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Hakim Benchamach veut-il enterrer l’héritage El Omari ?

La Dépêche | 20 juillet 2018 à 14 h 35 min | Mis à jour 20 juillet 2018

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A peine installé sur son nouveau siège de secrétaire général du PAM, Hakim Benchamach a déjà marqué son territoire. Souhaite-t-il pour autant tourner la page Ilyas ?

 

 

« Nous sommes suffisamment mûrs pour ne pas avoir d’ennemis. Nos seuls ennemis aujourd’hui, c’est la pauvreté et la précarité« . Voici, en substance, la teneur des premières déclarations de Hakim Benchamach à la presse après avoir été choisi, en mai dernier, à 83% des voix du Conseil national du PAM comme dirigeant du parti, au cours d’élections où il n’a pas réellement eu de concurrent sérieux.

 

Sitôt élu, le président de la Chambre des Conseillers n’a pas tardé à faire savoir qu’il entend donner un souffle nouveau à sa formation en la démêlant des confrontations « populistes » pour l’inscrire dans les débats sur les « véritables questions sociales ».

 

Changement de dirigeant donc, mais aussi d’ennemi, car, faut-il le rappeler, le secrétaire général sortant, Ilyas El Omari, ne manquait pas d’enfler dans ses sorties que l’ennemi premier du PAM est l’islamisme et que, lui et ses compagnons, étaient venus « le combattre au Maroc« .

 

Passé du statut d’outsider à celui de favori de la course au remplacement d’Ilyas El Omari, Benchamach hérite d’un parti fort de sa représentation carabinée au parlement, mais affecté par les clivages internes nés durant le mandat précédent : El Omari était sous le feu des critiques de certaines figures du parti, comme le sulfureux Abdellatif Ouahbi et le premier Secrétaire général Hassan Benaddi. Pour ce dernier, « le PAM gagnerait à avoir un autre patron dans un contexte politique traversé par le populisme« . D’où, vraisemblablement, l’unanimité autour de Hakim Benchamach, encensé pour ses méthodes « collaboratives » et « consensuelles« .

 

Un bureau politique sur mesure

Deux mois à peine après sa consécration en tant que nouveau chef du PAM, ce natif de Beni Bouayach (province d’Al Hoceima) semble déjà ficeler les traits nouveaux d’un parti qui le veut à son goût.

 

Le 14 juillet dernier, le premier Conseil national du PAM sous Hakim Benchamach a désigné au vote une liste pour le moins curieuse du nouveau bureau politique du parti : aucun des anciens secrétaires généraux n’y est, avec une étonnante absence des fidèles d’Ilyas El Omari, comme l’ancien vice-secrétaire général Habib Belkouch, l’ex porte-parole du parti Khalid Adnoun ou encore la journaliste Souhaila Riki. Autrement dit, le nouveau patron du parti à l’image représentée par un tracteur n’aura pas affaire aux proches d’El Omari dans sa nouvelle garde rapprochée de 34 membres, à l’exception de Mohamed Chrourou et Aziz Benazzouz, présidents des groupes parlementaires du parti à la première et deuxième Chambre, et donc membres de fait du bureau politique selon les lois internes du PAM. 23 nouveaux membres ont jusqu’ici été élus, dont 12 représentants des régions, 5 jeunes et 6 de la liste dévolue aux femmes. Quant aux 7 sièges restants, ils devront être nommés par le secrétaire général lui-même.

 

Une dernière chance pour les anciens cadors du parti ? « Certainement pas. Benchamach veut tourner les pages du passé et barrer la route à toute personne menaçant la cohésion interne« , nous confie ce nouveau membre du bureau politique qui a tenu à garder l’anonymat. « Il n’y aura pas d’ex-secrétaire général sur les 7 futurs membres juste parce que chacun d’eux a ses propres préoccupations. C’est tout !« , tempère Aziz Benazzouz.

 

Plus aucun droit à l’erreur

Plus que son rôle de remplaçant d’un secrétaire général démissionnaire, Hakim Benchamach est avant tout perçu comme le meneur d’une refondation « nécessaire » du parti. « Non qu’Ilyas est un mauvais leader, mais des groupes au sein du parti considéraient son profil inadapté à ce stade de vie du PAM. Il est sorti la tête haute, et sa démission a été saluée par tous les membres« , explique notre source, qui fait partie du bureau politique.

 

S’il souhaite conduire le parti au tracteur par la rupture avec les « méthodes du passé« , le nouveau chef de file du PAM ne tarit pourtant pas d’éloges sur son prédécesseur : « le connaissant depuis très longtemps, la démission d’Ilyas ne m’a pas surpris. Je suis persuadé que son intégrité l’a conduit à faire ce choix », avait déclaré Benchamach à La Dépêche au lendemain de la démission surprise d’El Omari en août 2017.

 

Aujourd’hui, celui qui occupe le perchoir de la Chambre haute se dit prêt à faire son autocritique : « le PAM doit rattraper les erreurs commises par le passé, comme tout récemment, dans la gestion du Hirak du Rif. La direction du parti et ses élus là-bas n’ont pas été à la hauteur de la responsabilité qu’ils ont en tant que représentants de la population… Nous n’avons plus droit à l’erreur », a-t-il averti lors du premier meeting du parti, tenu sous ses rênes à Fès, le 24 juin dernier.

 

Tendance pacifiste

Bien qu’elle fasse suite au choix « individuel » d’Ilyas El Omari de remettre les clés du parti au tracteur, la montée en puissance de Hakim Benchamach demeure indissociable des autres changements de têtes subis par les états-majors d’autres partis. De l’élection de Nizar Baraka à la tête de l’Istiqlal à la place de Hamid Chabat, passant par l’écartement de Benkirane par le PJD en faveur d’un glacial Saâd Eddine El Othmani, et aujourd’hui, avec le retrait d’Ilyas El Omari, tout le peloton des chefs de partis tonitruants s’est éclipsé, soit ceux qui étaient souvent au premier rang lorsqu’il s’agissait de discréditer les adversaires et de les plomber d’accusations, parfois même injurieuses.

 

Résultat : l’écartement de ces têtes brûlées signe la fin d’un feuilleton politique riche en chamailleries tant au parlement que dans les tribunes médiatiques… Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette transformation de l’échiquier politique n’est pas due à un mauvais bilan de ces figures partisanes, et ne saurait par conséquent s’expliquer par les performances électorales des partis sous leurs commandements. Car, aussi paradoxal que cela paraisse, ces partis – sauf l’Istiqlal de Chabat, passé de 60 à 46 sièges au parlement entre 2011 et 2016 – ont réalisé les meilleurs exploits électoraux de leur histoire sous leurs désormais anciens patrons : le PJD est devenu le premier parti du Maroc sous le mandat de Benkirane, tandis que le PAM a vu sa représentation doubler à la Chambre des Représentants durant le mandat d’El Omari (de 47 à 102 sièges). Les raisons de ces changements de têtes sont donc à trouver ailleurs …

 

Mais quoi qu’il en soit, la perméabilité de la scène politique face aux aléas sociaux est désormais avérée, avec une majorité gouvernementale fragilisée et un leadership partisan qui a fait peau neuve. La reprise en main de ces grands partis par des leaders « consensuels » est-elle pour autant un bon moyen de regagner la confiance de citoyens plus que jamais déçus du rendement de leurs représentants ? Rien n’est moins sûr…

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