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Maroc-Mali: L’art de se compliquer la vie

La Dépêche | 6 septembre 2017 à 15 h 30 min | Mis à jour 7 septembre 2017

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Maroc-Mali: L’art de se compliquer la vie
©Sami Ameur

C’est terminé, c’est un match nul et le seddari ressemble à un champ de bataille. Les coussins ont été malaxés, mordus, griffés, ils ont même l’air d’avoir transpiré. Ça avait pourtant l’air si simple.

Le Gabon nous offre une occasion de rêve de passer devant en dominant sur son terrain une Côte d’Ivoire supposée invincible, et nous n’avions plus qu’à enfoncer la tête sous l’eau à une sélection malienne désorientée pour passer devant.

 

Son public fait grève, Giresse a l’air d’avoir déjà fait ses valises, leurs espoirs de qualification sont maigres et l’arbitre est gentil. En résumé : rien à voir avec le traquenard à l’ancienne. Mais nous avons l’art de nous compliquer la vie. Malgré un match très pauvre, l’mountakhab se procure quatre occasions magnifiques. Trois face à face avec le gardien manqués, plus un pénalty loupé, un seul point, et vous connaissez la suite. Il va falloir aller batailler à Abidjan pour arracher la qualification.

Comme pour les tragiques éliminatoires des coupes du monde 2002 et 2006 : aller mettre dehors ceux qui nous reçoivent pour prendre leur place. Deux échecs à la clé.

 

Le tout après avoir battu le Gabon, bien entendu. On demande donc à notre équipe, qui n’a gagné qu’un match sur quatre, de gagner les deux derniers...

 

 

Cruel est le destin du supporter de l’équipe nationale

 

Avec cette génération, nous avons pourtant dû nous habituer à des choses nouvelles pour nous. Nous avons accepté l’idée d’un jeu primaire, avec beaucoup de longs ballons devant pour un attaquant isolé, un jeu basé sur le combat et la grinta avec une masse spectaculaire de déchet technique. À la britannique, version vintage, pourquoi pas… Nous avons aussi accepté le concept d’un capitaine qui part et qui revient quand il veut. Nous nous sommes habitués à voir cette équipe entamer tous ses matches avec le frein à main, avec peu d’ambition, comme si le zéro était satisfaisant, toujours. Nous avons accepté l’idée que nous manquons de talent, nous avons appris l’humilité.

 

Nous avons même compris que les botolistes sélectionnés n’entreront jamais, quelle que soit la situation, ils sont là pour des raisons diplomatiques. Nous nous sommes habitués à voir les joueurs changer de poste en sélection, parce que nous avons admis qu’il n’existe aucun arrière gauche marocain, c’est comme ça… Et nous savons à présent qu’aucun changement n’aura lieu avant la 60ème minute, c’est écrit quelque part.

 

Nous avons même renoncé à la critique : il y a de la susceptibilité dans l’air, et la moindre victoire est ensuite gérée comme une revanche. Nous avons appris que chacun de nos succès, par l’euphorie qu’il génère, porte en lui les germes d’une affreuse désillusion à venir.

 

Mais il y a une chose à laquelle nous ne nous habituons pas, c’est l’idée que la grande fête mondiale se déroule sans nous une nouvelle fois.

 

Voilà pourquoi on y croit encore. L’exploit est possible, nous sommes toujours vivants malgré tout. Être dos au mur, c’est aussi la chance d’être condamnés à l’exploit. Surprenez-nous, drari, il y a une belle histoire à écrire, et nous en avons tous besoin…

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