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Le jour où j’ai appris que j’étais séropositif

La Dépêche | 7 mars 2018 à 13 h 29 min | Mis à jour 21 mars 2018

Propos recueillis par

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Voilà six mois, Soufiane*, 27 ans, a appris qu’il était séropositif. Dans ce témoignage poignant, ce jeune courtier en assurances à Casablanca nous raconte sa contamination et sa lutte quotidienne contre une maladie toujours tabou au Maroc.

 

Comme tout le monde, je pensais que cela n’arrivait qu’aux autres. Je menais une vie sexuelle normale, comme beaucoup de jeunes de mon âge à Casa, jusqu’au jour où la fille avec qui j’avais régulièrement des rapports sexuels non-protégés a disparu d’un coup. A cette même époque, je commençais à prendre réellement conscience du risque des relations intimes sans préservatif, après avoir vu une émission télé sur le VIH et lu le témoignage d’un homosexuel séropositif sur internet. J’étais ainsi déterminé à ne plus prendre de risques. Mais il était déjà trop tard…

 

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La découverte de ma contamination ne s’est pas fait attendre. Je me posais de plus en plus de questions sur ma dernière partenaire. Le fait que cette fille ait coupé tout contact avec moi du jour au lendemain, en ne répondant plus à mes appels et en bloquant mon profil sur Facebook, m’a poussé à faire le test de dépistage, même si aucun symptôme d’une quelconque infection n’était visible chez moi. J’ai alors pris mon courage à deux mains et décidé de mettre fin au doute qui me rongeait.

 

Non, pas moi!

C’était en octobre 2017. Je suis allé faire un test rapide à l’ALCS (Association de Lutte contre le Sida, ndlr), et c’est là que j’ai appris que j’étais porteur du VIH (virus de l’immunodéficience humaine). Le choc… Ma première réaction? J’étais littéralement tétanisé. Je ne pouvais plus bouger ni sortir le moindre son de ma bouche, je pensais que ma fin était venue, je me voyais déjà mort et enterré.

 

Heureusement, le médecin de service est plus ou moins parvenu à me rassurer en me disant qu’il existe des médicaments antiviraux qui empêchent l’évolution de l’infection vers le Sida (syndrome d’immunodéficience acquise, ndlr) et donnent aux malades une espérance de vie quasiment normale.

 

 

Les gens venus eux aussi s’enquérir du résultat de leur test ce jour-là ne comprenaient absolument rien à ce qui leur arrivait, tout comme moi. C’était des personnes ordinaires, de toutes les couches sociales, contrairement aux idées qu’ont les gens au Maroc des séropositifs, tous catalogués comme prostitué(e)s ou dépravés.

 

Mes amis, mes seuls confidents

Même si j’étais encore sonné par cette terrible nouvelle, je me suis forcé à ne pas y penser durant la journée. Je suis donc reparti travailler sans rien laisser transparaître de mon agitation intérieure, et, en sortant du bureau, j’ai aussitôt appelé un de mes meilleurs potes à qui j’ai tout raconté. Comme moi, il était médusé, pensant que ce genre de choses n’arrivait qu’aux autres.

 

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J’en ai ensuite parlé à mes autres amis les plus proches, lesquels d’ailleurs ont tous réalisé un test de dépistage après avoir pris connaissance de mon histoire. Cela m’a fait du bien de ne pas garder ce lourd secret pour moi. Mes amis sont les seuls à qui je me suis confié.

Même mes proches ne sont pas au courant. J’ai une famille conservatrice et pratiquante. Il leur serait difficile de comprendre mon cas et de l’accepter.

Je suis certain que je ne serais pas épargné par les jugements de valeur et les blâmes, même de la part des miens. D’autant plus que je ne souhaite pas leur causer de la peine en raison d’une erreur que j’ai commise et dont j’assume l’entière responsabilité. Ils n’étaient pas là le jour où je me faisais plaisir en toute insouciance, ce serait donc injuste de les impliquer aujourd’hui que j’ai chopé ce maudit virus.

 

La vie normale d’un séropositif ordinaire

Grâce au diagnostic précoce et tant que je suis mon traitement de manière assidue, je mène une vie normale, quasiment semblable à celle que j’avais avant d’apprendre ma contamination. J’ai les mêmes activités qu’il y a six mois.

Je travaille, je sors avec mes amis, je fais du sport. Bref, aucune différence avec quelqu’un qui a une maladie chronique.

