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"L’adoption, nouvelle forme d'exploitation des mineures"

La Dépêche | 13 juin 2017 à 14 h 06 min | Mis à jour 23 juin 2017

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INSAF, association de défense des droits des enfants et des femmes, appelle à appliquer la loi 27.14 sur la traite des êtres humains pour interdire l’exploitation des petites filles domestiques. Trois questions à Bouchra Ghiati, présidente de l’association.

 

 

Votre association INSAF a lancé un appel, lundi 12 juin,  pour l’harmonisation des lois et l’éradication de l’exploitation des mineures dans le travail domestique. De quels textes s’agit-il ?

 

Ce sont deux textes d’une importance extrême: la loi 19-12 concernant "les petites bonnes" promulguée en juillet 2016 et la loi 27-14 sur la traite humaine, publiée en décembre dernier dans le bulletin officiel, mais toujours pas applicable. La première interdit l’exploitation des filles qui ont moins de 18 ans, mais prévoit un délai de cinq ans à partir de la date de son entrée en vigueur. Ce qui fait que jusqu’à aujourd’hui, des filles âgées de 16 à 18 ans sont exploitées dans le travail domestique et que leurs employeurs ne sont pas inquiétés. Notre association refuse cette situation. D’où notre recours à la loi 27-14 qui, elle, interdit totalement le travail des enfants, considéré comme forcé. Les deux textes doivent donc être harmonisés, en interdisant dès maintenant l’exploitation des mineures de moins de 18 ans.

 

Concrètement, que fait INSAF afin d’accélérer l’application de ces lois ?

On a démarré à l’occasion de la journée mondiale contre le travail des enfants un plaidoyer et changé totalement de stratégie. Jusqu’à maintenant, on était concentrés sur la loi 19-12, on compte désormais utiliser la loi 27-14 pour faire avancer les choses. On a produit un film de sensibilisation qui explique très bien l’antagonisme qui existe entre les deux lois. Actuellement, on est sur le point de rentrer dans une dynamique avec les autorités et donc le gouvernement pour faire connaître notre plaidoyer, le soutenir et mobiliser la société civile pour notre cause. Le premier cas qui va se présenter à nous sera défendu par un avocat engagé par INSAF, selon la loi 27-14. On fera tout notre possible pour qu’il y ait une jurisprudence.

Avez-vous des chiffres sur le nombre des mineures exploitées dans le travail domestique au Maroc ?

 

L’ampleur du problème n’est pas mesurée par des chiffres officiels qui émanent des autorités publiques. Mais on a un collectif composé de 50 associations qui a lancé une étude en 2010 et qui estime entre 60.000 et 80.000 le nombre de filles exploitées de moins 15 ans . Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, on est en face d’une exploitation déguisée qui n’est autre que l’adoption. Dans notre association, on reçoit de plus en plus des cas de filles adoptées qui ont été exploitées pour des travaux ménagers et privées de leurs droits fondamentaux, à commencer par l’éducation. Ce phénomène est encore plus grave.

 

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