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Étudiante échange son corps contre bonne note

La Dépêche | 2 novembre 2017 à 17 h 16 min | Mis à jour 2 novembre 2017

Étudiante échange son corps contre bonne note
© Sami Ameur

Les études, ça n'a jamais été son truc. Alors, Hanane, 25 ans, a trouvé un moyen d'exceller en classe: elle a donné son corps contre de bonnes notes. Et a chopé une "moyenne sexuellement transmissible", qui lui a permis de décrocher une licence haut la main. On vous rassure, trois ans plus tard, avec du recul, elle regrette. Enfin, un peu.

 

"À l’école primaire déjà, ma mère offrait de petites attentions de temps en temps aux institutrices pour qu’elles prennent bien soin de mon bulletin à la fin de l'année, mais je n’ai jamais pensé en arriver là une fois à la fac. Et pourtant…

 

En 2012, je suis inscrite en fac d'éco. C'était mon année de licence, et les cours commençaient à se corser. Ma bête noire? La compta. Je n'y comprenais rien: compte de produits et de charge, actif et passif, débit, provision, amortissements… C'était du chinois pour moi. Mais je devais trouver un moyen de valider coûte que coûte la matière, car je comptais déposer ma candidature pour des masters en France.

 

Il se trouve que j'ai toujours eu de bons rapports avec la plupart de mes profs, ça aide... Je me suis dit que le seul moyen de valider ma matière était de me rapprocher de mon prof de compta. Il avait la quarantaine. Un père de famille tout ce qu’il y a de plus banal.

 

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Après l’avoir approché quelquefois à la fin du cours pour feindre mon intérêt pour sa matière en lui posant des questions, on a noué des liens. De fil en aiguille, il m'a proposé de me donner des cours pour m'aider, puis, un café. Je n'ai dis pas non.

 

Ça allait de soi...

On a commencé à se voir très régulièrement, à s'ouvrir l'un à l'autre. Il me racontait ses problèmes de couple, j'inventais des histoires pour faire semblant que je me confiais à lui. Et ce qui devait arriver arriva, pas besoin de vous faire un dessin. Quelques semaines après, il a loué un appartement pour qu’on passe la soirée ensemble. À vrai dire, la question des notes n’a jamais été explicitement abordée, mais ça allait de soi.

 

Les MST, moyennes sexuellement transmissibles

L’Agence France-Presse a consacré, le 21 octobre, un article au phénomène des "moyennes sexuelles transmissibles" au Gabon. Un phénomène qui provoque la colère des milieux universitaires et qui permettrait à certains professeurs d’utiliser les notes comme un moyen pour harceler sexuellement les étudiantes.

 

"Il (un professeur de lycée) a commencé à me faire des avances. J'ai commencé à refuser, refuser, refuser, jusqu'au jour où il m'a mis zéro à mon premier devoir", raconte une étudiante gabonaise à l’AFP. L’étudiante, qui a témoigné à visage caché, s’est dit fière d’avoir "su résister".

 

Les intimidations vont plus loin, selon les témoignages rapportés par l’agence de presse française. "Si une fille a un petit ami qui est étudiant, ce petit ami va subir les foudres de l'enseignant et aura des zéros lui-même pour amener la fille à céder", raconte un étudiant de l’Université Omar Bongo qui dit avoir déjà prévenu l’administration du campus de ce fléau.

 

Pour ma part, même si c’était une relation gagnant-gagnant, j’essayais d’être réceptive à ses attentions. Il ne fallait pas qu’il se rende compte que je le menais en bateau. D’ailleurs, même aux rares amies à qui je parlais de notre relation, je disais que j’étais amoureuse de lui, que c'était du sérieux blabla.

 

Comme je m’y attendais, mes premières notes aux examens de compta étaient excellentes. Au fond, je savais que j'étais nulle, mais au moins, ça ne se voyait pas sur mon relevé de notes. A la veille de l’examen du premier semestre, mon amant de prof m’a envoyé de lui-même l’examen et son corrigé. De tous les cadeaux qu'il m'avait offerts, celui-ci était mon préféré.

