, donne la parole aux femmes.

 

A la question, aussi incontournable que le couscous du vendredi, de la « double culture », Leila Slimani regrette que l’on cantonne trop souvent les intellectuels maghrébins à certains sujets comme l’islam, le voile… alors "qu’on a accès à l’universel". Et la Franco-marocaine conclue par une jolie formule: "Moi, je me sens très bien dans mes deux baskets!".

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