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Le commentaire de classico porte rarement sur le football…

La Dépêche | 17 août 2017 à 13 h 09 min | Mis à jour 21 août 2017

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Les classicos sont revenus sur nos écrans, accompagnés comme il se doit de leur produit dérivé le plus remarquable : le commentaire sur les réseaux sociaux. Le commentaire de classico est un geste technique très courant, qui s’exerce depuis le seddari et qui mobilise les énergies dans des proportions étonnantes. C’est un genre littéraire à part que nous allons tenter d’analyser sans plus attendre.

 

Pour commencer, et c’est un paradoxe, il faut préciser que le commentaire de classico porte très rarement sur le football, encore moins sur le jeu. On préfèrera l’arbitrage, les statistiques ou les à-côtés du match : célébrations, prises de bec, etc. Il doit être forcément partial, de préférence cinglant et si possible accompagné d’un petit photomontage illustrant le cœur de la vanne.

 

 

On peut faire appel à l’histoire des deux clubs ou aux statistiques, et leur faire dire qu’on veut, surtout sans scrupule. Le commentaire de classico est fascinant parce qu’il engendre d’autres commentaires de classico. C’est donc un genre qui s’autoalimente jusqu’à l’épuisement des auteurs ou l’appel de leurs obligations professionnelles.

 

Parce qu’il faut bien préciser que personne ne résiste à l’exercice. Il suffit de se promener sur les murs Facebook pour constater que des pères de famille respectables, boudinés dans le maillot de leur club favori, se laissent aller eux aussi à ce petit plaisir ou la bonne foi est prohibée, comme une sorte de retour en enfance collective.

 

–       Vous êtes favorisés par l’arbitrage…

–       Cette fois peut-être, mais ce n’est que justice, parce que le pénalty inexistant de la XX  journée de la liga 19XX vous a offert le titre…

–       En plus, notre star a marqué plus de buts du pied gauche dans les douze dernières minutes que la vôtre de la tête dans toute sa carrière…

–       Et pourquoi vous ne parlez pas des passes décisives adressées dans les trente derniers mètres, hein ?

–       La nôtre aime les Palestiniens, il a le cœur bon

–       Et Franco dans tout ça ?

–       Mais les Catalans étaient nazis !

–       Ah bon, et pourquoi vous copiez nos célébrations ?

–       Ahhah, vous voulez parler du ballon d’or ?

–       Il est truqué, tout le monde sait pour qui roule la FIFA.

 

Le tout doit être assaisonné d’une petite dose d’agressivité, et de quelques sobriquets dont les marxistes et les raëliens raffolent, impossibles à retranscrire dans cette chronique à vocation familiale. Tout ça peut aller assez loin. Il y a quelque chose d’un peu étrange dans la passion qui entoure ces deux clubs chez nous, et dans la façon dont nous nous les sommes appropriés. On se demande même si en Espagne les empoignades sont aussi épiques. Il faudra analyser tout cela, l’enquête ne fait que commencer.