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Le discours du trône en 3 questions

La Dépêche | 31 juillet 2017 à 7 h 22 min | Mis à jour 1 août 2017

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Le discours du trône en 3 questions
© Sami Ameur
  • Pourquoi ce discours était-il important?

Il l’était à plusieurs titres. D’abord parce que, traditionnellement, le discours du trône est, chaque année, l’un des rendez-vous politiques les plus importants, l’un des rares, avec la fête de la Révolution du Roi et du peuple (20 août) et la commémoration de la Marche verte (6 novembre) au cours desquels le roi s’adresse directement à la nation. Le roi Mohammed VI ne s’était donc pas adressé officiellement aux Marocains depuis le dernier discours commémoratif de la Marche verte exceptionnellement prononcé depuis Dakar. Il faut bien avouer que, depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. A l’époque, Mohcine Fikri venait tout juste de décéder dans une benne à ordure, mettant tout le pays en émoi et une région, le Rif, en colère. Après la victoire de son parti aux élections législatives, Abdelilah Benkirane était encore en charge de constituer une majorité et un gouvernement. Neuf mois plus tard, la donne a complètement changé. Saâd-Eddine El Othmani a remplacé Benkirane. Autant l’un dérangeait par son verbe fleuri, autant l’autre agace par son silence.

Les délégations ministérielles se sont déplacées mais les manifestations ont continué. Les arrestations ont plu, les politiques se sont terrés, et tous les regards se sont tournés vers le roi, celui sans qui rien ne semble pouvoir se faire.

Ainsi, si le discours de Dakar, qui venait couronner la politique africaine du roi et le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, était résolument ambitieux et positif, force est de constater que le récent discours du Trône, entièrement consacré aux questions intérieures, résonne comme un coup de semonce.

 

  • Qu’apporte-t-il de nouveau?

Notons d’abord que ce dernier discours est fidèle à la tradition des discours royaux sous Mohammed VI : ils sont rarement l’occasion d’effets d’annonce. A l’exception notable du discours du 9 mars 2011, quand le roi s’adresse à la nation, ce n’est pas pour annoncer qu’il a pris une décision concernant tel ou tel sujet, mais pour l’entretenir des priorités du moment et de sa vision stratégique. Ainsi, ceux qui attendaient des mesures concrètes en sont pour leurs frais et doivent se résoudre à patienter encore. Aucune annonce concrète, donc, mais l’impression évidente que le roi s’impatiente. Si l’on se réfère au discours du Trône de l’année dernière, on constate que les questions liées à l’administration publique et aux partis politiques avaient déjà été abordées. Le roi avait alors scandé l’urgence à mettre en place le « nouveau concept de l’autorité » appelé de ses vœux dès son accession au trône, il avait aussi mis en garde les responsables politiques sur les enjeux électoraux à venir.

D’une année à l’autre, ce qui a changé, c’est que le Maroc a avancé sur la scène internationale, mais que ses victoires sont mises en péril par des questions d’ordre intérieur, où des projets vitaux pour le pays et ses citoyens ont été pris en otage par des guéguerres politiciennes. Le roi semble dire que des têtes vont tomber…

  • A quoi faut-il s’attendre?

Il faut rappeler que ce discours était particulièrement attendu dans le cadre de la contestation dans le Rif qui a donné lieu à de nombreuses arrestations. C’est la libération des détenus que réclament aujourd’hui ceux qui sortent épisodiquement manifester. Le roi a donné un signal fort en accordant sa grâce aux militants qui en ont formulé la demande. Les autres ont jusqu’au prochain aïd pour se raviser et montrer plus de signes de bonne volonté. De fait, la contestation dans les rues semble marquer le pas. Non pas que les attentes aient été comblées, mais du moins l’espoir est-il de retour… Pour le politologue Mohamed Tozy, le Hirak marque en quelque sorte la normalisation, et donc la démocratisation, de la contestation. Du côté de l’appareil sécuritaire, en effet, en neuf mois de contestation, à l’ère du digital et de la vidéo live, aucune bavure policière n’a focalisé l’attention de l’opinion publique. C’est en soi un exploit, surtout quand on se souvient des pratiques qui avaient vent sous Hassan II.

La véritable inconnue réside dans la capacité du Hirak à se muer en organisation politique alternative.

Le Mouvement du 20 février n’a pas vraiment eu de leader, c’est son péché originel. Le Hirak, au contraire, a très rapidement fait émerger une personnalité, Nacer Zefzafi. Tout dépend de sa capacité à être autre chose qu’un tribun et à faire preuve de sens politique. Avant tout, il doit sortir de prison et méditer la suite de son combat.

La deuxième inconnue de cette crise réside dans le sort qui attend le PJD.

De l’aveu même de son secrétaire général, le parti traverse une de ses crises les plus graves, une crise de leadership qui risque d’avoir raison de sa cohésion partisane légendaire.

Les autres partis, qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition, ne sont pas exempts de reproches, loin s’en faut. Si bien qu’aucun leader ne semble aujourd’hui faire l’unanimité, même dans son propre camp. Aucun candidat potentiel au poste de chef de gouvernement n’est objectivement et absolument légitime. Et le dernier à l’avoir été, à savoir Benkirane, a gaspillé le crédit qu’il lui restait dans un improbable bras de fer avec son propre ego. En fait, si on pousse plus loin la logique du discours royal, le roi devrait prendre acte de l’impuissance du gouvernement et désigner un nouveau chef pour conduire la majorité. Mais les jeux sont loin d’être faits et les paris grands ouverts.

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