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« Comment je suis revenue d’entre les morts »

La Dépêche | 20 janvier 2018 à 9 h 53 min | Mis à jour 21 mars 2018

Propos recueillis par

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En 1992, Maria Bichra a vécu une expérience de mort imminente, lors de son accouchement. Si son entourage reste incrédule face à son témoignage, cette mère de famille de 50 ans assure que son retour d’entre les morts a renforcé sa foi et sa relation avec Dieu. Interview au-delà du réel.

 

Quand avez-vous vécu une expérience de mort imminente (EMI)?

J’ai vécu une expérience de mort imminente lors de mon premier accouchement, le 3 août 1992. Ce souvenir est resté à jamais gravé dans mon âme. Aucune journée ne passe sans que je n’y pense avec nostalgie. Je pense spécialement au moment où je suis sortie de mon corps, à cette rencontre inédite avec « l’être de lumière ». Ce voyage m’a transformée à jamais, mais il m’a laissé un goût « d’inachevé ».

 

Concrètement, que s’est-il passé?

Toute l’équipe était sur le pied de guerre, habillée en tenue de bloc. Le médecin m’a injecté un produit anesthésique, qui allait m’envoyer à « mille lieues » du bloc opératoire. Puis, il y a eu des complications, et mon coeur a lâché. L’équipe médicale m’avait déclarée cliniquement morte.

 

Et vous, pendant ce temps-là?

Au cours de cette expérience, j’ai eu la nette sensation que mon corps se scindait en deux. À ce moment, j’avais deux corps, l’un était vivant, subtil, léger, rien ne lui échappait, tandis que l’autre était inerte, figé et sans vie.

Le premier flottait « majestueusement » au-dessus du second. Je ressentais dans ce corps subtil un sentiment de paix et une sérénité que je n’ai jamais connus auparavant dans mon corps physique.

Ce corps me plaisait beaucoup, car il était si pétillant, plein de vie.

 

Étiez-vous consciente de ce qu’il était en train de se passer?

J’entendais et je voyais tout ce qu’il se passait dans le bloc, mais sans pouvoir intervenir. Je leur disais que j’allais bien et qu’ils ne devaient pas s’inquiéter. En vain, car ils ne m’entendaient pas. Ils tentaient l’impossible avec mon corps inerte.

J’ai aussi traversé un tunnel qui débouchait sur une lumière empreinte d’Amour. Par la suite, j’ai vu défiler le panorama de ma vie.

Puis, j’ai finalement réintégré mon corps jusqu’alors inerte. J’étais bien bien vivante.

 

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À quel moment avez-vous compris ce qu’il vous était arrivé?

Quelques années plus tard, en visionnant la bande-annonce du film documentaire de Sonia Barkallah « Faux départ », considéré à ce jour comme le film le plus complet jamais réalisé sur les expériences de mort imminente, j’ai été très touchée par les témoignages des « expérienceurs », comme on les appelle.

Pour la première fois, je me suis rendu compte que je n’étais pas seule et que d’autres personnes ont aussi vécu une expérience qui dépasse l’entendement humain.

Un phénomène invisible à l’oeil, mais visible à celui de la conscience qui renferme des mystères non encore élucidés par la science malgré les nombreuses recherches entreprises depuis plusieurs années.

J’allais enfin pouvoir mettre des mots sur ce que j’avais vécu en 1992. J’ai contacté Sonia Barkallah, que je ne connaissais pas encore, afin de lui parler de mon expérience. Sonia se rendait à Casablanca, où je me trouvais. Grâce à elle, j’ai pu parler publiquement de mon EMI sans être taxée de folle.

 

Croyez-vous en une vie après la mort?

Oui, je croyais en une vie après la mort avec mon EMI. Depuis, j’en ai eu la certitude: la mort n’est qu’un passage d’un monde à un autre, et non une fin en soi comme le suggèrent certains. J’ai eu droit à vingt-cinq ans de bonus alors j’en profite! À n’importe quel moment, l’ange de la mort viendra frapper à ma porte et il ne préviendra pas. C’est pour cela que je prépare ma petite valise pour cet aller sans retour.

 

Du coup, quel est votre rapport à la mort depuis votre EMI ?

Cette expérience a changé ma vision de la vie et de l’après-vie. Depuis ma plus tendre enfance, la mort et tout ce qui lui était lié ont été une source d’angoisse. J’ai traîné pendant de longues années la peur de la séparation comme on traîne un boulet. Je n’arrivais pas à imaginer un seul instant la mort de mes parents, et des êtres qui me sont chers.

J’ai vécu une expérience hors du commun : la mort s’était invitée à moi.

Je pense que préparer sa mort est la meilleure manière d’exorciser notre peur de la mort. « Nous sommes à Dieu et à lui nous revenons ». Alors, revenons à lui sous la plus belle version de nous-mêmes.

 

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Vous dites que le Coran évoque lui aussi cette expérience que vous avez vécue…

Tout à fait. Dans un verset du Saint Coran, on trouve un passage sur la décorporation (sortie de l’âme du corps, NDLR), une étape vécue lors de l’EMI: « Allah reçoit les âmes au moment de leur mort ainsi que celles qui ne meurent pas au cours de leur sommeil. Il retient celles à qui Il a décrété la mort, tandis qu’Il renvoie les autres jusqu’à un terme fixé. Il y a certainement là des preuves pour des gens qui réfléchissent », Sourate 39, verset 42.

