fbpx
Publicité Publicité Publicité
Publicité
Publicité

Ceux qui critiquent la danse orientale sont les premiers à assister à mes shows

La Dépêche | 27 décembre 2017 à 20 h 16 min | Mis à jour 21 mars 2018

Propos recueillis par

Publicité

Véritable coqueluche des soirées mondaines, Maya Dbaich s’est imposée comme une figure incontournable de la danse orientale marocaine. Une discipline qu’elle pratique depuis son plus jeune âge avant d’en faire son métier, même si beaucoup ont tenté de l’en dissuader. Interview.

 

Maya, où as-tu appris à danser ?

J’ai grandi dans une famille où tout le monde adorait danser, on dansait à la maison, qu’il y ait une occasion ou non. Mais surtout, ma mère avait une amie que je trouvais très belle et qui excellait en danse orientale. Chaque fois que je la voyais danser, j’avais envie de l’imiter. Ensuite, je me suis mise à la danse classique, je me suis cherchée, jusqu’à trouver un style qui me correspondait. Plus tard, j’ai commencé à apprendre avec le grand chorégraphe et professeur de danse Charaf Ennaji, pour franchir un palier, devenir plus professionnelle et maîtriser la discipline. C’est avec lui que j’ai fait mes 4 premières années dans ce métier.


Quand as-tu su pour la première fois que tu voulais devenir danseuse orientale ?

Très jeune, quand j’allais passer des week-ends chez ma grand-mère, je prenais du plaisir en regardant les spectacles de Najwa Fouad ou de Sherihane. Je trouvais ce qu’elles faisaient très beau, je me disais: « cela devrait être magnifique d’être danseuse! ». Après, quand j’ai eu l’âge de prendre des décisions, j’ai compris que c’était accessible, qu’il suffisait de décider pour se lancer. J’ai réalisé que ce qui me freinait, c’était des personnes qui ne demandent pas mon avis mais qui m’imposent quand même de demander le leur.

C’est aussi cette société qui impose des normes pour rendre tous les gens identiques, comme si on était tous obligés de faire pareil pour être bien.

 

J’ai vite compris qu’il est important de faire ce qu’on veut, ce qui nous plait sans chercher à suivre un modèle prétendument parfait.

 

Comment ont réagi tes parents et tes proches quand tu leur as annoncé ça ?

Mes parents et ma sœur n’étaient pas contents. Mais franchement, je n’en avais rien à faire, je voulais à tout prix imposer mon choix, et j’avais beaucoup de courage pour aller au bout de ma décision. Je ne voulais pas renoncer juste parce que ça ne plaisait pas à mon entourage. Mais tout a fini par rentrer dans l’ordre.  

 

LIRE: Amal Essaqr: J’ai été harcelée sexuellement plus d’une fois

 

Quels sont les sacrifices que tu as consentis pour atteindre ton niveau?

Quand j’étais plus jeune, je ne considérais rien comme étant un sacrifice. C’était au contraire un plaisir pour moi de prendre des cours pour progresser. Maintenant, mes sacrifices sont liés à mon quotidien de femme, de mère de famille avec des enfants. A cela s’ajoute le manque de sommeil et de repos…

 

Quelles sont tes sources de revenu ?

Pendant longtemps, j’ai donné des cours dans des salles de sport ou à domicile, pour des femmes qui souhaitaient prendre des cours particuliers.

Je faisais des passages dans des restaurants connus à Casablanca, pour des shows de 15 minutes dans des endroits où il y’a l' »hayha » et « nachat » (rires), et bien sûr les mariages, les baptêmes, et tout genre de fêtes comme ça.

Actuellement, je suis la directrice artistique d’un grand restaurant à Marrakech, le Malak, je m’occupe de l’arrangement du plateau, du choix des danseuses, des chorégraphies, etc. C’est très intéressant. Sinon, mon école de danse ouvre bientôt sur Casablanca…  


La danse orientale t’a-t-elle permis de t’enrichir?

C’est un métier qui est assez bien financièrement. Je vis bien et j’arrive à m’adapter selon les les rentrées d’argent, puisque les revenus varient d’un mois à l’autre, selon les saisons de fêtes.


Est-ce qu’il y a une concurrence entre les filles dans ce domaine?

