fbpx
Publicité
Publicité
Publicité

Hommes harcelés sexuellement: ce qu’ils en pensent

La Dépêche | 13 juillet 2018 à 20 h 54 min | Mis à jour 13 juillet 2018

Propos recueillis par

Publicité

Autrefois dirigé exclusivement contre les femmes comme dans toute société patriarcale, aujourd’hui, le harcèlement sexuel dans l’espace public au Maroc touche aussi certains hommes au physique ou au statut matériel avantageux. Vendetta de genre latente ou émancipation débridée du désir féminin ?

 

Dans ces témoignages recueillis par Ladepeche.ma, Hajar explique ses motivations de chasseuse insatiable tandis que Hamza, Younès et Adil nous décrivent leurs ressentis quant à ce nouveau phénomène sociétal.

 

Hajar, 38 ans, chef d’entreprise, Marrakech

“Etre une femme libre, c’est aussi libérer son désir”

 

J’ai vécu 10 ans en France. Cette expérience m’a appris à lutter pour obtenir tout ce à quoi j’aspirais dans la vie. Je ne peux pas rester les bras croisés et attendre que l’homme qui me plaît se rende compte tout seul du fait que je veux être avec lui. Je suis une femme entreprenante et ambitieuse, la passivité et le fatalisme ne font pas partie de mon vocabulaire.

 

J’ai mis des années à devenir une femme libre, certaines normes imposées par la société marocaine, que j’acceptais dans mon adolescence et ma prime jeunesse, me paraissent aujourd’hui misogynes, frustrantes et complètement dépassées. Pourquoi seul l’homme aurait le droit de choisir quand, comment et avec qui commencer une éventuelle histoire? Pourquoi la femme ne serait-elle pas autorisée à exprimer son désir ouvertement et en premier?

 

Oui, je drague les hommes qui m’attirent et plus ils se rebiffent, plus ça m’excite. Le goût du défi et de la conquête, peut-être. On me dit souvent que j’ai un tempérament dominateur et donc masculin, ce sont encore des stéréotypes machistes, chacun vit ses amours et sa sexualité comme lui dicte son coeur et ses envies, quel que soit son genre.

 

Pour moi, “le sérieux” comme on l’appelle est une chose qui s’installe avec le temps et ses épreuves. Quand je sollicite un homme, c’est souvent pour passer un bon moment et basta! Dans la rue, au restaurant, à la salle de sport, dans mon boulot, si je croise un homme qui correspond à mes critères, je fonce. Certains se montrent ouverts, d’autres sont plutôt crispés au début, mais la plupart finissent par répondre à mes avances, lorsqu’ils comprennent que je n’ai pas d’attente sur le long terme.

 

Une femme a aussi le droit de choisir la personne avec laquelle elle souhaite partager un moment d’intimité, ce n’est pas pour autant qu’on peut s’autoriser à la traiter de nymphomane ou de “salope”. J’ai rencontré des hommes qui ont souhaité établir une relation durable avec moi, alors que c’est moi qui les ai abordés en premier. Je n’ai pas honte de ce que je fais et je continuerai à profiter de ma vie comme je l’entends, les racontars des gens pensent ne m’importe pas.  

 

 

LIRE: Mon voile ne me protège pas du harcèlement sexuel

 

Hamza, 32 ans, artiste, Casablanca

“ Je comprends la lassitude et le dégoût des filles ”

 

Je suis l’un des rares hommes conscients de la lassitude et du dégoût qu’éprouvent les filles lorsqu’elles sont sollicitées au quotidien dans l’espace public par de parfaits inconnus. Oui, je les comprends, tout simplement parce que je suis moi-même harcelé par des femmes qui selon moi, manquent d’éducation.

 

On me dit souvent que j’ai un corps bien sculpté et des traits virils et harmonieux, mais je ne me considère pas comme un homme particulièrement beau. Disons plutôt que j’ai un style qui m’est propre, un peu “rebelle”, et qui attire spécialement les adeptes des histoires légères et les gamines qui kiffent les bad-boys, ce que je ne suis pas du tout par ailleurs !

 

Je ne suis certes pas harcelé tous les jours comme les femmes, mais ça se fait de plus en plus et partout. Le week-end dernier, alors que je faisais mon footing en compagnie de ma mère à Ain Diab, quatre jeunes filles nous ont suivi, jusqu’à ce que l’une d’elles vienne m’aborder. Elle a salué ma mère avec beaucoup d’assurance, m’a souri ensuite, puis m’a demandé mon numéro de téléphone le plus naturellement du monde. J’ai refusé en lui expliquant que je n’étais pas intéressé, elle est repartie, la mine dépitée. Maman est restée sans voix devant cette scène, surtout que la fille était visiblement mineure et semblait habituée à ce genre d’approche.

 

Dans l’espace public ou même dans le monde du travail, j’ai comme l’impression qu’une égalité s’installe au niveau de l’expression du désir sexuel. Beaucoup de femmes se donnent aujourd’hui le droit de faire le premier pas sans embarras, lorsqu’un homme les attire, quitte à insister péniblement.  

 

LIRE: Harcèlement sexuel, un sport national au Maroc?

