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Danaé Brisonnet, street-artiste engagée

La Dépêche | 6 juillet 2018 à 14 h 11 min | Mis à jour 6 juillet 2018

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A 26 ans, Danaé Brisonnet, street-artist d’origine canadienne, a adouci par le dessin le béton de plus de 10 pays. Invitée par le festival Sbagha bagha de Casablanca, elle a laissé de superbes fresques sur les murs de la ville blanche. Rencontre avec une muraliste qui transcende les frontières.

 

© danae_brisso Instagram
© danae_brisso Instagram

Ses fresques, traces de pas d’une nomade à la soif de découverte insatiable, ont embelli la pierre brute du Nicaragua, de la Colombie, de l’Espagne, des Etats-Unis, de Taïwan, du Mexique. Mais aussi de la Belgique, de son pays natal le Canada, de la Guadeloupe et du Népal, avant de jeter leur dévolu sur les murs défraichis de Casablanca pour le Festival de street-art Sbagha bagha.

Danaé, connue dans le monde de l’art urbain pour son univers esthétique haut en couleurs, donne vie à des bestioles surréalistes et bariolées. En regardant ses travaux, que ce soit les costumes qu’elle confectionne ou ses croquis aux proportions démesurées, il n’est pas improbable de tomber sur des oiseaux à quatre pattes en ossements humains, ou sur des alligators avec des rails à la place de la colonne vertébrale.

Son prénom, lui-même issu de la mythologie grecque, témoigne de la singularité du personnage derrière la fresque murale de l’immeuble 4 de la rue Bir Jadid au quartier Zerktouni.

Quand on rencontre Danaé, on est immédiatement frappé par son look excentrique. Sa combinaison orange fluo est tachetée de peinture de la tête aux pieds, ses cheveux fourrés sous sa casquette laissent deviner une crinière aux mèches folles.

Son sourire, qui ne la quittera guère tout le long de la rencontre, ne fait point soupçonner les longues heures passées perchée sur une grue, sous le soleil éclatant de juin à gratter le mur, à tracer la silhouette disproportionnée de la créature étrange, nouvelle locataire de l’immeuble, et à colorer chacune des plumes de sa queue de sirène.

Ayant grandi dans une maison octogonale, « de poupée » selon ses propres mots, dans la nature canadienne, les rencontres qu’elle a faites durant ses voyages, la richesse de l’histoire des communautés qui l’accueillent, ainsi que les broderies colorées de sa grand-mère guadeloupéenne l’ont toujours fascinée.

« Ma grand-mère, qui était bipolaire, faisait d’immenses broderies de grands villages multicolores durant ses crises. Dans mes fresques, il est fréquent de trouver des maisonnettes, c’est ma manière de lui rendre hommage en l’incluant dans mon art », raconte Danaé dans un sourire nostalgique.

 

© danae_brisso Instagram
Détail d’une grande murale à Burgaw en Caroline du Nord, aux États-Unis

 

A 18 ans, après avoir fini le Cégep canadien (formation technique et préuniversitaire spécialisée ayant lieu après le secondaire), durant lequel elle a pu aborder les différentes techniques de la création plastique, du conceptuel à la sculpture, elle décide de laisser libre cours à sa passion et de découvrir jusqu’où celle-ci peut la mener.

 

Du Québec au reste du monde 

« Je touche un peu à tout, j’aime le théâtre, j’aime peindre des murales, confectionner des costumes », nous dit-t-elle. Danaé préfère ne pas se limiter à une seule pratique, elle décide d’alterner entre les trois en voyageant à travers le monde.

« Ça fait six ans que je n’ai pas de maison », nous confie-t-elle. Atteinte de la fièvre du voyage, elle compte conserver ce rythme de vie pour encore quelques années.

Sous ses tâches de rousseur malicieuses, elle nous livre la confidence d’un road-trip qu’elle projette de faire à travers toute l’Afrique, durant lequel elle laissera une fresque à chaque nouvel endroit qu’elle visite.

 

© danae_brisso Instagram
© danae_brisso Instagram
Worskhop de murales à Bamako

 

D’ailleurs, les destinations choisies par la voyageuse québécoise ne sont pas toujours des zones sûres. En février 2015, elle parcourt la forêt amazonienne- zone instable marquée par la présence des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) – afin d’assurer des ateliers artistiques aux enfants de la région.

Quand on lui pose la question sur le choix de cette destination elle répond : « Les choix de sécurité n’existent pas, il est vrai qu’il pourrait se passer des choses terribles. Mais ce genre de choses peut aussi arriver si l’on reste assis chez soi en regardant la télé ».

« Laisser une murale dans les endroits que l’on visite, c’est bien. Mais ce qui m’intéresse c’est tout le processus qu’il y a derrière, avec ses découvertes humaines et l’assimilation de la culture locale. Mon enrichissement se réalise à travers ces ateliers, sachant que je les fais gratuitement pour en faire profiter les couches sociales les plus défavorisées », poursuit la street-artiste.

 

Débarquement à Casablanca

La jeune artiste de 26 ans est tout de suite frappée par les contrastes qui jonchent la ville. Entre la route côtière qu’elle compare à Miami Beach et les souks avec leurs étalages de fruits et de soupes aux escargots, elle trouve à la métropole économique « un charme spécial ».

Perchée sur sa grue, les riverains scrutent l’œuvre de la canadienne à la combi fluo, une vue assez inhabituelle pour les habitants de ces HLM casaouis. Un gardien de voitures, auquel nous avons demandé la route, nous lance « tu cherches la fille qui peint le mur ? ».

 

©Hamza Nuino pour Sbagha bagha 2018
©Hamza Nuino pour Sbagha bagha 2018

 

Il nous mènera vers la fresque à fond bleu, et à celle que nous cherchons.

« Je pense que les gens ne sont pas encore habitués à l’expression artistique dans l’espace public. Il n’y a pas vraiment eu de préliminaires, ils se sentent probablement attaqués. Mais je pense qu’un jour, ils y seront si habitués qu’ils l’oublieront, comme en Amérique Latine où le street-art est omniprésent. »

 Offrir aux gens de la beauté dans leur vie quotidienne, c’est ainsi que Danaé résume ce sous-genre du troisième art. Les Bidaouis en avaient bien besoin !

 

©Hamza Nuino pour Sbagha bagha 2018
©Hamza Nuino pour Sbagha bagha 2018

 

Voici l’explication de la fresque par l’artiste elle-même, (vidéo publiée à l’origine sur la page Facebook: Sbagha Bagha Casablanca Street Art Festival)

 

#SBAGHABAGHA18 EN VIDEO – DAY 1

Elle, c'est Danae (from Canada) et son mur est pratiquement fini… elle nous parle de son monde artistique. N'hesitez pas à aller sur www.sbaghabagha.ma pour avoir les adresses et aller voir de plus près. itoub !Video by : Seddik Khalfi Soundtrack : Hoba Hoba Spirit (page officielle)#sbaghabagha18#streetartfestival#streetartmorocco#streetartcasablanca

Publiée par Sbagha Bagha Casablanca Street Art Festival sur Mardi 26 juin 2018