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Mon enfant, tu serviras la nation une année entière

La Dépêche | 24 août 2018 à 12 h 59 min | Mis à jour 29 août 2018

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Ma chère enfant, je ne suis pas une militaire, je ne pourrais pas faire partie de l’armée, car je crois bien, et tu le sais déjà, que je suis une artiste dans l’âme.

C’est pourtant avec enthousiasme que j’applaudis cette décision de réinstaurer le service militaire obligatoire, prise par le roi, cet été, en conseil des ministres, après approbation par le gouvernement d’un projet de loi qui sera soumis au vote du parlement à la rentrée.

Ta maman s’adresse avant tout à toi, ma fille, qui a fêté, cette année, tes 16 ans. Mais quel scoop, me dirais-tu ironiquement, comme si je ne savais pas que tu es ma terrible maman, et que j’ai déjà 16 ans …

Mon enfant, tu es une adolescente dorlotée, tu possèdes un iPhone, un ordinateur bien plus performant que celui sur lequel je vous écris ça, tu as, dans ta chambre, une petite bibliothèque pleine de livres, tu t’habilles bien, tu vas au lycée français de Casablanca et je suis fière de constater que tu y excelles.

Tu te demandais, toute petite, qui pouvait bien être cette « autre petite fille » qui héritait de tes jouets et de tes vêtements qui avaient « rapetissi », c’est ton terme, au fur et à mesure que tu grandissais.

« Où est cette autre petite fille ? Je veux la voir ! »

Ma fille, cette « autre petite fille », tu vas enfin faire connaissance avec elle. Ce sera une jeune fille de ton âge, qui a, tout comme toi, bien grandi. Tu vas rencontrer des jeunes issus de tous les milieux sociaux, et tu te rendras compte que vous êtes parfois très différents, pourtant tous Marocains.

« Il n’y aura pas de passe-droits », nous promet-on : pas de « coup de piston », ma fille, pas de « bak sahbi » (« ton papa est mon ami »), pas de privilèges.

Enlevez vos bijoux, vos montres coûteuses, très chers « kiliminis» (c’est là le doux surnom qu’on donne à tes camarades qui se rendent à ton lycée, quelquefois conduits par leur chauffeur). Ce sera, pendant une année, le même paquetage pour tous. Le même uniforme.

Vous n’aurez peut-être pas tous les mêmes références culturelles, les mêmes goûts, mais vous allez échanger vos idées, comparer vos différences, trouver vos ressemblances.

Ecouter de la musique, le soir, dans votre chambrée. Vous faire des confidences sur vos lits superposés, rire et plaisanter sous la douche collective. Eh oui, mon enfant, le service militaire, c’est aussi cela.

Vous allez peut-être vous jalouser, vous disputer. Vous aimer, vous apprécier, créer vos clans. Faire des bêtises. Sois la digne fille de ta mère, de ce point de vue, mais s’il te plaît, n’en fais pas trop, n’oublie pas que tu seras abritée durant un an par les Forces Armées Royales, ça ne rigole pas, là-dedans. Ou peut-être que si, mais un tout petit chouia.

 

 

LIRE : Jeunes gens, le service militaire obligatoire vous attend

 

Toi qui t’es levée bien souvent vers midi, durant ces vacances d’été, tu vas oublier, une année durant, tes chères grasses matinées. Sauf pendant tes permissions à la maison.

Tu vas découvrir les joies du réveil dès 6 heures, ah que si, ma fille, le salut au drapeau les yeux encore embrumés par le sommeil, l’hymne national que vous entonnerez en chœur, la devise du royaume sur laquelle vous vous époumonerez en point d’orgue final.

Vous allez vous rendre compte que vous êtes soudés par un même lien, fort et beau : ce drapeau rouge frappé d’une étoile verte.

Je ne sais à quelle mission les militaires vont t’affecter, mais vous aurez tous la même protection sociale, la même indemnité mensuelle (tu ne vas pas rechigner à prendre ces 2000 DH, je te connais).

Peut-être seras-tu plutôt affectée à un service civil, auquel cas te seront épargnées, juste après ton frugal petit-déjeuner, les séances de pompes ou la course à pied à 8 heures du matin …

Ma fille, un an, même vécu à la dure, ça passe vite. Et ça te forgera. Si tu choisis de privilégier d’abord tes études, tu pourras décider de faire ton devoir envers notre nation plus tard dans ta vie, car oui, les militaires ne savent pas uniquement donner et exécuter des ordres, ils négocient aussi (parfois).

De ta mission avec tes camarades, tu reviendras avec des souvenirs plein la tête, riche d’amitiés que tu noueras, que tu n’oublieras pas.

Le sens du partage que je m’efforce de te transmettre sera là-bas décuplé, j’en suis sûre.

Ma fille, ma chérie, tu vas aimer notre pays, car tu l’auras servi pendant un an. Comme tous les jeunes du Maroc, ceux qui auront pu le faire.

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