Publicité

J’ai tout plaqué pour ma boîte... de baskets marocaines

La Dépêche | 4 octobre 2017 à 20 h 52 min | Mis à jour 6 octobre 2017

Propos recueillis par

J’ai tout plaqué pour ma boîte... de baskets marocaines

La voie royale, vous connaissez? Celle de la carrière toute tracée, qui mène directement de l’école de commerce d’excellence au présumé “job de rêve”. Fadela Bennani l’a suivie “sans se poser de questions”. Jusqu’au jour où… elle a tout plaqué - salaire (très) confortable, collègues sympas, organisation “structurée” -  pour se lancer dans l'entrepreneuriat. Depuis avril 2017, elle gère une petite entreprise éco-responsable de chaussures 100% made in Morocco: Amaz. Elle ouvrira dans quelques jours un show room à Casablanca. Parcours.

 

"Le déclic pour l’entrepreneuriat n’est pas venu du jour au lendemain. J’ai toujours été très bonne élève: après un bac scientifique au Lycée Lyautey, il était assez logique que je m’oriente vers une classe préparatoire en France. Après une prépa HEC, j’ai décroché l’Essec, deuxième meilleure école de commerce de France. Quand on sort d’une grande école, on a une “autoroute” devant soi. J’ai naturellement commencé dans un grand cabinet américain pendant un an à Paris en 2009. À mon retour au Maroc, j’ai eu plusieurs opportunités. J’ai intégré un cabinet de conseil marocain puis une grande firme américaine d’achats groupés.

 

La Tour d’ivoire

J’ai toujours été à la recherche de sens. Mes emplois salariés ne m’en donnaient pas assez. Les métiers de conseil sont assez abstraits, on résout les problématiques des clients avec des idées formatées sur des slides Powerpoint.

J’avais l’impression d’être dans une tour d’ivoire...Pour moi ce qui faisait sens, c’est de considérer mon emploi comme utile pour la communauté.

 

Le projet Amaz

Ce sont des baskets artisanales entièrement produites au Maroc - de la semelle aux lacets façon “Sfifa” (broderie marocaine, ndlr) - mais c’est aussi un projet solidaire. À mon retour au Maroc, je me suis rendue compte qu’il y avait un gros soucis concernant l’éducation dans notre pays. Je me suis associée à l’ONG marocaine “Education For All” pour la scolarisation des jeunes filles. Cette association construit des internats pour les collégiennes et lycéennes qui doivent quitter leur village du Haut-Atlas pour venir étudier.

À chaque paire vendue, je reverse 22 dhs, ce qui représente le coût d’une journée de pensionnat d’une jeune fille. Il y a un proverbe sénégalais qui dit “éduquer une fille, c’est éduquer une nation”.

Ciao bye bye mon confort financier

Avec l'entrepreneuriat, j’ai eu envie d’horaires flexibles. Je trouvais le rythme de travail inhumain. En tant que consultant, vous faites du 8h30- 21h minimum tous les jours avec parfois des nocturnes à assurer et du travail le week-end. Ma situation financière, très confortable comparée à celle de certains jeunes de mon âge, n’était plus source d’épanouissement. Je n’avais pas même 30 ans que j’étais à 30 000 dhs par mois net.

 

Alors quand on se lance dans l'entrepreneuriat, on est tout à fait conscient que, de un, on risque de ne pas avoir de revenus pendant très longtemps, de deux, on investit ses économies 100 000 dhs dans mon cas, et de trois, on n’a aucune garantie de bien gagner sa vie un jour. C’est assez angoissant.

 

Pour le moment,  je n’arrive pas encore à me payer. Je génère du chiffre d’affaire mais je suis dans une logique de réinvestissement pour pouvoir développer l’entreprise. C’est comme si j’avais revu mes priorités dans la vie et mes valeurs. Il faut dire que j’ai un mari qui est salarié, ça limite un peu la casse. Je savais malgré tout que je n’allais pas mourir de faim, mais j’ai beaucoup revu à la baisse mon train de vie.

 

Liberté, j’écris ton nom

Aujourd’hui encore, je dois être à 10 heures de travail par jour mais, je gère moi-même mes horaires, et c’est ça la différence. Il y a une flexibilité dans la façon de travailler qui fait qu’on vit beaucoup moins mal ces contraintes horaires. La liberté, c’est aussi de ne pas devoir être physiquement dans un bureau. Je travaille de n’importe où, d’un café, de chez moi. J’aime ce côté à l’américaine où  au final, seul le résultat compte, et pas la façon dont tu travailles. Ma productivité est d’ailleurs meilleure.

 

Femme orchestre

L'entrepreneuriat ? (elle marque un temps) C’est très dur. Ce n’est pas comme quand on est dans une entreprise structurée avec ses différents services.

Là, toutes les missions m’incombent. Je dois tout gérer de la production - je dessine moi-même mes modèles -  aux livraisons en passant par le community management. Je suis comme une femme orchestre qui exécute tout.

Mais il y a aussi la satisfaction énorme que tout ce qui est construit est à soi et pour soi sans avoir à subir les directives ou états d'âme des autres. On est complètement responsable de nos actes.

Bien sûr, on est parfois pris de doutes, surtout par rapport à la pérennité de l’entreprise. Ma marque a très bien démarrée, le lancement a été bien plus positif que je ne le pensais mais il faut développer l’entreprise. L’objectif maintenant est de commencer à recruter.

 

L’administratif ? EASY

J’ai créé une SARL AU, une entreprise à responsabilité dont je suis l’unique associé. On entend très souvent que que la création d’entreprise est compliquée. Ça n’a pas été le cas pour moi. Il suffit d’avoir un fiduciaire comptable efficace. Pour moins de 5.000 dhs, j’ai pu créer ma boîte de A à Z. Et ça a pris un mois entre le moment où j’ai entrepris les démarches et celui où j’ai reçu mon certificat de création.

 

La solitude de l’entrepreneur

La solitude de l’entrepreneur, elle existe et j’essaye de passer outre en échangeant au maximum,  avec mon entourage et surtout en essayant de rencontrer des entrepreneurs dans d’autres cercles. Je postule actuellement à un programme d’accompagnement et de coaching.

 

C’est ma première expérience entrepreneuriale donc j’ai besoin d’être accompagnée et d’avoir un regard extérieur. Parfois on a tendance à être un peu trop la tête dans le guidon. Tout faire soi-même ça ne donne pas trop le temps de prendre du recul et de penser stratégie. Le fait d’être coacher me fait du bien.

 

Si c’était à refaire?

Sans hésiter, les yeux fermés. Vive l'entrepreneuriat (rires)".

 

Publicité

Commentaires