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Le bilan du gouvernement est-il vraiment “positif”?

La Dépêche | 13 septembre 2017 à 14 h 28 min | Mis à jour 18 septembre 2017

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Le bilan du gouvernement est-il vraiment “positif”?
© DR

Après cinq mois d’exercice, le bilan du gouvernement, intitulé “120 jours, 120 mesures” répertorie les décisions prises depuis sa nomination. Ladepeche.ma passe au crible les 109 pages de ce bilan, dit “positif”.

 

45 décrets, 9 projets de lois adoptés, le gouvernement a dressé un premier bilan de son action, lundi 11 septembre, devant les représentants de la majorité.

 

Que faut-il en retenir? Sur le volet de la réforme de l’administration, grande priorité de cette législature, le gouvernement Othmani rappelle la création effective d’une commission nationale chargée de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption. Il souligne également l’adoption du décret pour la facilitation des procédures de légalisation des documents administratifs.

 

Le bilan d’étape revient également sur l’élargissement du socle d’étudiants  bénéficiaires de la bourse qui s’étend désormais aux stagiaires des centres de formation professionnelle et sur la mise en oeuvre d’un nouveau plan d’action 2017-2020, pour remédier aux défaillances du secteur de la Santé “qui ne répond pas aux attentes des citoyens”.

 

Côté emploi, une commission interministérielle pour la mise en œuvre du Plan national pour la promotion de l’emploi, a été créée. Le gouvernement affirme sa volonté de renforcer le rôle des régions en matière d’emploi.

 

Un bilan “à la ramasse”

Si le chef de gouvernement s’est félicité d’un premier bilan “positif”, le politologue Mustapha Sehimi se montre moins enthousiaste. “Le bilan est à la ramasse, a-t-il confié à Ladepeche.ma. Le gouvernement omet de citer les chantiers les plus décisifs. Au lieu de nous dire où nous en sommes dans la régionalisation avancée, dans la flexibilité du dirham, dans la décompensation et dans la réforme fiscale, le gouvernement préfère annoncer qu’il a mis en place des numéros verts à disposition des citoyens”.

“C’est comme si l’on avait pioché sur tout ce qui ressemble à une action du gouvernement, rien que pour se rapprocher du chiffre 120”, renchérit le chroniqueur Abdellah Tourabi, spécialiste de l’Islam politique au Maroc.

 

Le gouvernement reste droit dans ses bottes. Contacté par Ladepeche.ma, Lahcen Daoudi, le ministre chargé des Affaires générales estime de son côté que “Les défis sont grands. Nous n’avons pas encore résolu les problèmes, mais nous avons bien démarré”.

 

Faible production législative

Un démarrage en douceur? Dans les 19 Conseils du gouvernement tenus, le gouvernement a adopté neuf projets de lois, dont trois déjà élaborés par le gouvernement précédent. Ce dernier avait, après 120 jours d’exercice, adopté 25 projets de lois.

La faible production législative du gouvernement El Othmani viendrait du fait qu’il soit né dans un contexte “difficile”, comme le décrit Abdellah Tourabi qui fait  référence aux mouvements contestataires dans le Rif.

Autre raison avancée: la production législative est faible parce que “le travail parlementaire présente des retards, et que la lenteur du travail parlementaire impacte le travail gouvernemental”, explique Sehimi, citant les dizaines de lois se trouvant depuis des mois dans les cartons du parlement.

 

Véritable bilan ou simple “coup de com’”?

Nommé le 5 avril et investi par le parlement le 26 du même mois, le gouvernement a présenté un bilan de 120 jours au lieu de 100, prévu par El Othmani au début de son mandat. Pour Mustapha Sehimi, les raisons de ce retard sont “contextuelles”. “Les 100 jours du gouvernement correspondaient à la période de juillet, qui connaissait des manifestations à Al Hoceima”, explique-t-il, arguant que le gouvernement aurait eu du mal à être audible en cette période. Le discours du roi du 29 juillet a également “bouleversé tout l’agenda du gouvernement, qui a dû revoir ses priorités”, poursuit le politologue, pour qui le bilan d’étape présenté se limite à être un “coup de communication artificiel”.

Opération de com’? Le gouvernement ne le nie pas: “Il faut davantage communiquer avec les Marocains. Quand on s’enferme dans sa tour et qu’on ferme les oreilles, les Marocains râlent et ont bien raison de le faire”, nous a confié Lahcen Daoudi, justifiant l’annonce du bilan.

“C’est aussi une réponse aux reproches faits au gouvernement sur sa mauvaise communication. Le bilan a aussi une portée symbolique: c’est une manière de dire “nous sommes là, et on travaille”, analyse Abdellah Tourabi.

À vouloir remédier à sa communication, le gouvernement aurait ainsi “excessivement communiqué” en laissant “la symbolique du bilan prendre le dessus sur le contenu”, conclut-il.

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