Bien sûr que l’impact psychologique est indéniable, surtout quand il s’agit de faire face aux calomnies de gens pétris de préjugés sur les séropositifs, le VIH et le Sida.

 

Je n’ai plus de vie sexuelle non plus. Bien que beaucoup de recherches- faites en France notamment- ont démontré que le virus n’est pas automatiquement transmissible dans un couple et que le préservatif est un moyen de protection sûr, je n’oserais pas avoir une partenaire sexuelle qui ignore que je suis porteur du VIH. De même, je serais incapable de confier mon secret à une personne de peur qu’il ne soit dévoilé.

Si je compte me marier un jour ? Oui, ça ne me pose pas de problème, du moment que c’est avec la bonne personne.

Quoique, à ce stade, je ne pense pas à ma vie affective. La priorité pour moi est de quitter le Maroc. Je compte partir vivre en France, là où cette maladie est mieux acceptée et où les gens sont beaucoup plus informés. D’ailleurs, c’est grâce aux témoignages de personnes séropositives vivant là-bas que j’ai pu tenir le coup et ne pas craquer. Et puis, au Maroc, on n’est jamais définitivement à l’abri. J’ignore par exemple si les médicaments contre cette infection, qui sont actuellement fournis gratuitement par l’Etat, le seront pour toujours.

 

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Se faire soigner loin des regards indiscrets

Aller à l’hôpital est un vrai cauchemar pour moi. Certains membres du staff y maltraitent les patients défavorisés et ceux qui n’ont pas un bon niveau d’instruction. Aujourd’hui, je préfère me faire suivre par un médecin du secteur privé pour éviter le regard suspicieux et réprobateur de certains à l’hôpital. Et puis, cela m’épargne les remarques “compatissantes” du genre: « Mon fils, tu es encore jeune, qui est cette bent lhram qui t’a fait ça? ».

 

 

Il n’empêche qu’il y a des patients respectueux et pas du tout intrusifs, comme cette femme contaminée par son mari aujourd’hui décédé, avec qui j’ai eu une discussion intéressante un jour. Mais dans la majorité des cas, ce sont des gens qui n’assument pas leur maladie.

On m’a même proposé de rejoindre une association pour échanger avec d’autres personnes séropositives mais j’ai refusé.

Je pense que si j’y vais, j’en tirerai plus de mal que de bien, mon expérience à l’hôpital m’a échaudé. Et puis, je me méfie, il y a toujours un risque de se faire reconnaître ou de se faire prendre en photo à son insu.

 

Protégez-vous, ça coûte 10 dirhams!

Je ne cesse d’exhorter les gens de mon entourage à se protéger depuis que j’ai découvert ma contamination. Tout le monde est susceptible d’être touché un jour ou l’autre. Mes amis, qui n’avaient pas l’habitude d’utiliser des capotes, le font tous aujourd’hui.

Ce que je conseille aux jeunes, c’est de prendre au sérieux ce risque et d’utiliser des préservatifs à chaque rapport, même lorsqu’ils connaissent bien leur partenaire.

Avec 10 dirhams, vous vous épargnez une maladie qui bouleverse et menace votre vie. L’Etat aussi devrait faire plus d’efforts à ce sujet. Dans les collèges et les lycées, il faut sensibiliser les élèves, d’abord pour qu’ils apprennent à se protéger, ensuite pour les aider à déconstruire les idées reçues sur le VIH et le Sida.

 

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Une communauté de séropositifs marocains ?

Au final, j’ai repris contact avec la fille qui m’a transmis le virus. Elle m’a confié qu’elle n’était pas au courant de sa contamination lorsqu’on a commencé à coucher ensemble et qu’elle ignore l’identité de la personne qui lui a communiqué le VIH, sachant qu’elle affirme ne pas coucher avec n’importe qui. Ayant découvert sa contamination avant moi, elle avait coupé les ponts avec moi car elle culpabilisait.

Après notre reprise de contact, elle s’est mise à me rassurer et me donner des conseils.

Sur la page Facebook que j’ai créée, je voudrais faire connaître cette maladie, le quotidien des personnes qui vivent avec, et avertir les gens sur les risques des rapports sexuels non protégés. J’avais pensé, avec cette fille, à faire des vidéos où l’on partagerait nos expériences sans montrer nos visages, mais je ne sais pas si l’idée la tente toujours. Contrairement à moi, qui continue à mener ma vie aussi normalement que possible, elle déprime souvent.

 

 

*Le nom de la personne a été modifié

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