Pourquoi Casablanca est condamnée à rester sale?

La Dépêche | 4 septembre 2017 à 17 h 45 min | Mis à jour 4 septembre 2017

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Pourquoi Casablanca est condamnée à rester sale?
©Sami Ameur
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Changements de poubelle, numéro vert Allô propreté, nouvel arrêté municipal concernant l’hygiène… Autant de mesures visant à décrasser la ville blanche qui semble attachée à sa saleté. Mais pourquoi rien ne semble marcher ?

 

  • Je salis, maman ramasse

L’hygiène est le problème de quelqu’un d’autre. Cela commence tôt à la maison, on ne lave pas son assiette après avoir mangé, c’est maman qui s’en occupe. Du coup, on met son chewing-gum dans la bouche et on jette son enveloppe, car de toute façon quelqu’un d’autre est payé pour le ramasser. Quand ce n’est pas un agent de nettoyage, c’est juste quelqu’un qu’on pense être plus propre que nous.

  • L’espace public ne nous appartient pas

Au Maroc, la rue ne sert qu’à abriter les terrasses de café, les marchands ambulants et les moyens de transport. À part cela, il ne s’y passe rien, on ne l’occupe pas pour le simple plaisir de l’occuper. Alors, à quoi bon se soucier de son état ? Une envie d’expectoration vous prend avant de quitter votre domicile ? Ne le faites surtout pas dans votre salle de bain, nos trottoirs sont faits pour ça.

  • La gestion des animaux errants

Chiens et chats s’accouplent et se multiplient, éventrent les poubelles et défèquent partout où c’est possible. Certaines âmes bienveillantes aggravent la situation en les nourrissant de couscous façon vomissure sur des assiettes en carton. La ville, au lieu de les stériliser, les ramasse et les envoie à l’abattage et maintient ouvertes les poubelles qui les attirent.

  • Les trottoirs défoncés

Un balayeur a beau passer une journée à décrasser une rue, les trous dans les trottoirs où se mêlent sable, mégots de cigarettes et crottes séchées nous rappelleront que la ville blanche a besoin de plus qu’un coup de balai pour mériter son surnom.

  • On ne sait pas quoi jeter où

Si autant de démunis fouillent dans les poubelles à la recherche d’objets vendables, c’est qu’ils ont l’habitude d’en trouver. Au lieu de jeter ses vieux vêtements avec les restes de son tajine, pourquoi ne pas les donner directement à ceux qui en ont besoin ? Quant au tri sélectif, en parler ici relèverait de la sciences fiction…

  • Si madame, santé et propreté vont de pair

L’arrêté municipal relatif à l’hygiène datant de 1930 — toujours en vigueur en attendant le vote du nouveau en octobre prochain — interdit fermement le déversement des déjections, dont les crachats, sur la voie publique. C’était à l’époque du choléra et de la tuberculose, on pensait à juste titre que ces fluides étaient vecteurs de maladies. Aujourd’hui, on peine à faire comprendre à Najia que sa btana dégoulinante sur sa fenêtre est susceptible de causer la mort par vomissement de tripes.

  • Les rues sont des w.c. à ciel ouvert

Tant que nos rues ne disposeront pas de w.c. payants et religieusement nettoyés, nous serons condamnés à fermer nos narines le temps de traverser les ruelles sombres. Et il ne s’agit pas là que d’un crime masculin pour des raisons anatomiques évidentes. Nous avons vu de nos propres yeux une grand-mère en pleine défécation dans un rond-point casablancais.

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