De plus, le Coran nous précise qu’au moment où l’âme quitte le corps, le regard devient perçant et les sens aiguisés ce qui est vrai. Voilà le verset en question: « Nous ôtons ton voile, ta vue aujourd’hui est perçante », est-il dit dans la Sourate 50, verset 22. Il y a d’autres similitudes, mais je ne peux toutes les citer.

 

À la base, êtes-vous proche de la religion?

Depuis toute petite, vers l’âge de 11 ans, je me cachais dans un petit coin du salon réservé uniquement aux invités, pour lire le Coran qui se trouvait dans la grande bibliothèque familiale.

Ce Coran faisait office de pièce décorative, personne ne le lisait pour ne pas l’abîmer, il était trop beau, volumineux et en lettre d’or. J’étais fascinée par la beauté de ce livre  rouge.

À l’époque, j’étais scolarisée à la mission française, j’avais du mal à lire correctement l’arabe. Je faisais des efforts monstres pour lire chaque mot de ce magnifique livre qui était traduit en langue française également, cela me facilitait la tâche. Au fur et à mesure de mes lectures quotidiennes « clandestines », je commençais à m’y attacher. Au lycée, j’excellais dans l’apprentissage du Coran, mon père m’avait acheté un Coran de poche qui ne quittait plus jamais mon cartable : il était devenu mon livre de chevet et mon « talisman ».

 

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J’ai commencé à pratiquer ma prière très tôt sans que personne ne m’impose de la faire. Chaque prière était un rendez-vous avec Dieu.

 

Cette expérience a-t-elle renforcé votre foi?

Complètement. Maintenant, j’ai la certitude que je ne suis pas seule, qu’un «être» de lumière aimant et protecteur prenait soin de moi, et que les êtres chers qui nous quittent ne sont jamais loin. Aujourd’hui, ma foi est inébranlable. Je la pratique dans l’amour, la paix, la tolérance à l’autre et la soumission à Dieu : une soumission active, la passivité n’a pas sa place dans l’univers qui lui est en perpétuelle évolution.

 

À qui avez-vous raconté votre expérience ? Vos interlocuteurs vous croient-ils, se moquent-ils de vous?

La seule personne avec qui j’avais envie de partager ce qu’il m’était arrivé était ma mère et je le lui ai raconté le jour même, dans ma chambre de clinique. Je me rappelle que je lui murmurais à l’oreille « prépare ta mort maman, c’est beau là-bas! ».

Elle m’a regardée dans les yeux et m’a répondu par: « tu as rêvé ma chérie, ce ne sont que des hallucinations ». C’est alors que j’ai choisi de me taire.

Pourtant, j’étais sûre que j’avais vécu un phénomène hors du commun. J’en parlais timidement sans entrer dans les détails avec certains proches, mais c’est la rencontre avec Sonia Barkallah qui m’a donné la force d’en parler et de me libérer du poids du silence.

 

L’EMI a-t-elle fait de vous une autre personne?

Cette expérience m’a offert ce qui n’a pas de prix: la paix intérieure. J’ai enfin pu apprivoiser la mort. J’ai pris conscience que je n’étais qu’une âme, de passage ici-bas, qui transite d’un espace vers un autre monde.

J’ai pris conscience de l’importance de se remettre constamment en question, de faire un véritable travail sur soi, de marquer positivement son passage sur terre et de purifier son âme. Chaque instant de notre vie d’ici-bas devrait être un moment d’amélioration et d’élévation spirituelle.

Le prophète Mohammed, que le salut et la paix soient sur lui, disait : «le plus grand combat est contre soi-même».

 

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Pourquoi les EMI restent-elles encore un tabou ou un non-dit dans nos sociétés arabo-musulmanes et particulièrement au Maroc?

Nous sommes devant quelque chose qui dépasse l’entendement humain.

En parler peut être perçu comme un blasphème. En parler, c’est se faire taxer de fou ou d’hérétique.

C’est la raison pour laquelle nous avons du mal à en parler. Adopter une nouvelle lecture du Coran fondée sur l’amour changera sûrement la donne.

 

Avez-vous un message à passer aux « expérienceurs » marocains qui n’osent pas encore raconter leur EMI?

Partager son expérience avec des personnes bienveillantes, en parler permet de se libérer. Je les encourage à écrire s’il peuvent le faire. Chose que je suis en train de faire. J’espère que mon livre finira par voir le jour, inchaallah. L’ouvrage parlera de mon expérience de mort imminente, mais aussi de son impact sur ma vie. Le livre rassemblera des témoignages d' »experienceurs » marocains que j’ai rencontrés. J’ai pensé à faire une auto-édition au Maroc puisque j’ai une petite maison d’édition. Ceci dit, un éditeur étranger serait le bienvenu. Je souhaite le publier en octobre 2018.

 

Pensez-vous qu’il est possible que tout ceci ne se soit jamais produit, que votre expérience soit le fruit votre imagination?

Votre question est légitime. J’ai eu droit pendant des années à des questions similaires : hallucinations, délires, folie ?

J’étais consciente que je m’exposais à tous les préjugés le jour où j’avais décidé d’en parler en public.

En ce qui me concerne, je n’ai jamais douté une seconde. J’ai réellement vécu une expérience exceptionnelle transformatrice. Serions-nous des millions à avoir halluciné, ou fous qui se sont mis d’accord pour raconter la même chose aux quatre coins de la planète ?