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Harcèlement sexuel, un sport national au Maroc?

La Dépêche | 1 août 2017 à 13 h 32 min | Mis à jour 5 août 2017

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Harcèlement sexuel, un sport national au Maroc?
© Torrenegra/Flickr

Publiée le 30 juillet, la vidéo d’une jeune femme seule harcelée par plusieurs dizaines d’hommes sur la corniche de Tanger rappelle que le harcèlement de rue a encore de beaux jours devant lui. Une pratique qui reste impunie par les lois marocaines.

 

Nous sommes en début de soirée, sur la corniche de Tanger. Une jeune femme vêtue d’un t-shirt et d’un jean se fait suivre par plusieurs dizaines d’hommes déchaînés.Ils la sifflent, crient et traquant leur victime affolée, provoquent même un embouteillage. Effrayant.

 

Cette scène n’est pas une première au Maroc. "C’est scandaleux. Cela montre que nous sommes dans un État de non droit. On voit dans la vidéo que la police n’a pas bougé pour arrêter les ravisseurs", s’indigne Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes.

 

Un problème d’éducation

Selon notre interlocutrice, "le manque d’éducation des jeunes ne fait qu’empirer la situation. Il y a quelques années, les femmes pouvaient se baigner tranquillement à la plage, sans qu’elles ne soient dérangées. Nous sommes à une époque où des hommes pensent qu’ils ont le droit de juger de la tenue d’une femme dans l’espace public. Et c’est malheureux".

 

Comme elle, l’ex-ministre de la Famille Nouzha Skalli est choquée par les images de la jeune femme harcelée à Tanger. "Des faits pareils existaient seulement dans des pays comme l’Afghanistan ou l’Egypte. Je suis consternée de voir que nous ne sommes pas épargnés."

"Nous assistons au développement d’une mentalité insupportable qui considère que la femme est coupable dans l’espace public: coupable d’être habillée d’une manière qui ne plaît pas à tout le monde, ou de ne pas être accompagnée d’un homme lorsqu’elle est dehors", poursuit l’ex-ministre.

 

Les responsables donnent le mauvais exemple

Un fait que la militante féministe Fouzia Assouli explique par "la mentalité sexiste qui existe même au sein du gouvernement". "A quoi peut-on s’attendre lorsqu’un chef du gouvernement a tenu par le passé des propos sexistes? C’est sans parler des cheikhs qui pullulent sur le web et diffusent une idéologie wahhabite qui séduit de plus en plus de jeunes."

 

Outre la mentalité que dénoncent nos interlocutrices, l’absence totale de lois punissant le harcèlement de rue n’aide pas à en finir avec ce fléau. "Aujourd’hui, il n’y a pas un seul texte de loi qui punit le harcèlement de rue", tranche Nouzha Skalli. Et malgré le fait que l’article 503-1 du code pénal punit le harcèlement sexuel, "il n’est pas assez étoffé pour inclure la notion de harcèlement dans l’espace public".

Selon le texte de loi, "est coupable de harcèlement sexuel et puni de l'emprisonnement d'un an à deux ans et d'une amende de cinq mille à cinquante mille dirhams, quiconque, en abusant de l'autorité qui lui confère ses fonctions, harcèle autrui en usant d'ordres, de menaces, de contraintes ou de tout autre moyen, dans le but d'obtenir des faveurs de nature sexuelle".

"L’homme reste le maître des lieux"

Pourtant, début 2010, l’ex-ministre avait proposé un projet de loi contre les violences faites aux femmes. Un projet qui inclut la notion de harcèlement dans l’espace public et qui n’a finalement pas été adopté.

"A l’époque, j’ai rencontré de hauts responsables du ministère de la Justice pour débattre de ce texte de loi. Et j’ai eu droit à une ribambelle de remarques sexistes de leur part. On m’a dit que l’on ne pouvait pas empêcher les hommes de s’exclamer devant la beauté des femmes dans la rue. Ce qui est représentatif de la mentalité dominante qui considère que l’homme reste le maître des lieux", se rappelle-t-elle.

Combler le vide juridique

Face à cette situation, Nouzha Skalli appelle à l’adoption d’une loi contre les violences faites aux femmes, à l’instar de la Tunisie. "Il faut une loi qui met les points sur les i et rappelle une fois pour toutes que la femme est un être libre et une citoyenne à part entière. La femme ne peut pas être assujettie à la volonté des hommes là où elle va en 2017."

 

Fouzia Assouli, de son côté, appelle le Maroc à être à la hauteur de l’image de modernité qu’il veut véhiculer. "Il faut qu’il y ait des engagements fermes de l’État sur la question. Un pays qui se dit ouvert et intégré dans la mondialisation devrait également l’être dans la réalité. Il faut le faire ne serait-ce que par intérêt économique."

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