Comment Hassad enterre l’héritage Benkirane

La Dépêche | 3 août 2017 à 14 h 53 min | Mis à jour 4 août 2017

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Comment Hassad enterre l’héritage Benkirane
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L’ancien ministre de l’Intérieur a hérité de deux grands ministères, regroupés et mis sous la responsabilité de ce diplômé de l’Ecole des ponts et chaussés de Paris: le ministère de l’Education nationale et celui de l’Enseignement supérieur. A peine nommé par le Roi, Mohamed Hassad a marqué son territoire.

 

Sitôt nommé, Mohamed Hassad s’est penché sur le dossier de l’éducation islamique. Les manuels scolaires avaient déjà connu une première refonte en 2016, sous l’impulsion de Mohammed VI, qui avait initié la réforme lors du Conseil des ministres du 6 février 2016 à Laâyoune.

 

Je réforme, donc je suis

Quelques mois plus tard, en août 2016, “les manuels scolaires, de la première année du primaire au baccalauréat, ont été revus et corrigés”, avait indiqué un communiqué du ministère de l’Education nationale en août 2016.

 

Mais cette réforme avait été jugée insuffisante par les enseignants de philosophie, qui relevaient les nombreuses attaques contre leur discipline, alors que Benkirane avait tenté de soutenir son ministre au lendemain de la polémique. Selon celui qui était alors Chef du gouvernement, ces manuels avaient été “élaborés conformément aux instructions données par le Roi Mohammed VI, aux ministres de l’Education nationale et des Habous et des Affaires islamiques”.

Le 7 avril 2017, soit six jours à peine après sa nomination, Hassad rencontrait des membres de l’Association marocaine des enseignants de philosophie. Le nouveau ministre s’était alors engagé à réformer dès la rentrée scolaire 2017-2018, les manuels d’éducation islamique en les épurant de leur contenu hostile à la philosophie.

 

Adieu universités polytechniques

En juin 2016, Lahcen Daoudi, prédécesseur de Hassad, avait fait adopter en conseil du gouvernement un décret prévoyant la création de 11 écoles polytechniques au Maroc à travers le regroupement des Écoles Nationales des Sciences Appliquées (ENSA) avec les Écoles Supérieures de Technologies (EST) et les Facultés des Sciences et Techniques (FST). Tollé général chez les milliers d’étudiants des écoles d’ingénieurs publiques, qui de Tanger à Agadir, en passant par Rabat, on dit non en choeur au projet de fusion en multipliant les grèves et les manifestations. Plusieurs associations de lauréats de l’ENSA avaient alors demandé à rencontré le chef du Gouvernement, au lendemain des législatives. Quelques jours plus tard, la ministre de l’éducation par intérim, Jamila El Moussali, annoncé la suspension provisoire du projet. Une manière de ne pas totalement désavouer Daoudi.

Le 20 juillet 2017, Hassad donnait raison aux étudiants Ensaistes, en incluant à l’ordre du jour du Conseil du gouvernement un projet de décret mettant fin au projet controversé de Daoudi. Le projet de décret présenté par Hassad, qui sera être discuté au prochain Conseil du gouvernement, abroge le décret 2.15.664, proposé par Lahcen Daoudi à l’époque où il avait les clés du ministère de l’Enseignement supérieur sous la houlette de Abdelillah Benkirane.

“Hassad, tu n’as que ça à faire?”

Alors qu’il s’exprimait devant les membres de son parti le 15 avril 2017, Abdelilah Benkiran en a profité pour dire tout le mal qu’il pensait des décisions de Hassad, qui, selon l’ancien Chef du Gouvernement, irait un peu vite en besogne. “Qu’on m’explique comment Si Hassad, à peine devenu ministre de l’Education, prend de grandes décisions”, avait lancé le chef du gouvernement. “Vous êtes ministre de l’éducation, vous avez d’autres chats à fouetter”. Visiblement, Hassad ne l’entend pas de cette oreille.

 

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