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Le chèque, une espèce en voie de disparition au Maroc?

La Dépêche | 29 septembre 2017 à 12 h 32 min | Mis à jour 29 septembre 2017

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Dans son dernier « rapport annuel sur les systèmes et les moyens de paiement et leur surveillance », au titre de l’année 2016, Bank Al-Maghrib annonce que le chèque n’est plus le moyen de paiement le plus utilisé en termes de paiements scripturaux. Comment expliquer ce basculement au profit du virement?

 

« Pour la première fois, en 2016, le chèque a cédé la pole position au profit du virement (…) en nombre d’opérations réalisées », annonce Bank Al-Maghreb dans son rapport publié le 26 septembre. En chiffres, le nombre d’échanges interbancaires effectués par chèque s’élève à 29,1 millions d’opérations, ce qui correspond à 41,2% du total des échanges scripturaux (moyens de paiement permettant de régler des achats et factures sans manipuler de l’argent liquide).

 

Un pourcentage qui a dégringolé de près de 11 points en cinq ans. La part de marché des paiements en chèque représentait en effet 52% en 2011, et a progressivement diminué pour atteindre les 41,2% l’année précédente.

 

Le chèque est mat

Le chèque reste tout de même leader des moyens de paiement hors cash, en montants échangés, et a représenté 60% des transactions effectuées par les Marocains en 2016. En moyenne quotidienne, 29 millions de dirhams ont en effet échangés en 2016 par chèque.

 

 

« L’utilisation du chèque est extrêmement sensible au Maroc », explique à La Dépêche Larabi Jaïdi, économiste associé au think tank OCP Policy Center. « De plus en plus de commerçants refusent le paiement par chèque ou demandent des chèques certifiés, ce qui décourage les consommateurs. En acceptant un paiement par chèque, les commerçants ne savent jamais si le consommateur dispose d’assez d’argent sur son compte. »

Vase communiquant oblige, la perte de vitesse du chèque bénéficie à un autre mode de paiement. « Aujourd’hui, les entreprises ont généralement recours à des prestations régulières auprès des fournisseurs, procéder à des paiements par virement rend donc l’opération plus fluide, puisqu’elle est récurrente », analyse l’économiste.

 

Virage vers le virement

En cinq ans, le taux de paiements en virements a augmenté de 10 points et passe à 45% en nombre d’opérations (283.000 transactions quotidiennes en 2016 contre 208.000 en 2011). Il reste cependant deuxième en valeur moyenne échangée quotidiennement par les Marocains avec 6.790 millions de dirhams par jour en 2016, soit le plus haut niveau enregistré en cinq ans.

 

Comment expliquer cette nouvelle tendance? L’économiste Larabi Jaïdi explique cela par la multiplication des charges durables des citoyens bancarisés : « Dans de nombreux ménages, il y a plusieurs charges fixes mensuelles, cela peut être les mensualités d’un crédit automobile ou immobilier, le paiement du loyer ou encore le règlement des frais d’entretien de l’immeuble ».

 

 

Des propos corroborés par les chiffres annoncés par Bank Al-Maghrib, dont il ressort que le virement sert essentiellement à régler des petites sommes. Car si en nombre d’opérations le virement est leader, il ne représente que 25% des montants échangés.

 

Le cash, toujours maître des transactions

Le paiement en espèce domine toujours l’économie marocaine, selon Bank Al-Maghrib, même si son rythme de progression a ralenti » à cause de la croissance économique et la baisse des activités agricoles ». « Le taux de bancarisation est assez faible chez les Marocains (70% de la population, ndlr), ce qui explique leur recours au cash. Il ne faut pas oublier que près de 40% des Marocains sont des ruraux qui ne disposent généralement pas de comptes bancaires », nous dit l’économiste.

 

D’un point de vue général, « l’informel occupe toujours une place importante dans l’économie marocaine, et c’est un secteur qui recourt peu au moyens de paiement scripturaux, pour éviter toute traçabilité. Le cash reste donc maître de l’économie marocaine », conclut notre interlocuteur. Le cash, une espèce qui est loin d’être en voie de disparition.