 

Younès, 40 ans, directeur commercial, Rabat

“ La plupart des femmes caricaturent la drague vulgaire des hommes ”

 

Mes amis moins gâtés par la nature m’envient, mais je leur dis souvent qu’être bel homme dans une société en mutation comme la nôtre est plus un calvaire qu’une bénédiction. Je me fais draguer lourdement par les femmes depuis mon adolescence, mais à 40 ans, je n’arrive toujours pas à m’y habituer. En Occident, où les moeurs sont différentes, il n’est pas mal perçu par l’homme de se faire aborder par une fille. Au Maroc par contre, les choses sont plus complexes, surtout que la plupart des femmes s’y prennent de manière vulgaire. Il y a quelques mois à Marrakech, à un feu rouge, deux quinquas chiquement attifées à bord d’une voiture luxueuse m’ont fait un geste de la main m’invitant à les suivre. J’ai fait semblant de ne pas comprendre, elles se sont alors arrêtées et m’ont demandé d’un air hautain de garer ma voiture puis de monter avec elles “pour aller s’amuser un peu”. C’était vraiment la reproduction du cliché des mecs friqués qui se croient capables d’avoir toutes les filles qu’ils désirent grâce à leur fortune. Ce jour-là, j’ai senti une colère noire monter en moi, car j’ai eu l’impression humiliante que ces femmes ne cherchaient pas seulement à me draguer mais à me rabaisser au passage, comme pour se venger de ce qu’ont pu leur faire subir les hommes.

 

Cette façon d’aborder un homme n’est pas plaisante. Personnellement, toute envie s’évapore chez moi quand la fille manque de tact. Puis, ne nous voilons pas la face, si les Marocaines sont plus entreprenantes et paraissent plus émancipées que leurs mères, le but final reste le même. Je n’oublierai jamais ma soirée avec cette fille qui m’avait dragué dans un pub à Casablanca. J’ai fini par céder à ses avances sous l’effet de l’alcool. Le lendemain, alors que je me réveille dans son lit, elle me sort, l’air innocent: “J’ai rêvé qu’on fêtait notre mariage”. Je lui ai répondu par un regard très significatif, puis j’ai filé en espérant ne plus jamais la croiser.

 

LIRE: En 8 ans, j’ai appris ce que c’est d’être une femme au Maroc

 

 

Adil, 27 ans, commerçant, Tanger

“Ce manque de respect m’est insupportable”

 

Si mes gènes de Rifain ne sont pas étrangers à mon allure robuste et élancée, ma pratique régulière du sport et mon alimentation équilibrée y sont aussi pour beaucoup. Grâce aux affaires héritées de mon père, j’ai aussi les moyens de m’habiller de façon élégante et de changer régulièrement de voiture.

 

Dans la rue à Tanger ou d’autres grandes villes, ce sont principalement les filles de milieux populaires qui osent aborder les hommes. Elles ne se prostituent pas forcément, mais sont souvent attirées par les signes extérieurs de richesse. La plupart cherchent juste à passer un bon moment avec un homme qu’elles considèrent comme socialement inaccessible. D’autres, plus rares, croient réellement qu’un jour un gosse de riches aura le coup de foudre pour elles comme “Farah la livreuse de pizza”,  elles tentent alors de provoquer le destin en approchant d’éventuels princes charmants.

 

Le comportement de ces filles de condition modeste ne me plait pas mais ne choque pas plus que ça, car chacun essaye d’améliorer son confort de vie comme il peut. Ce qui me heurte davantage, c’est ce que je vois dans les restaurants ou les night-clubs. J’assiste parfois à des scènes incroyables avec des étudiantes ou des femmes actives qui se comportent exactement comme des prostituées, usant de leurs charmes pour attirer des proies dans leurs filets. Certaines sont capables de tout pour une nuit sans lendemain dans les bras d’un inconnu, d’autres veulent juste s’amuser aux frais du pigeon de la soirée. Parfois, elles te draguent avec obstination alors qu’elles voient bien que tu es accompagné de ta petite amie ou de ta fiancée. Ce manque de respect m’est insupportable.

 

Aux feux rouges, certaines mettent la musique à fond et dansent en te fixant du regard, d’autres écrivent leur numéro avec du rouge à lèvres sur la vitre en espérant que je les appelle. Un jour, en revenant d’une course, j’ai trouvé un bout de papier avec le prénom et le numéro d’une fille accroché à l’essuie-glace. Quand j’ai tapé le numéro dans la barre de recherche sur Facebook par pure curiosité, c’est le profil d’une fille voilée qui s’est affiché. Je ne vous dis pas le choc…

 

Je  ne rejette pas totalement la prise d’initiative par les filles. Seulement, aborder un homme de manière aussi cheap, en plus dans une société conservatrice comme la nôtre, c’est la meilleure façon de lui faire fuir tout engagement!  Si je suis sollicité avec féminité et subtilité par une fille de mon entourage, je pourrai répondre positivement si elle me plait et envisager une relation sérieuse avec elle. Autrement, je réfléchirai un peu comme tous les mecs et en profiterai pour “tirer un coup” et disparaître dans la nature.  

 

Abonnez-vous à notre newsletter

Restez informé ! Dès maintenant et en quelques clics, inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter et recevez en exclusivité nos derniers articles.