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Rencontre avec Kabareh Cheikhats, la troupe qui réenchante la Aïta

La Dépêche | 16 avril 2018 à 11 h 06 min | Mis à jour 26 avril 2018

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Jouk Tamthil Al Bidaoui, troupe de théâtre d’une douzaine de personnes, reprend les chansons anthologiques de l’Aïta, perpétuant ainsi ce patrimoine immatériel inhérent à l’identité culturelle marocaine, sous le nom de Kabareh Cheikhats. Rencontre avec Ghassan et Amine, membres actifs de la jeune compagnie.

 

Quel est le message derrière votre pièce ?

Beaucoup voient dans notre travail un hommage aux anciennes générations de Chikhates. Ce n’est pas faux, mais pour nous, il s’agit avant tout d’un exercice de style. En tant qu’hommes de théâtre, nous sommes toujours à la recherche de nouvelles formes d’expression artistique, afin que nos performances se renouvellent de manière audacieuse. Cette pièce devait exister au Maroc, nous avons donc décidé de commencer à la jouer en 2016, mais ça ne veut aucunement dire que dans quelque temps d’autres troupes n’iront pas vers cette forme de théâtre.

Quelles ont été les premières réactions du public ?

Le public marocain n’étant pas des plus discoureurs, il nous est difficile d’évaluer les appréciations globales de notre spectacle. On a eu des gens en larmes comme d’autres qui ont demandé à être remboursés. Nous considérons plutôt le public comme une entité propre : des ondes, des vibrations, des énergies… des choses ineffables que les hommes de scène que nous sommes mesurent grâce à un baromètre intérieur. Nous savons quand l’ambiance est à son comble, quand le public ne fait plus qu’un ou quand au contraire il est peu réceptif.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ou le plus plaisant dans l’exercice de travestissement en femme? Avez-vous été attaqué pour cela?

Je ne dirais pas que nous pratiquons le travestissement, car le terme renvoie à la parodie et/ou à la comédie. Or dans notre démarche, nous essayons d’être les plus vrais, les plus authentiques possibles et non pas d’imiter les cheikhates ou de les caricaturer. Les cheveux et le caftan sont deux éléments importants pour une cheikha, ce sont pour nous des costumes, des codes sociaux et artistiques qui nous permettent de nous référer aux cheikhates.

Ce sont des personnages que nous jouons, et pour cela nous devons nous en rapprocher le plus possible.

Pour ce qui est des attaques, nous n’en avons jamais subi dans la vie réelle, car lorsque les gens assistent au spectacle en direct, ils sont confrontés à la réalité et oublient systématiquement leurs préjugés. Ce n’est que derrière leur écran d’ordinateur que certaines personnes qui n’y ont jamais assisté se lâchent et déversent leur haine, mais leurs paroles ne valent rien car elles sont tout simplement infondées.

 

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A l’opposé, nous recevons chaque jour des encouragements de la part de beaucoup de gens, notamment les Marocains vivant à l’étranger. A Bruxelles par exemple, notre représentation a fait couler des larmes chez le public.

 

Comment préparez-vous vos représentations ?

A l’image des sportifs de haut-niveau, notre préparation consiste à répéter, encore et toujours, afin de bonifier notre présence sur scène et l’authenticité de notre jeu. C’est un travail d’endurance, nous nous donnons à fond aussi bien dans les répétitions que sur scène, car chaque ‘’présent’’ est intéressant. La qualité de nos performances découle d’une certaine abnégation quotidienne et d’un peaufinage continu du jeu inhérent aux arts vivants.

 

Comment s’organise concrètement votre troupe ?

Lorsque nous avons une date annoncée, nous fixons des rendez-vous pour répéter trois à quatre fois par semaine. Nous n’avons pas le même agenda, notre façon de travailler est tout sauf protocolaire.

Nous sommes en effet une structure participative et ludique, où chacun fait ce qu’il peut faire lorsqu’il peut le faire.

L’ensemble des gains annuels, qui ne sont rien d’autre que la rétribution de l’effort intellectuel et artistique de la troupe par les spectateurs, nous permet de payer notre loyer et de nous organiser pour aller de l’avant dans nos projets.

 

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Nous faisons partie de ces troupes théâtrales qui choisissent de ne pas bénéficier des subventions du fonds de soutien instauré par le ministère de la Culture en 1998, afin de nous affranchir de toute redevance morale, et d’éviter que notre démarche authentique ne soit contaminée par la marchandisation des œuvres théâtrales.

Quels sont vos projets à venir ?

Le coeur de notre métier, qui s’avère être aussi notre passion, est de créer des images et des histoires et de les mettre en scène. Nous traduisons actuellement des textes, des poèmes ainsi que des pièces de théâtre en arabe dialectal, pour les jouer sur scène : Antigone (1944), l’illustre pièce de Jean Anouilh (1910-1987), sera par exemple bientôt jouée en darija sur les planches. En parallèle, Ghassan travaille sur Cheikh Ghassens, un projet qui reprend des chansons de feu Georges Brassens (1921-1981), toujours en darija, dont la prochaine représentation se déroulera ce 13 avril à la Fédération des Oeuvres Laïques (F.O.L) de Casablanca.

 

La troupe de théâtre se produira ce 14 avril à l’Hippodrome de Casablanca dans le cadre du festival Jazzablanca.

 

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