Walouuuu! La concurrence n’existe pas, chacune de nous a son style, chacune a un modèle, on se respecte beaucoup et les filles me demandent mon avis, me font confiance. Je les conseille régulièrement. J’essaye également de les intégrer avec moi dans mes shows…

 

Comment es-tu arrivée à te faire un nom?

En étant moi-même, en faisant mon métier, en dansant avec le cœur. Avec le temps, j’ai également noué des amitiés avec des gens qui me faisaient confiance et m’appelaient pour leurs événements. A vrai dire, je suis connue depuis très longtemps à Casablanca et à Marrakech. La majorité des gens quand ils pensent à une danseuse orientale pour leurs événements, ils pensent automatiquement à moi.

 

Pourquoi es-tu une des seules, voire la seule, à défendre ton métier?

Parce que c’est un métier tabou, un peu comme les chanteuses à une certaine époque. La danse reste un métier qui difficilement accepté au Maroc. Malheureusement, quand les gens pensent  à la danse orientale, ils l’associent à la prostitution… Pourtant, il y a une grande hypocrisie dans notre société. Ceux qui critiquent les danseuses orientales sont les premiers à se pointer pour regarder le show.

 

Que réponds-tu à ceux qui disent qu’une fille bien ne fait pas ce genre de métier?

Je n’ai rien à leur dire, c’est leur point de vue! Je ne peux pas changer la mentalité de ces gens qui voient le mal partout. Par contre, je défendrai toujours mon métier face aux personnes qui ne respectent pas mon choix. Et de toutes les manières, une personne bien ou pas bien ne se détecte ni à travers le métier, ni à travers la religion…


Que pense ton mari de ton métier?

Il adore ce que je fais, il me soutient, il a les yeux qui pétillent de bonheur quand il me voit danser, il m’encourage, il me fait confiance et il est heureux quand il me voit heureuse et bien dans ce que je fais. D’ailleurs, c’est grâce à sa présence avec moi depuis quelques temps que j’ai encore plus de force pour évoluer.  

 

Est-il jaloux de voir des hommes te scruter pendant que tu danses?

Jaloux! Oui j’imagine que parfois ce n’est pas évident, mais dès qu’il se reprend, il se dit que je suis sa femme et qu’on fait notre vie ensemble. Mais entre nous, quand il n’y a pas le vice, que les choses sont claires, que la confiance est là, il n’y a aucun problème. Et puis, il sait comment je réagis…

 

 

LIRE: Harcèlement sexuel, un sport national au Maroc?

 

A ce propos, as-tu déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelles dans le cadre de ton métier ?

Agressions sexuelles, JAMAIS! Avec moi, les gens sont avertis d’un simple regard. Par contre, le harcèlement, c’est courant dans notre société.

Au Maroc, si une femme sort habillée n’importe comment, avec un masque de henné sur la tête et de l’argile sur le visage, elle sera quand même harcelée.

On harcèle même les femmes voilées, donc j’imagine que pour une danseuse, c’est normal.

Comment parviens-tu à poser les limites ?

En choisissant les gens avec qui je travaille, en sélectionnant les personnes qui m’entourent, à savoir les amis avec qui je sors. Je fais tout mon possible pour m’éloigner des gens toxiques, des gens à problèmes. Et pour les déplacements professionnels, j’impose toujours des choses importantes comme le fait d’avoir une suite d’hôtel à mon nom, et j’ai toujours mon assistante et ma costumière qui sont avec moi. Le plus souvent, je voyage accompagnée, en plus de mon chauffeur qui fait office de garde du corps en cas de besoin. C’est comme ça que j’arrive à imposer une image professionnelle.

 

Penses-tu raccrocher un jour?

C’est un métier très usant physiquement, que j’espère pouvoir poursuivre le plus longtemps possible.

Mais je sais qu’un jour, je devrai arrêter.

J’ai hâte de voir de jeunes filles s’imposer dans cette discipline, et qui seront meilleures que moi. J’ai pu accomplir beaucoup de choses jusqu’ici, notamment défendre mon métier, casser certains préjugés, et imposer le fait que c’est une discipline tout à fait respectable.

Abonnez-vous à notre newsletter

Restez informé ! Dès maintenant et en quelques clics, inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter et recevez en exclusivité nos derniers articles.