 

Tissus, parfums et boîtes de chocolat

En réalité, sexe ou pas, les profs sont facile à amadouer. À mes vieilles profs femmes, j’offrais des tissus ou des parfums, pour gagner leur affection. Une fois qu’elles ont accepté ta petite attention qui semble être totalement désintéressée, tu sais qu’elles te mettront d’elles-mêmes une bonne note. Facile…

 

Une boîte de chocolat par-ci, une bougie parfumée par là, et tout le monde était content. Je n’ai jamais eu à passer un rattrapage à la fac. Pourtant, j’en connais qui ont travaillé très dur pour, aun fine, ne pas réussir leur année.

 

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Revenons à mon professeur. Vers le mois de mars, il m’annonce son intention de divorcer pour me demander en mariage. J’avais 20 ans, lui plus de 45, je ne me voyais clairement pas avec un homme comme lui, mais l'année n'était pas encore terminée, j'avais encore besoin de booster mon bulletin.

 

J’ai donc fait semblant d'être enchantée de passer le reste de ma vie à ses côtés. A ses yeux, nous étions désormais un couple presque officiel. Début juin, au moment où je passais mes examens finaux, j’ai appris que j'étais admise en master à Grenoble, en France. Je n'ai rien dit. Je n'avais plus que quelques jours à fréquenter mon prof qui commençait à sérieusement peser sur mon quotidien.

 

L'examen final en avant-première

Il ne faut pas croire, mener cette double vie, ça n'a pas été facile. Il faut mentir à tout le monde: à sa mère, quand tu disparais en week-end, à tes camarades de classe qui ne comprennent pas comment tu peux avoir des supers notes alors que tu ne captes visiblement rien à la matière… Et puis, quand tu sors, tu dois bien regarder partout, avec la crainte perpétuelle que quelqu'un te reconnaisse, un ami, un membre de ta famille…

 

A la fin de l’année, sans surprise et sans effort, je décroche un 17/20. Bien entendu, j’avais encore une fois accès à l’examen final avant tout le monde. On se revoit le  lendemain des résultats. Je voulais le remercier et passe une dernière nuit avec lui. Il était encore à fond sur notre projet de vie commune, moi je pensais déjà à mon master en France.

 

L’été qui suit, je disparais du jour au lendemain. J'ai d'abord déménagé, puis, arrêté de répondre à ses appels, tout simplement. Sincèrement, au départ, je pensais qu'il était assez lucide pour comprendre que notre relation était basée sur un échange de bons procédés, mais non, il est tombé amoureux, malheureusement...

 

Le scandale tétouanais

À l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan, un professeur a été arrêté pour avoir eu des relations sexuelles avec certaines de ses étudiantes en échange de bonnes notes.

 

Le mis en cause faisait l'objet d'un mandat de recherche suite à sa présumée implication dans une affaire de chantage sexuel sur ses étudiantes. Trois étudiantes ont été auditionnés en mai 2017. La DGSN avait mis la main sur des textos de nature sexuelle entre le professeur et ses étudiantes.

 

Pendant des mois, il n’a pas cessé de m’appeler, à m’envoyer des textos, en changeant progressivement d'approche, de ton:  il était d’abord doux, puis a commencé à me supplier avant de me menacer et de me traiter de tous les noms. Il se sentait dupé, je crois. Je le comprends.

 

À l’époque, je ne me suis pas sentie coupable que ça. J’étais jeune. Je ressentais même un certain plaisir vicieux à l'idée de l’avoir arnaqué. Aujourd’hui, je sais que j’ai été malhonnête, j'estime que nous avons été tous deux responsables de cela. C'est comme pour la corruption: qui faut-il punir, celui qui corrompt ou celui qui accepte de se faire corrompre?

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